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L’ULB, Le Soir, BX1 et Radio Campus lancent un projet transmédias sur Molenbeek

Les étudiants de l’école universitaire de journalisme de Bruxelles de l’Université libre de Bruxelles ont collaboré pour la seconde fois avec le journal Le Soir, BX1 et Radio Campus dans le cadre d’un laboratoire de journalisme. Le 21 avril prochain, ils ont lancé à la Fonderie, Musée bruxellois des industries et du travail, le projet transmédias intitulé 1080visages, basé sur des mois de travail à Molenbeek.

À bord de ce projet pédagogique conjoint : des étudiants de l’ULB (journalisme, STIC et communication multilingue) encadrés par une vingtaine d’enseignants et assistants avec le soutien de la rédaction du Soir, de BX1 et de Radio-Campus. Réunis autour de ce projet éditorial collectif depuis octobre 2016, ils ont mis leurs compétences en commun pour explorer des facettes peu explorées des identités molenbeekoises. Basés rue Ransfort, dans les locaux de la Fonderie, la salle de rédaction a été le lieu de nombreuses conférences et de longues réunions. Le projet propose un travail journalistique approfondi, sensible et décliné dans de multiples histoires sur des supports divers.

1080visages se décline en un long format web, la publication de pages dans le journal Le Soir, un reportage de 26 minutes sur BX1, trois émissions sur Radio-Campus, des articles de data-journalisme et fact-checking, et quatre reportages photographiques. L’ensemble a été diffusé entre le 21 avril et le 3 mai 2017.

1080visages, c’est :

Site Internet: 1080visages.lesoir.be
Twitter: @1080visages
Facebook: https://www.facebook.com/1080visages/

ULB et Beaux-Arts lancent le premier lab de journalisme transmédia avec Le Soir et BX1

Des étudiants de l’Université libre de Bruxelles et de l’Académie des Beaux-Arts collaborent pour la première fois avec le journal Le Soir et BX1 dans le cadre d’un laboratoire de journalisme. Le 6 mai prochain, ils mettront sur les rails un long format transmédia intitulé Tram 33, un clin d’œil à la chanson de Jacques Brel, Madeleine. Ce tram imaginaire mènera les lecteurs dans les recoins d’une mobilité bruxelloise revisitée afin d’en dévoiler les côtés méconnus.

À bord de ce projet pédagogique conjoint :  des étudiants de l’ULB (journalisme, romanes, art du spectacle, informatique et STIC) et de l’Académie des Beaux-Arts encadrés par une vingtaine d’enseignants et assistants avec le soutien de la rédaction du Soir. Réunis autour de ce projet éditorial collectif depuis novembre 2015, ils ont mis leurs compétences en commun pour explorer les nouveaux enjeux de la mobilité à Bruxelles.

Tram 33 se décline en un long format web, soit une série de reportages en ligne alliant l’ensemble des modes d’expression (audio, vidéo, écrite, photographique) ainsi qu’une publication quotidienne d’une pleine page dans Le Soir. Des émissions sur BX1 et Radio Campus sont également prévues.

Cinq grandes thématiques seront abordées, à savoir la culture, les communautés nomades, la surveillance, les partenaires publics-privés et les oubliés de la mobilité.

  • “Circulez, il y a à voir” traite de la mobilité d’un point de vue culturel et artistique.
  • “Nomad’s Land” s’intéresse aux communautés nomades et à leur appropriation de l’espace urbain bruxellois.
  • “Souriez, vous êtes pistés” évoque les trois manières d’être pistés dans l’espace public.
  • “Partenariats particuliers” met en lumière les partenariats publics-privés qui touchent tous les domaines de la mobilité.
  • “Prends ma place une fois” s’arrête sur des “oubliés” de la mobilité.

La plate-forme a été mise en ligne le 6 mai 2016. Pour ce lancement, plusieurs rendez-vous ont eu lieu : une interview de Pascal Smet (Ministre bruxellois de la Mobilité) au Musée du Tram, filmé et diffusé par BX1. Une version de l’interview a été publiée samedi 7 mai dans Le Soir. Mais aussi des publications papier dans le journal Le Soir (une pleine page sur chacune des thématiques), des émissions sur Radio Campus, du lundi 9 mai au vendredi 13 mai.

Site Internet: tram33.lesoir.be
Twitter: twitter.com/Tram_33
Facebook: facebook.com/tram33officiel

Couverture médiatique:

L’ULB et le Soir embarquent à bord du «Tram 33» (Le Soir)
Le Tram 33, projet étudiant journalistique de l’ULB et des Beaux-Arts, est sur les rails (RTBF)
Interview sur le projet Tram33 à l’émission #M (BX1)

Créer son média : Journée d’étude du LaPIJ

Le LaPIJ, Laboratoire des Pratiques et Identités Journalistiques de l’Université Libre de Bruxelles, vous invite à sa première journée d’étude sur la création de médias en Belgique. Ces derniers mois, des initiatives fleurissent en Belgique et ailleurs. Quels sont les aspects légaux et économiques? Comment penser son public? Comment passer de l’envie à sa réalisation? Pour tenter d’échanger sur ces questions, trois tables rondes réuniront des journalistes, des chercheurs et des experts en droit, en économie, etc.

Date : Jeudi 23 avril, 10h-16h
Lieu :
Salle Kant de l’Institut d’Études Européennes (Av. F. Roosevelt, 39 à Ixelles, Campus Solbosch ULB) Continuer à lire “Créer son média : Journée d’étude du LaPIJ” »

Deux nouveaux masters pour l’année 2015-16

Afin de continuer à ajuster la formation des étudiants aux réalités diverses des enjeux professionnels, le département des Sciences de l’information et de la communication de l’Université libre de Bruxelles adapte et spécialise son offre de formation pour la rentrée 2015. L’ancien Master en Information et Communication cède la place, dès la rentrée prochaine, à deux nouveaux masters : un Master en Journalisme et un Master en Communication.

Ces deux masters proposent un approfondissement des connaissances théoriques et méthologiques en communication et en journalisme, une initiation aux grands enjeux de la société, une pratique approfondie de l’anglais ainsi qu’un choix entre des finalités permettant d’acquérir des compétences spécifiques. Leurs programmes proposent un équilibre entre une formation aux fondements théoriques, un regard critique sur les médias et les métiers de la communication et un important volet d’apprentissage des pratiques professionnelles les plus actuelles.

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La caricature. Histoires, statuts et enjeux de l’image satirique

OLYMPUS DIGITAL CAMERAÀ la suite des attaques perpétrées à la rédaction de Charlie Hebdo et dans le contexte de la mobilisation en soutien à la liberté d’expression, une conférence consacrée à la caricature, son histoire, ses statuts et ses enjeux a été organisée à l’ULB le 16 février dernier. Les événements récents ont suscité une série de questions sur l’approche de l’occident vis à vis de notions telles que la liberté d’expression et la liberté de la presse, ainsi que sa perception de la caricature comme style journalistique et le recours à l’humour. Les événements récents ont relevé une série de questions sur l’approche de l’occident vis à vis de notions telles que la liberté d’expression et la liberté de la presse, ainsi que sa perception sur la caricature comme style journalistique et le recours à l’humour. La conférence a dès lors permis d’aborder les origines de la caricature afin de la comprendre à travers son histoire dans un premier temps avec Irène Di Jorio et Ornella Rovetta, puis d’en comprendre ses caractéristiques avec Laura Calabrese et Catherine Bouko dans un deuxième temps. Florence Le Cam a ensuite abordé le statut et la validité de la caricature et de ceux qui la pratiquent en tant que style journalistique. La caricature comme moyen d’expression de ses opinions entre également dans un cadre légal abordé par Jean-Jacques Jespers. Ensuite, David Domingo a abordé la caricature dans le contexte de la télévision et son potentiel pour lutter en faveur de la vérité journalistique en danger aujourd’hui.

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Journées Journalisme et engagement

L’École Universitaire de Journalisme de Bruxelles a organisé deux événements autour du journalisme et de l’engagement pour inspirer les étudiants de deuxième année de Master en la conception de ses projets éditoriaux en groupe. Ils ont réalisé des profils des intervenants et comptes rendus de les discussions, disponibles encore pour tous. Voici les activités realisés :

Table-ronde avec des journalistes:  18 novembre à 18h. Salle DC2.206
Ricardo Gutierrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes, Professeur à l’ULB, animera la table-ronde.
  • Olivier Bailly, journaliste indépendant et co-fondateur de Médor
  • Adèle Flaux, journaliste enquêtrice et assistante réalisatrice en documentaire et web-doc.
  • Cyrus Pâques, photojournaliste
  • François Pirot, scénariste et documentariste
  • Alwin Raoul ou Valentine Bonomo, rédacteurs en chef de Papier Machine
  • Sandrine Warsztacki, Journaliste et rédactrice en chef du magazine Alter Echos
Séminaire académique: 21 novembre de 9h à 12h. Salle DC2.206
Animation de séance: Florence Le Cam et Nadia Nahjari
  • Laurence Brogniez, ULB, sur Alexandre Dumas journaliste
  • Fabrice Preyat, ULB, sur le BD-reportage
  • Denis Ruellan, Université de Rennes 1, sur l’engagement du journaliste
  • Valérie Nahon, ULB, sur les Mooks
  • Bruno Frère, ULg, sur l’engagement et le militantisme social.

 

 

« Cité Orientée » : en route vers l’avenir

En février 2013, Jean Rousselot et Marie Vanglabeke publient le résultat d’un travail de longue haleine : le webdocumentaire « Cité Orientée » est né, en partenariat avec France TV Education, l’ONISEP et l’AGEFA. Accessible via le site « Education » du groupe FranceTV, « Cité Orientée » est une plateforme interactive et ludique qui met en avant le profil d’adolescents et jeunes adultes, en chemin vers la vie professionnelle. Le projet est considéré comme un des dix plus innovants de 2014.

Le principe est simple : « Comment trouver le métier qui est vraiment fait pour nous, comment choisir celui qui est le mieux adapté à notre personnalité ? ». Le réalisateur, à l’aide d’une équipe, est parti à la rencontre de jeunes gens et adultes en devenir (entre 14 et 27 ans) et les a questionné sur leur parcours, leur envies et doutes pour l’avenir.

Forme et contenu de la Cité

Composé au départ de quinze portraits et métiers différents, le webdocumentaire a été mis à jour très récemment (le 27 novembre 2014), présentant ainsi sa « seconde saison » et une vingtaine de nouveaux profils et professions (comme en témoigne la bande annonce ci-dessus). L’ajout de contenus n’a donc pas été très fréquent, puisqu’il s’est écoulé presque deux ans entre les deux mises à jour.

« Cité Orientée » se présente comme suit : une ville fictive, sous la forme d’une carte graphique, dessinée et très colorée, regorgeant de bâtiments, arbres, véhicules, monuments et autres composants d’une ville. Mais pour rendre le tout plus réel et attractif, la ville entière est animée, rendant ainsi compte d’une effervescence certaine. L’internaute peut naviguer de gauche à droite, de bas en haut et inversement. Sur toute la surface de la carte, la silhouette des différents portraits se dessine, devant un endroit de la ville qui correspond à ses ambitions professionnelles (cinéma, police, musée, industrie, commerce, médias, …).

Axé sur l’orientation scolaire et professionnelle au travers de différentes personnes, disposées un peu partout dans une ville fictive, « Cité Orientée » porte dès lors bien son nom.

Interface principale

La page d’accueil est donc celle de la ville, mais lorsque l’on arrive pour la première fois dessus, une fChoixenêtre rectangulaire à « choix multiple » s’impose à nous : « J’explore la ville », « Je rencontre les habitants » ou « Je construis mon quartier ». Il suffit alors de cliquer sur l’un de ces titres pour démarrer l’expérience.

La première option nous emmène donc sur la carte animée et l’on peut sélectionner les silhouettes que l’on veut, comme décrit plus haut.

Une autre page s’offre à nous lorsque l’on choisit la seconde proposition, avec un éventail horizontal des différents jeunes. Sur un fond coloré de la Cité, ces filles et garçons se dressent fièrement ou timidement face à nous, près à « se faire cliquer dessus ». L’internaute peut faire défiler l’éventail vers la gauche ou vers la droite, et découvrir alors les quelque 33 portraits qui composent le webdocumentaire. Plus tard dans cette analyse, vous découvrirez ce qui se cache derrière ces jeunes venus de tous horizons, et aux envies multiples.

Je rencontre les habitants

Enfin, le dernier choix nous amène vers la construction de notre propre ville : la nouvelle page se présente toujours sur un fond de paysage coloré de la Cité, mais nous donne aussi un large panel de mots-clés, correspondant à diverses ambitions professionnelles (créer, communiquer, diriger, s’occuper des autres, prendre soin de la nature, …). Ces mots permettent de réaliser une recherche rapide vers des domaines particuliers et de construire sa propre ville. Il suffit alors de cliquer dessus et de les faire glisser dans les cases prévues : des dessins de bâtiments et des silhouettes apparaissent, nous amenant vers les portraits et métiers qui correspondent aux mots choisis.

Construire son quartier

Ces troisCréer son compte pages principales constituent l’essence même du webdocumentaire : la carte graphique et animée d’une ville fictive, les diverses personnes interrogées et suivies, et le côté ludique qui permet à l’internaute de créer son propre quartier. De plus, en se connectant avec un compte FranceTV ou un compte Facebook, il est possible de sauvegarder son évolution dans la Cité : la plateforme enregistre les portraits visionnés, les métiers découverts, ce qu’il nous reste encore à consulter et ce qu’on a préféré. Enfin, ce webdocumentaire permet également au public de participer, en chargeant sa propre vidéo (concernant le thème de l’ambition scolaire et professionnelle) sur le site.

La vidéo fait donc partie intégrante de « Cité Orientée ». On en retrouve plusieurs, pour chaque jeune : une première concernant son portrait, dans laquelle il explique son parcours, ses envies et ses inquiétudes ; une seconde où c’est un proche qui prend la parole et donne son avis sur les ambitions du jeune en question ; c’est ensuite l’opinion d’un professeur ou d’un référent que l’on peut voir, débouchant alors sur une quatrième vidéo qui relate le stage que le futur professionnel doit suivre ; et enfin, une conclusion.

Cette partie audiovisuelle du webdocumentaire permet de se plonger directement dans la vie et les ambitions de la personne, de s’identifier et d’écouter sa propre vision des choses. L’auteur se met volontairement en retrait, de manière à ce que le spectateur soit pleinement intégré dans les reportages, qu’il se projette et ait l’impression d’être seul avec l’interviewé. C’est une approche journalistique et informative, concrète et anglée sur les différents métiers et appréhensions de chacun. Les témoignages et regards reflètent une réalité certaine, qui donnera au public une vision précise du sujet.

Vidéos

C’est principalement dans la rubrique des métiers et filières (voir ci-dessous, dans la partie arborescence de la plateforContenu écritme) que l’on retrouve le plus de contenu écrit. Une description précise de la profession, de la nature du travail, des qualités requises ou encore de la formation qu’elle nécessite, y est rédigée.

La police utilisée est claire, et c’est la même pour tout le webdocumentaire. Les mots et titres destinés à attirer le regard sont en gros, en gras et en couleur, et présents tout au long du voyage dans le site. Les textes rédigés ne sont pas conséquents et indigestes : ils sont informatifs et précis, et donnent toutes les informations nécessaires sur la profession envisagée. Comme les vidéos durent assez longtemps, il est utile d’avoir mis ces descriptions en place, pour visualiser plus rapidement certaines données. Ces textes ne sont d’ailleurs pas signés : le webdocumentaire ne correspondant pas à un site d’information générale et régulièrement alimenté par divers journalistes (les créateurs ne sont pas journalistes). C’est une signature « globale » que l’on retrouve (dans l’onglet « Crédits », en bas à droite), reprenant toutes les personnes faisant partie du projet (partenaires, monteurs, mixeurs, illustrateurs, …).

Par sa forme et son contenu, « Cité Orientée » dépend essentiellement des infographies (« J’explore ma ville », « Métiers », et autres onglets), des vidéos et des photos (« Habitants » et différents portraits). La politique de titraille est minimale, de manière à ne pas surcharger les animations déjà très présentes, et laisser un maximum de place à l’internaute.

L’arborescence de la plateforme est très vaste : il y a beaucoup d’onglets, de choix et de liens qui mènent un peu partout dans le webdocumentaire. Lorsqu’on clique sur une silhouette, sur un métier ou sur un mot-clé, le même mécanisme se met en place : une fenêtre s’ouvre sur la droite de l’écran, nous proposant alors de la vidéo ou du contenu écrit. De là, il est possible d’aller vers d’autres portraits, via les « suggestions » (en lien avec la profession choisie). En bas de cette fenêtre, il y a également différents onglets, renvoyant vers la vidéo, la fiche métier, la fiche filière ou la géolocalisation (pour trouver l’endroit le plus proche où effectuer la formation voulue).

Arborescence

Dans le coin supérieur gauche du site, on retrouve un petit onglet carré qui se déroule lorsqu’on clique dessus. On a alors le choix de sOnglet gauchee diriger vers plusieurs rubriques (voir photo ci-dessous, à gauche) : la Cité, les habitants, les métiers, les mots-clés, son propre espace (créé via un compte) et le chargement d’une vidéo. On revient dès lors vers les pages initiales, déjà décrites ci-dessus.

En bas, à droite de l’interface, se trouvent également quatre onglets : “A propos”, ‘Partenaires », « Crédits » et l’accès au mode “plein écran”. Quand on clique sur un des trois premiers onglets, c’est une petite fenêtre qui s’impose à nous, au beau milieu de la page, et nous dévoile du contenu écrit ou des logos.

De manière générale, tous les éléments sont reliés entre eux. La plateforme permet d’évoluer dans un espace fermé, et ne renvoie qu’à de très rares occasions vers le contenu d’un autre site (ONISEP, les partenaires, …). Les hyperliens sont donc très présents, mais limités à des connexions internes.

Onglets bas-droit et fenêtre

Soulignons quand même que, lorsqu’on ne met pas le webdocumentaire en plein écran, différents onglets se présentent sur le haut de la page : le site principal du groupe FranceTV, mais aussi ses filières, La 1ère, France2, France3, France4, France5 et FranceÔ, ainsi que Pluzz, FranceTV Info et FranceTV Sport. Une manière de faire, en quelque sorte, de la publicité pour la chaîne hébergeant le webdocumentaire (c’est d’ailleurs la seule forme de promotion que l’on retrouve).

Pour accéder à la plateforme, il suffit d’aller sur le site Education de France TV (onglet « S’orienter », puis « Conseils pratiques »). On peut également y parvenir en faisant une recherche Google, auquel cas deux premiers choix s’offrent à nous : le premier résultat nous amène vers une URL « indépendante », mais qui concerne l’ancienne version de « Cité Orientée » (la saison 1, non mise à jour). Le second résultat, quant à lui, ouvre la page concernée du site Education, dévoilant un court article sur la nouvelle saison du webdocumentaire (avec la bande annonce et la plateforme disponibles). Peu importe la manière d’y parvenir, nous arriverons toujours sur l’interface principale de la plateforme, il est impossible d’arriver directement sur un portrait, un métier, une vidéo ou quelconque contenu.

Les relations aux sources et aux publics

Si vous êtes arrivés jusqu’ici dans cette analyse, vous avez déjà appris bon nombre d’informations sur la forme et les méandres de « Cité Orientée » ! Vous avez donc retenu que les principaux acteurs de ce webdocumentaire ne sont autres que les interviewés, et les internautes.

Portraits

Les créateurs font donc premièrement parler les adolescents et jeunes adultes, choisis par rapport à leurs ambitions professionnelles. Ces personnes s’expriment par le biais de vidéos ; ils sont filmés par les auteurs, mais ces derniers n’interviennent pas. On ne les voit pas, on ne les entend pas, on ne les ressent pas : l’internaute a l’impression d’être en tête à tête avec le jeune, et les différentes personnes interviewées (proches, professeurs, …). C’est également le cas en ce qui concerne les vidéos de stage : les créateurs nous donnent à voir les interviewés dans leur milieu professionnel, s’activer à la tâche mais ils ne s’impliquent pas, se contentant d’une simple observation pour rendre compte. Leur discours ici n’est ni direct, ni indirect, ni narratif : ils s’effacent complètement.

Ce sont des adolescents et des adultes en devenir qui sont mis en avant : ils ont entre 14 et 27 ans ; ils sont identifiés avec un prénom, un âge et une ambition professionnelle. Ainsi, ce ne sont pas de simples individus lambdas, et l’internaute peut plus facilement s’identifier.

Caractéristiques

Soit ces jeunes sont encore au lycée (ce qui équivaut aux secondaires, en Belgique), soit ils ont quitté les bancs de l’école il y a quelques années, et cherchent à se réorienter ou à percer dans la profession de leurs rêves. C’est une tranche assez jeune de la société que les auteurs du webdocumentaire font parler. D’après les témoignages, on se rend compte que toutes ces personnes chSa propre vidéoerchent des réponses, de l’aide ou à combler certaines inquiétudes quant à l’avenir. Ils veulent savoir si le métier qu’ils souhaitent exercer est fait pour eux.

Il est ensuite essentiel de parler du rapport au public : « Cité Orientée » est ludique et fait participer les internautes. On voyage à travers une ville, à travers des individus que l’on commence à (re)connaître et vers des professions que l’on découvre sous différentes facettes. Mais ce n’est pas tout. En plus de la possibilité de sauvegarder son voyage à travers la plateforme, d’enregistrer ses portraits et métiers favoris, de construire son propre quartier, l’internaute peut aussi charger sa propre vidéo de présentation. Il suffit de se créer un compte (via France TV ou Facebook), et le tour est joué. On peut également découvrir les vidéos que d’autres personnes ont elles-mêmes ajoutées. C’est tout un sentiment de proximité et de communauté qui est mis en place.

Les créateurs ont réellement joué sur la participation du public, de manière à ce qu’il se crée son propre chemin à travers la Cité. Le graphisme, les couleurs, la qualité des photos et vidéos mais aussi la facilité de naviguer sur la plateforme donne envie d’en découvrir chaque recoin. Les utilisateurs sont assez libres : bon nombre d’hyperliens parsèment le site et permettent de partir absolument partout dans le webdocumentaire. Seule limite : lorsque l’on regarde une vidéo, on ne peut pas la faire avancer plus loin ; on peut revenir au début, mais il faut la regarder en entier pour arriver à la fin. Rien n’empêche cependant de la quitter pour explorer d’autres facettes.

Avec une page Facebook, un compte Twitter et un compte Google +, les internautes sont invités à découvrir le webdocumentaire et à participer à l’aventure de l’orientation professionnelle.

FBTWITTER

L’ethos journalistique

Il est important de signifier que les auteurs de « Cité Orientée »  ne sont pas journalistes. En effet, Jean Rousselot est réalisateur de productions audiovisuelles et Marie Vanglabeke est productrice. Leur positionnement  se veut implicite, de par le choix du sujet traité, et par l’importance qu’ils accordent aux différents acteurs de la production  (sans filtre, sans relance des intervenants). Le réalisateur a décidé de se mettre en retrait, afin de laisser la part belle aux jeunes. On peut ici parler d‘une certaine forme d’engagement, dans le sens ou les auteurs se sont engagés à rester fidèles aux portraits et aux dires des jeunes. L’objectivité est une composante essentielle de ce webdocumentaire. Cet élément permet de renforcer la proximité avec l’internaute, mais également de présenter de manière claire et construite les points de vue et le parcours de ces jeunes.

« Cité Orientée » souffre de peu de concurrence. Le sujet de la production (« Serious Game »), son format et le fait qu’elle soit étiquetée comme appartenant au service public montrent qu’il y a une utilité publique. De plus, on retrouve un bon nombre de jeunes interviewés et de la publicité pour la plateforme sur les sites et organisations partenaires (ONISEP), ce qui permet de toucher un public ciblé.

Un peu de socio-économie pour terminer …

 Jean Rousselot et Marie Vanglabeke ont créé « Cité Orientée », avec l’aide de FranceTV Education et Vanglabeke Films (deux sociétés de production auxquelles le webdocumentaire appartient).  Ils ont également bénéficié de l’aide de différents partenaires, comme l’ONISEP, l’AGEFA, l’ACSE, la Mairie de Paris, le Département de Seine-Saint-DenisCap Digital,  Paris Région Lab, Toolz, mais aussi du soutien financier de la Région Île-de-France.

Cité Orientée possède une page Facebook, un compte Twitter et un compte Google +. Malgré la notoriété certaine du groupe France Télévision, les différentes pages ne sont pas extrêmement suivies (641 « likes » sur Facebook et 39 « followers » sur Twitter). Ces comptes n’étant pas très régulièrement alimentés, les créateurs ne touchent pas forcément un grand nombre d’internautes et curieux. Ils ne constituent donc pas des modes de diffusion vraiment efficaces.

Il est donc difficile de parler d’impact, mais on peut en revanche parler de communauté, puisque les internautes, en se baladant dans la ville, deviennent en quelque sorte des citoyens, appartenant à celle-ci. En naviguant, ils passent devant un restaurant, une pharmacie et lorsqu’ils cliquent sur un portrait, c’est comme s’ils se rendaient directement dans ces différents lieux. C’est un sentiment de proximité et d’appartenance qui transparaît dans ce webdocumentaire.

A noter que le webdocumentaire est également disponible sur smartphones et tablettes (via les applications iTunes et Google Play).

Clément Bacq & Valentine Antoine

« Engagés » au cœur des colistiers du FN en Moselle

28 mai 2014. Alors que le Front National fait une percée remarquée en Lorraine, huit étudiants en journalisme numérique de l’université de Lorraine à Metz sortent leur webdocumentaire « Engagés-Ils montent aux Front pour leur ville ».

« Engagés » propose le portrait de six colistiers FN pendant la campagne des municipales à Metz, Thionville et Hayange. Dans quel but? « Comprendre qui sont ces hommes et ces femmes qui décident, aujourd’hui, de s’afficher clairement FN, de s’engager sur une liste,…, alors qu’il y a quelques années c’était encore complètement tabou. Dans ces trois villes mosellanes, le Front National était carrément absent de l’élection municipale de 2008 », explique Joann Mathias, un des huit investigateurs. Dans l’espoir d’y voir un peu plus clair, ces huit étudiants sont parti pendant trois mois en immersion au sein de listes Front National. Meetings, collages, distribution de tracts, interviews,… Trois mois d’enquête intensive pour tenter de comprendre ces « engagés FN » et proposer ce webdocumentaire riche en contenu.

« Réaliser ce webdoc fut une vraie aventure »

« Engagés » est le fruit du travail de huit étudiants en Master journalisme numérique. N’ayant bénéficié d’aucuns financements et ayant tout réalisé par leurs propres moyens, avec le matos de l’université, on peut dire que le webdocumentaire est vraiment bien ficelé.
« Engagés » possède une page Facebook et un compte Twitter. Il n’est pas difficile de remarquer que la diffusion sur les réseaux sociaux est gérée par des étudiants bien dans leur époque. Photos, teasers, posts,…, tout est mis en place afin de réaliser la campagne de communication parfaite. Seul hic: « Engagés » reste une production amateur et n’attire donc pas les foules. 236 followers sur Facebook, 232 sur Twitter. Dommage. Ils ne constituent dès lors pas des modes de diffusion vraiment efficaces.

« Engagés » a aussi la chance d’être diffusé dans des médias locaux. Les sites de France3 Lorraine et du Luxemburger Wort hébergent le web-documentaire.

Forme et contenu

Le webdocumentaire est paru le 28 mai 2014, sur le site de France3 Lorraine, sous la forme d’un produit fini. L’interaction avec l’internaute est très simple. Il lui suffit de cliquer sur une image ou sur un mot le renvoyant vers une vidéo informative. Le but est de faire simple et efficace. Pas de place ici pour les jeux de mots ou autre titres chocs.
Après un petite introduction expliquant bien en quoi va consister le web-documentaire, l’internaute arrive sur la page d’accueil. Face à lui, une galerie de portrait de six colistiers du Front National. Ensuite c’est très facile, il suffit de cliquer sur le colistier de son choix pour avoir des informations supplémentaires. Celles-ci sous forme de quelques encadrés qui défilent sur une vidéo d’attente représentant le protagoniste de son choix. Une interview/portrait sous diaporama sonore est également disponible pour chacun. Pendant celui-ci, une phrase apparaîtra renvoyant vers un autre diaporama concernant cette fois-ci un thème de la campagne : formation, banalisation, collectif.
Une fois terminer avec l’un des colistiers, l’internaute a deux choix: retourner à la page d’accueil ou passer à la personne suivante.

De retour sur la page d’accueil, on se rend compte qu’il n’y a, en fait, pas que les six portraits.
En haut à droite, le visiteur peut cliquer sur les onglets « Aide » et « A propos », qui permet de connaitre les auteurs du web-documentaire. C’est leur manière de co-signer l’ensemble du travail.
En bas à droite, et présent sur chaque page, l’internaute peut aussi cliquer sur « Repères ». Un bouton qui renvoi vers des ressources plus approfondies telles que les résultats des villes ou l’analyse de politologues. Le tout, toujours sous format vidéo introduit par deux trois phrases.

Enfin, en bas de page se trouve une flèche blanche. Celle-ci renvoi vers un nouveau menu qui permet de comprendre encore davantage l’évolution du Front National. On peut y découvrir différents thèmes( banalisation, implantation, formation, renouveau, apprentissage et collectif), toujours à travers le regard des six colisiters. Chaque thème est traité comme pour le reste sous format vidéo introduit par deux trois phrases.

« Engagés » est publié via le serveur de l’université. L’URL, http://formation.djehouti.com/univmetz/fnenmodele/Home.html, n’est donc pas porteur de sens. Une fois le webdoc fini, l’internaute ne se souviendra plus du nom du site.

Le discours face aux sources et au public

Après avoir parcouru les différentes rubriques à la disposition de l’internaute, il n’y a aucune présence d’espace de production extra-journalistique comme un blog lié au sujet ou un lien vers un site de production amateur. Rien de tout cela, si ce n’est l’apport de Google Maps pour l’affichage d’une carte géographique travaillée graphiquement.

Pour enrichir le web-documentaire « Engagés », les étudiants en journalisme, auteurs de ce projet, ont souvent eu recours aux avis des experts en l’occurrence deux politologues : Pascal Perrineau (spécialiste du FN) et Arnaud Mercier (Université de Lorraine). Les deux experts sont désignés par leur prénom et leur nom de famille mais ceux-ci souvent précédés de leur fonction (le politologue untel). Leurs analyses seront les réponses aux interrogations des auteurs.  Car ce dont il s’agit ici est une mise en lumière de l’implantation grandissante du Front National en Moselle (France). Les journalistes ont choisi de ne pas se positionner ni de donner leur point de vue. Ils se contentent de relater et présenter les faits pour, comme ils le disent eux-mêmes, « prendre de la hauteur sur ce sujet sensible ». De manière générale, on est plus dans la narrativisation à travers laquelle les évocations sont légions. Le discours rapporté réflexif est inexistant. Par ailleurs, leur style dans le discours ne s’élabore pas dans la citation directe ou indirecte. C’est par la vidéo et le diaporama sonore qu’on va suivre les 6 colistiers dont il est question. Dans ces portraits vidéos, les interviewers se sont éclipsés derrière la caméra pour laisser directement les intervenants s’exprimer. Les journalistes, ayant pris le soin de présenter par écrit chacun d’eux avant chaque début de séquence, leur ont laissé la part belle du discours. L’interview est élaborée de telle manière qu’on ne puisse écouter que la réaction de l’intervenant et non pas les questions posées en amont. Une mise en scène voulue par souci d’immersion. A contrario, les analyses et les décryptages de l’expert sont pourvus de questions écrites sous fond noir à l’écran avant la plupart des réactions de l’universitaire. Les 6 militants FN (dont 2 femmes et 4 hommes) sont désignés par leur prénom, leur nom et leur âge, suivis de leur fonction s’ils en ont une. Ils sont tous de race blanche (comme tous ceux qui répondront aux questions). Claudio (61 ans), Guillaume (58 ans), Katia (51 ans), Marie (51 ans), Biagio (28 ans) et René dont on peut deviner la cinquantaine n’a pas vu son âge mentionné. Ce ne sont pas les seuls intervenants puisqu’en naviguant en profondeur on découvre des têtes de listes de 4 villes (dont 3 passées à la loupe) sur une carte géographique réalisée avec le logiciel Thinglink. Les fameuses têtes de liste sont elles aussi présentées de la même façon que les 6 colistiers (constituant le fil rouge du récit) à la quasi seule différence près que les auteurs usent souvent des prénoms de ces derniers pour accentuer la proximité avec le lecteur. Un procédé utilisé aussi avec un expert, toujours dans le but de soutenir cette familiarité avec les intervenants. Les longueurs des séquences vidéos varient selon la nature de l’extrait. Ainsi, les analyses font plus ou moins 2 minutes 30 tandis que les diaporamas sonores des colistiers vont jusqu’à dépasser 5 minutes maximum. Dans ces portfolios sonores, les auteurs montrent les militants tels qu’ils sont dans leur quotidien. On leur voit faire les courses, discuter avec les gens, faire campagne ou encore apprendre à le faire pour convaincre. Ils sont souvent filmés de très près. Un plan rapproché va même jusqu’à serrer un croissant tenu entre les doigts de l’intéressé. Le but est de nous les présenter comme monsieur et madame Tout le monde. Et ça marche !

Du rapport au public à l’éthos journalistique

Comme déjà dit précédemment, les journalistes ont d’abord joué la carte de l’empathie pour que le lecteur se familiarise avec ces 6 militants du FN. Le procédé est aisé puisque ces personnes qui se lancent en politique pour la première fois. Ils sont donc issus de la société civile et de cette couche sociale déçue par les élites qui gouvernent. Les réseaux sociaux ont constitué l’une des principales démarches pour former une communauté autour du projet « Engagés ». Facebook, Twitter et Youtube ont été mis à contribution. C’est d’ailleurs grâce à ces pages, qu’un making of du projet est directement visible. Avant même la phase de la présentation du projet devant le jury de leur université, leurs pages Twitter et Facebook étaient régulièrement alimentées donnant des infos sur l’avancement du web-documentaire. Ainsi, les différents abonnés (followers) à ces pages peuvent en suivre l’actualité. Des médias français reconnus comme France Télévisions, via le site Internet de France 3 Lorraine, ont publié le web-documentaire. Et d’autres sites le référencient.

tweet1

(un tweet de Engagés le webdoc)

facebook

(page Facebook – Engagés)

tweet2

(un tweet annonçant la date de la sortie du projet)

Autre chose à soulever concernant l’incitation à la navigation : le leitmotiv de vouloir faire du lecteur cet interviewer de circonstance. C’est une manière d’inviter ce dernier à être actif dans sa navigation mais c’est un leurre. Un peu comme le questionnaire à l’adresse d’un des deux politologues dont les liens s’avèrent ne pas fonctionner du tout quand on clique dessus. Cette incitation va même jusqu’à vouloir faire croire au lecteur qu’il peut poser les questions à l’expert alors que les seules questions ont déjà été posées par écrit. Par contre, les bonnes idées ne manquent pas. Comme la présence, sur la page d’accueil, d’un bouton d’aide à la navigation du site qui permet à l’internaute de trouver ses repères. Et à propos, il existe un bouton « Repères » qui envoie le visiteur vers des ressources plus approfondies, notamment les résultats électoraux des villes, une visite guidée de certaines villes ou encore l’analyse d’un politologue. La navigation est simple et facile à prendre en main avec des boutons intuitifs (malgré la police de caractères pas très esthétique -dans sa présentation- donnant un goût de produit pas fini) et on s’y retrouve sans trop de difficultés. La possibilité offerte au lecteur de passer les séquences d’intro et autres vidéos qu’il n’a pas envie de voir fait aussi partie de cette marge de manœuvre qui est la bienvenue.

Le positionnement idéologique n’est pas clairement établi. Dès le début, les auteurs ont choisi de ne prendre aucun parti pris et de n’avoir aucun a priori. Ils ne se contentent que de relater les faits. Cependant, on ne peut s’empêcher de faire face à un constat limpide : le ras-le-bol d’une couche sociale par rapport à la politique mené par les élites du pays (UMPS) qui a créé beaucoup de déçus. En réaction, ces nouveaux activistes s’engagent au Front National. Des activistes qui, souvent, veulent se détacher de celui de Jean-Marie LePen. Un autre constat : le mouvement frontiste qui s’agrandi de plus en plus en Moselle. Ce qui n’est rien d’autre que l’une des preuves que le FN devient un parti (la troisième force politique en France depuis 2012) qui, lentement mais sûrement, tisse sa toile d’un frontisme municipal qui veut donner le ton à un frontisme national encore plus affirmé. Voilà comment, à travers la voix des experts, les journalistes en herbe peuvent faire passer une information.

Sandrine Warsztacki, « Jouer avec les limites du journalisme »

« Mon grand plaisir, c’était de placer un article anticonsumériste en sachant qu’il allait être entouré de pub ». S.W.

« Mon grand plaisir, c’était de placer un article anticonsumériste en sachant qu’il allait être entouré de pubs ». S.W.

Après avoir prêté sa plume à plusieurs grands médias, tels que Metro, Slate, Imagine ou encore Victoire, Sandrine Warsztacki dirige depuis plus d’un an la rédaction d’Alter Echos, engagée dans la volonté de fournir des analyses poussées de problématiques sociales et utiles à la société.

Selon Sandrine Wrasztacki, le journaliste a « un rôle pédagogique, d’ouverture d’esprit et de lutte contre les préjugés ». Sans remettre en cause le traitement de l’information mis en place dans les médias dits « généraux » qui l’ont formé, la journaliste s’est dirigée vers une voie plus spécialisée. Elle dirige une rédaction engagée de par le choix des sujets abordés, qui reflète un certain engagement social.

Créé en 1997 par deux journalistes, Alter Echos tente d’analyser des problématiques économiques et sociales dans le but de proposer des alternatives. Ciblant dans un premier temps les acteurs et les professionnels du social, le journal s’ouvre petit à petit à un public plus large. Défini sur un modèle de journalisme lent, dans lequel le temps n’est pas une contrainte, il privilégie l’analyse, l’investigation et le reportage.

Dans le cadre de discussions organisées par le département de journalisme de l’ULB autour de l’engagement journalistique, Sandrine Warsztacki est venue présenter son travail aux étudiants de la faculté. Afin d’en apprendre un peu plus sur son parcours personnel et sa notion de l’engagement, nous nous sommes rendus à Saint-Gilles, au siège d’Alter Échos.

Achille Thomas et Alexandre Liégeois.

Denis Ruellan : la neutralité est une chimère

Denis Ruellan est un chercheur occupé. Après une carrière de journaliste, il s’est tourné vers la recherche. Il est notamment le directeur-adjoint du CRAPE (Centre de Recherches sur l’Action Politique en Europe) et co-éditeur de la plate-forme Surlejournalisme.com, site de veille centré sur l’actualité de la recherche internationale. Et il ne s’arrête pas là puisqu’il consacre aussi son temps à l’enseignement au sein de l’Université de Rennes 1.

Pas de journalisme sans engagement

Être chercheur en journalisme, c’est ne pas manquer de travail ! Les médias sont en perpétuelle évolution et directement soumis à la critique publique. Pas étonnant donc que les journalistes s’interrogent sans cesse sur leurs pratiques.

Actuellement, la question de l’engagement fait débat. Le journaliste doit-il être engagé ? Qu’est-ce qu’un journaliste engagé ? Ces questions ne sont pas anodines. Denis Ruellan tente d’y répondre dans l’ouvrage « Journalistes engagés », qu’il a co-dirigé en 2010 avec Sandrine Lévêque. Pour le chercheur, la neutralité et l’objectivité n’existent pas. L’engagement est inévitable et ne pose pas problème. Le journaliste doit au contraire l’utiliser comme une ressource, dans sa recherche de contacts ou encore pour faire valoir ses compétences.

Preuve que cette question est plus que jamais d’actualité, elle a fait l’objet de deux conférences à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Denis Ruellan était un des intervenants de la conférence du vendredi 21 novembre. A cette occasion, nous avons pu le rencontrer.

Angèle Olivier et Lisa Delmoitiez

Crédit photo en Une : Alexandra Martins/UnB Agência http://www.unb.br/noticias/unbagencia/unbagencia.php?id=4972

Crédit photo Soundcloud: Denis Ruellan http://www.ppc.labocommunicant.net/ruellan/

Bailly, écrivain malgré lui

Olivier Bailly à l'Université Libre de Bruxelles ©Lise Ménalque

Olivier Bailly à l’Université Libre de Bruxelles ©Lise Ménalque

Olivier Bailly est journaliste indépendant depuis plus de dix ans. Ce Belge aime être seul pour écrire et assume pleinement sa misanthropie. Paradoxal, l’homme a de l’intérêt pour les gens, surtout ceux qui souffrent. Dans ses écrits, il tente inlassablement de dénoncer les dysfonctionnements de la société. La plume qui gratte, le journaliste ne se considère pas comme quelqu’un d’engagé. Il a juste l’impression qu’être engagé, c’est bien faire son travail…

« C’est sympa, ça fait hôpital chez vous.. » Ironique, Bailly constate. Au 11e étage aseptisé du bâtiment D de l’Université Libre de Bruxelles, l’homme s’installe. Dans une petite salle aux murs bleus clairs, le quadragénaire passe doucement ses mains autour de son cou pour se réchauffer. Prémisses d’un tatouage à peine perceptible. Le journaliste est un peu sur la réserve. Les questions, c’est lui qui les pose d’habitude. Bientôt dix ans qu’il s’intéresse aux gens et à leurs histoires, et tente de retranscrire au mieux les réalités qu’il observe. Dans la majorité de ses articles, ce reporter indépendant cherche à dénoncer les erreurs du système. Il se met constamment « du côté de ceux qui souffrent ». Voir parfois dans leurs peaux. Son travail le plus connu dénonce les problèmes managériaux au sein de l’entreprise Bpost. Bailly n’a pas hésité à donner de sa personne en se faisant passer pour un facteur bruxellois pendant un mois. C’était en 2013. Son enquête lui a valu le Prix de la presse Belfius, à hauteur de 2000 euros. Une somme non négligeable pour le « freelance » qu’il est.

Écritures divergentes

Les constats sont essentiels pour Bailly, et doivent impérativement être respectés. « Je déteste l’estompement de la norme journalistique par rapport aux faits», explique le journaliste à propos du mélange entre la fiction et le journalisme. Et de citer des exemples qu’il ne cautionne pas comme le faux documentaire Bye Bye Belgium qui annonçait en 2006 l’indépendance de la Flandre en plein JT. Mais le reporter est loin de haïr la fiction, au contraire. Il faut juste qu’elle soit présentée comme telle.

« Le journaliste est responsable de ce que les gens croient. Dans un roman, les gens sont seuls responsables de ce qu’ils croient », déclare-t-il calmement en parlant de la frontière entre écrivain et journaliste.

Car Bailly écrit des romans depuis 2008. Des récits fictionnels en parallèle de ses reportages : dénonciateurs. Son dernier né, Sur la grue (2014) évoque la dure réalité de trois immigrés qui seront bientôt expulsés. Ils décident alors de se percher sur une grue place De Brouckère pour « revendiquer le droit d’exister, de rester dans ce pays ‘d’accueil’ qui ne les accueille pas. » Pour en savoir davantage sur cet ouvrage, ainsi que sur tous ses autres travaux, Olivier Bailly tient un blog : « Je doute donc je cherche ». Titre cartésien qui met pleine lumière sur sa curieuse humilité.

« Il n’était pas écrit que j’écrive »

Avant de se lancer dans des études de journalisme à l’IHECS, Bailly a fait un an de réalisation vidéo à l’Institut des Arts de Diffusion. Il n’est pas pris pour la seconde année et se rabat sur le journalisme. Un peu par défaut. « À ce moment précis, il n’était pas écrit que j’écrive », commente en riant le journaliste. À la fin de ses études en 1996, c’est la photographie qui l’inspire. Un an après, il réalise un reportage photographique au Rwanda. Le thème ? La reconstruction du pays post génocide contre les Tutsis en 1994. Après l’Afrique, il écrit pour plusieurs magazines, tout en étant au chômage. Le jeune homme recherche la stabilité financière. Il sera alors chargé de communication et journaliste pour le Centre national de coopération au développement (opération « 11.11.11 ») pendant quatre ans. En 2004, il se lance pleinement comme indépendant dans la presse écrite, et enchaine les projets rédactionnels en Belgique ou à l’étranger. Un choix réfléchit :

« Je me suis posé deux questions à l’époque. Est-ce que je peux vivre de l’écriture ? Est-ce que je peux m’amuser avec l’écriture ? Et je n’ai jamais vraiment répondu à la deuxième… », esquisse-t-il anxieusement.

Grâce à son travail, Bailly voyage beaucoup. Il part au Cameroun pour tenter de cerner le système de soins de santé, au Maroc pour suivre des immigrés de la troisième génération, ou encore en Colombie pour enquêter sur les multiples disparitions en plein conflit armé. Mais le journaliste s’essouffle : « Après ces quelques voyages, je me suis rendu compte que partir dix jours dans un pays n’est pas suffisant pour expliquer une réalité sociale complexe. Je les ai donc petit à petit remis en question. » Et puis il y a la vie. Bailly est papa depuis quelques années. « Ça change l’organisation… Je prends moins de risques dans ma vie professionnelle. Les sujets de mes immersions se modifient », dévoile-t-il pudiquement. Le journaliste n’hésite pas à remettre en en cause un projet d’immersion dans le milieu de la drogue à Bruxelles, parce que « la plaque tournante » est à 200 mètres de chez lui. « Ce qui pose problème, c’est que ça risque d’influer sur ma vie de famille. Mais personnellement, ça ne me pose pas de problème », commente-t-il. L’audace du reporter se modifie avec les enfants qui naissent, faisant peut-être place à plus de sagesse.

L’engagement sans chichis

Difficile de ne pas considérer Olivier Bailly comme un journaliste engagé, de par ses sujets, de par sa manière de traiter les faits. Pourtant, ce terme lui déplaît. Quand l’engagement est abordé, il prend quelques secondes de réflexion avant de répondre.

 « Quand je veux décrire ce qu’est un journaliste engagé, j’ai juste l’impression de décrire ce qu’est un journaliste. Quelqu’un qui travaille les faits, qui les cherche, qui va les découvrir, et puis qui travaille la réalité pour être un traducteur de ces faits », développe-t-il.

Il avoue ensuite être un peu engagé dans le choix de ses sujets. « Comme le disait Robert Fisk, je suis impartial du côté de ceux qui souffrent. Je vais plus facilement travailler sur des sujets d’équité dans le monde que sur la dernière pompe à la mode vendue Avenue Louise ! » Certains de ses papiers sont parfois mis à mal par les rédactions pour lesquelles il travaille, comme celle du journal Le Vif par exemple. Bailly serait catégorisé comme un journaliste de gauche. Bien qu’il soit issu de la bourgeoisie waremmienne (« une gauche conformiste », dit-il en plaisantant), ce Bruxellois d’adoption ne revendique pas cette étiquette politique. « D’autres me catégorisent comme ça », conclut-il.

Médor : par passion

À peine arrivé au lieu de rendez-vous, le journaliste dégainait fièrement le flyer explicatif de Médor. « Médor, n’est pas un chien. Médor sera un trimestriel coopératif belge d’enquêtes et récits. », peut-on lire d’entrée de jeu au dos du petit carton. Olivier Bailly est le cofondateur de ce nouveau mook (mélange de « magazine » et « book »). Il n’aime pas trop mettre ce rôle en avant car, pour lui, le projet place les 17 contributeurs au même niveau.

« C’est une organisation horizontale, où tout le monde a le droit à la parole. Autour de moi, tous des cons, et ça commence à bien faire ! », badine-t-il,  n’en pensant pas un mot.

Mais au fond, Médor, c’est un peu son bébé. Lorsqu’il a reçu le prix Belfius (encore un) pour son enquête sur le surendettement, en 2011, il lui fallait rebondir, car il ne pourrait pas l’obtenir l’année d’après. L’idée de créer un mook d’enquêtes a donc fait son chemin. Pas pour l’argent, mais pour être libre de ses mouvements. Pour faire ce qu’il aime sans contrainte. « Ça demande de l’effort et de la conviction parce qu’on ne gagne pas un balle pour le moment. Mais ce qui est sûr, c’est que ça ouvre des horizons », argumente le journaliste. Mais dans cet effet de groupe, qu’est donc devenu le misanthrope? Celui qui aimait tant écrire seul ? « Je suis contradictoire, je ne vous le cache pas », commente-t-il avec dérision. Un brin arrogant, aussi. Comme pour se protéger du monde qui l’entoure, et qu’il raconte si bien.

Sofia Douïeb et Lise Ménalque 

« Aujourd’hui, c’est plus difficile d’être contestataire »

C’est dans un lieu hautement symbolique pour l’engagement à Liège que nous avons rencontré Bruno Frère, professeur en sociologie de l’association qui porte un intérêt particulier aux mouvements sociaux. Le quartier de Pierreuse est célèbre pour avoir accueilli toutes les grandes manifestations liégeoises. Dans les locaux de Barricade, libraire qui abrite une littérature engagée, ce chercheur s’ exprime sur son parcours et sur son intérêt pour le militantisme. Il expose d’ailleurs ses idées dans de multiples ouvrages tels que Le Nouvel esprit solidaire ou encore Economie Solidaire et imaginaire de la pratique dans la mouvance alter-mondialiste. En effet, de nouvelles formes d’expression ont vu le jour ces dernières années, et aujourd’hui, les militants s’engagent davantage dans des causes associatives. Pour vulgariser son propos, le professeur pense que l’engagement s’est individualisé et s’est rarifié à cause des évidences que les citoyens ne remettent plus en question. Même s’il est attaché à la thématique du militantisme, Bruno Frère ne se considère pas comme une personne engagée.

Aujourd’hui, il consacre son énergie militante dans l’association des parents de l’école des ses deux enfants. L’engagement selon lui ne doit pas spécialement être politique ou idéologique, mais il peut s’exprimer au quotidien dans les actions citoyennes.

Cyrus Pâques, la photo au service de l’autre

« Je suis né en sachant que les choses ne s’arrêtaient pas à Bruxelles » explique Cyrus Pâques. Le photographe, licencié en journalisme de l’ULB a sa propre manière d’exercer son métier.

Avec une mère d’origine iranienne et une enfance passée à Schaerbeek – une commune où se côtoient des gens issus de diverses origines – le thème de l’immigration lui a directement semblé évident à traiter. S’il affectionne le sujet, c’est aussi pour une raison simple: celle de mettre en image l’environnement dans lequel il a grandi.

Son engagement dans la photographie, il l’envisage sous un angle non-conventionnel. Traiter des hommes plutôt que des sujets, sans vraiment savoir à quoi s’attendre au préalable.

Cyrus Pâques ne se définit d’ailleurs pas comme photojournaliste, une profession qu’il trouve trop assimilée aux médias, où l’image est surtout publiée pour illustrer les propos d’un article.

Les histoires qu’il raconte avec la photo sont pourtant bien ancrées dans la réalité, sans prétention de mise en scène. On peut par exemple citer ses portraits d’immigrés auxquels le photographe a rajouté un enregistrement de chants dans leurs langues maternelles, pour les rendre plus vivants encore.

C’est au travers des projets plus poussés en terme d’engagement personnel que Cyrus Pâques s’illustre actuellement. Il réalise un photo-reportage sur les sans-abris de la capitale, qu’il va suivre dans le cadre d’un travail d’immersion.« A ce stade, je ne sais pas encore ce que je vais tirer de cette expérience » confie-t-il.

Nous avons rencontré le photographe au centre Dansaert pour qu’il nous parle un peu plus de toutes ces histoires individuelles, qu’il capture dans l’objectif depuis maintenant plusieurs années.

Pierre-Guillaume Calvet et Florence De Smul

PAQUES from EUJB on Vimeo.

Journalisme : la nature multiple de l’engagement

Les intervenants (de gauche à droite): Laurence Brogniez, Fabrice Preyat, Valérie Nahon , Denis Ruellan et Bruno Frère.

Les intervenants (de gauche à droite): Laurence Brogniez, Fabrice Preyat, Valérie Nahon , Denis Ruellan et Bruno Frère.      [ph : Mathieu Clairet]

Le cours de Pratique de journalisme poursuit, ce vendredi 21 novembre 2014, sa table ronde autour de l’engagement. Au programme : séminaire académique animé par trois chercheurs de l’ULB, Laurence Brogniez, Fabrice Preyat et Valérie Nahon. Denis Ruellan, de l’Université de Rennes 1 et Bruno Frère de l’ULg étaient eux aussi de la partie. Chacun, à travers un court exposé d’une quinzaine de minutes, devrait donner une définition de l’engagement selon son champ d’étude. Une tâche peu aisée au vu de « la multiplicité des définitions que l’on peut en donner », introduisait Florence Le Cam, Présidente de la filière information et communication à l’ULB. 

laurence Laurence Brogniez est la première à prendre la parole. Elle présente un texte qu’elle avait réalisé dans le cadre d’un colloque sur le combat pour l’unité italienne au 19ème siècle.« Une odyssée en 1860. Dumas « embarqué »: du voyage au reportage ». A l’époque, cet événement historique avait incité les journalistes des quatre coins de l’Europe à se rendre sur place pour témoigner. Parmi eux, le célèbre écrivain Alexandre Dumas. En 1860, Dumas l’artiste devient donc Dumas le reporter. Engagé aux côtés de Garibaldi, le journaliste en herbe devient journaliste « embedded » (embarqué). Effectivement, Dumas va être enrôlé parmi les partisans de Garibaldi, les chemises rouges. Il va directement se retrouver propulsé dans un rôle d’historien, d’acteur du conflit et donc de témoin impliqué. Cette situation d’observateur privilégié va se ressentir dans ses premiers écrits, très subjectif, avec une prépondérance du « je ». Ensuite, Dumas va se poser la question de la neutralité et finir par employer le « on ».

Mais est-il plus objectif pour autant ? Non, l’auteur va participer au phénomène d’iconisation d’un Garibaldi érigé en véritable héros de tout un peuple. L’épopée de Dumas est d’autant plus intéressante qu’elle est le parfait exemple d’un engagement qui peut être instrumentalisé.

fabrice La deuxième partie fait mention du reportage en bande dessinée. Fabrice Preyat entame son intervention en s’interrogeant sur les raisons qui motivent un auteur de bande dessinée à faire du journalisme engagé. Il fait remarquer que pour s’intéresser à la condition du BD reportage selon la perspective de l’engagement, il faut prendre en compte « le genre du BD reportage, la pratique du journalisme et aussi l’identité professionnelle de leurs acteurs respectifs ». Selon lui, le BD reportage, le reportage graphique ou encore le journalisme dessiné ne sont pas des genres immuables ou clairement définis. Au contraire, cela démontre une certaine désinvolture à l’égard d’un genre ou d’une discipline. Ceci à l’image même de la nature polysémique de l’engagement.

Fabrice Preyat va ensuite expliquer, à travers les définitions de différents auteurs, que le BD reportage est un genre journalistique nouveau. Un genre utile, avec beaucoup de liberté, malgré la présence d’une déontologie journalistique. Un genre qui, selon certains auteurs, veut prendre la place laissée vacante par le journalisme traditionnel. Dans le BD reportage, l’attrait à la subjectivité est totalement assumé.

Le troisième interlocuteur, Denis Ruellan, est sans doute celui qui parle le mieux d’engagement en journalisme au sens propre du terme. « L’engagement est quelque chose de noble et va de pair avec le désengagement », atteste-t-il.

denis C’est dans la recherche de la neutralité qu’on a pu observer le désengagement du journalisme dans le discours professionnel. Il est aujourd’hui lié à une réalité économique et politique. De nos jours, il n’est donc pas de journalisme possible sans distance et contact. Il faut nécessairement une sorte de conciliation entre l’engagement et le désengagement (dans le sens du discours professionnel de la neutralité). D’où parfois la difficulté de se faire largement comprendre puisque « le journaliste doit être à la fois au contact et à distance de ses sources », explique D. Ruellan.

XXI La quatrième personne à intervenir est Valérie Nahon. Elle présente la revue XXI et son style graphique si particulier. XXI propose une nouvelle formule éditoriale qui illustre l’émergence d’un nouveau public. A travers le livre de Gilles Lipovetsky et de Jean Serroy, « L’esthétisation du monde », elle explique le paradigme de l’esthétisme qui domine notre société. C’est pourquoi XXI tente de démultiplier la compréhension du réel grâce à son univers graphique. Par la suite, Valérie Nahon va principalement faire la promotion de XXI. Elle explique que le mook propose un journalisme de qualité se démarquant du « journalisme marchandise », souvent lié à la publicité.

frère Pour clôturer cette table ronde, le débat prend une tournure très sociologique avec l’intervention du sociologue Bruno Frère. « Le problème c’est qu’il n’y a, pour l’instant, pas de volonté de faire front contre le capitalisme », déclare-t-il. Ce dernier, relancé par Florence Le Cam sur le thème de l’engagement, va tenter de démontrer l’ambivalence qui existe entre les mouvements sociaux et le pouvoir public. L’indépendance économique de ces groupes sociaux face à ce dernier n’est souvent pas assurée.

Concernant l’engagement en journalisme, hormis sa nature multiple, on aura retenu que cet engagement, pour peu qu’il soit efficace, doit puiser sa motivation en amont. Il se construit par l’expérience, et peut être perçu comme une source nécessaire dans la quête de l’information.

 

 

 

 

Trezor Lokwa et Mathieu Clairet

Engagement & Journalisme : notions incompatibles ou complémentaires ?

Le Journalisme. Considérée par certains comme “le quatrième pouvoir”, et par d’autres comme un simple concept dénué d’intérêt, la profession vit aujourd’hui une crise sans précédent. Les questions sont nombreuses autour notamment, du modèle économique à adopter, de la pertinence des sujets à l’heure de l’information ultra rapide, du support le plus adapté…

A travers un table ronde organisée à l’Université Libre de Bruxelles le 18 novembre 2014, six journalistes et acteurs du monde médiatique ont tenté d’apporter des éléments de réponse à ces questions fondamentales pour la survie du métier, à travers le spectre d’une caractéristique incontournable au journalisme : l’engagement.

Lors de ce débat, animé par Ricardo Gutiérrez, Secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), les intervenants ont été amenés à donner leur définition et vision de l’engagement dans le journalisme. Avec leurs propres expériences et compétences, ils ont livré un avis personnel aux apprentis journalistes face à eux. Mais on l’a vu et entendu, la question suscite des réponses divergentes, qui tendent parfois à se perdre dans diverses définitions et perceptions.

 

Crédit : Philippe Delchambre

Les Intervenants (de gauche à droite) : Ricardo Gutierrez, Cyrus Pâques, Valentine Bonomo, Adèle Flaux, Sandrine Warsztacki, Olivier Bailly, François Pirot (Crédit : Philippe Delchambre)

Leur vision d’un journalisme engagé dépend avant tout du type de média dans lequel ils évoluent. Dans le domaine de l’audiovisuel, où le choix de l’image est primordial et relève d’une certaine subjectivité, Adèle Flauxjournaliste enquêtrice et assistante-réalisatrice en documentaire et web-doc se revendique de “l’École de l’objectivité”. Son choix professionnel d’aller vers le documentaire marque paradoxalement une opposition forte à l’objectivité, car selon elle, le documentaire est le fait du regard du documentariste : “la subjectivité y constitue une vraie richesse”. Elle préfère alors parler d’engagement dans le journalisme plutôt que dans le domaine du documentaire. L’engagement constitue pour elle, l’importance de faire passer des sujets indépendants et engagés.

Partageant le même point de vue, le scénariste – documentariste et réalisateur François Pirot décrit l’engagement comme “une marque de subjectivité, sans pour autant tomber dans une forme de dénonciation”. Il importe de prendre ses distances, entre l’envie d’être engagé et l’envie de militer. François Pirot met en garde : par rapport à sa propre expérience, il conseille de ne pas avancer avec des oeillères, prêchant l’engagement à tout prix au risque de se fermer à d’autres réalités et complexités.

Cyrus Pâques, photojournaliste, rejoint ces deux définitions mais ne manque pas d’ajouter une précision notable : “Je suis en faveur de la subjectivité assumée”, affirme-t-il. Selon lui, on a toujours un point de vue, donc aucune objectivité ; mais l’important, c’est surtout de l’assumer. Dans le domaine de la photographie, d’ailleurs, chaque image est choisie consciemment : on doit assumer tel ou tel choix, c’est une sorte de “légitimité personnelle” que l’on doit cultiver.

Dans un autre registre, Sandrine Warsztacki a fait de l’engagement un des objectifs de la revue Alter Echos. Le concept a, selon elle, davantage attrait au choix des sujets traités par la revue, engagée dans la défense des droits économiques et sociaux. Elle précise que l’engagement dans le journalisme peut revêtir plusieurs formes, comme le choix des sujets ou l’angle choisi, mais il peut s’opérer également de manière plus concrète au sein d’une rédaction.

Toujours dans le domaine de la presse écrite, Valentine Bonomo explique que la vision de l’engagement de “Papier Machine” tient essentiellement en sa démarche. En effet, la revue tient à s’éloigner des codes du journalisme (sujets d’actualité, faits réels, point de vue objectif et fidèle aux faits…) pour laisser la part belle à la poésie. L’engagement amène ici à la question des objectifs que la revue cherche à atteindre, « toujours en gardant un grand sens de la responsabilité, car nous produisons dans un monde déjà rempli d’informations ».  

Enfin Olivier Bailly, journaliste indépendant et co-fondateur de « Médor », ferme la marche avec un avis à l’opposé de tous les autres. Paradoxalement au lien mis en avant par les précédents intervants entre l’engagement et la subjectivité, le journaliste ne se sent “ni engagé, ni objectif”. Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer qu’un journaliste engagé est un journaliste qui “fait simplement son métier et essaie de bien le faire” : c’est une question de recherche de faits, d’aller sur le terrain et de rapporter les observations et informations.

Les étudiants restent sur leur faim. (Crédit : Philippe Delchambre)

Après les différents exposés, les étudiants présents dans la salle, mais également sur Twitter via le hashtag #EUJB sont perplexes. De nombreuses interrogations subsistent sur le but et l’impact de l’engagement dans le travail journalistique. La principale question dégagée restera celle-ci : l’engagement ne concernerait que les médias alternatifs, essentiellement représentés ici, au détriment des médias généralistes qui se perdent dans la diversité des sujets traités ?

L’engagement d’un journaliste dépend de contraintes socio-économiques”, répond Olivier Bailly. Selon lui, de plus en plus de journalistes travaillent dans de mauvaises conditions, dépassés par le peu de temps dont ils disposent pour réaliser un travail de qualité. En parallèle avec sa propre définition de l’engagement, il ajoute qu’on “perd du temps à se poser les mauvaises questions, centré sur nos choix et sur une logique individualiste, subjective, au lieu de se concentrer sur le factuel”.

Une dernière question est lancée, résonnant comme un cri de détresse: “Mais comment faire pour être ou rester engagé quand on travaille dans de mauvaises conditions ?”. Personne ne se mouillera vraiment pour répondre …

Valentine Antoine & Clément Bacq

Le BD-reportage: un genre bien loin de Tintin

Bande dessinée et journalisme…Voici deux mots qui semblent opposés, et qui ont pourtant donné naissance à un tout nouveau genre journalistique: le BD-reportage. On en retrouve notamment dans des mooks (contraction entre magazine et book), comme la Revue XXI. Un genre que nous avons découvert vendredi dernier, lors de la journée d’étude sur l’engagement journalistique, à l’Université Libre de Bruxelles.

Parmi les intervenants, un académicien a particulièrement attiré notre attention. Il s’agit de Fabrice Preyat, spécialiste du BD-reportage à l’ULB. Ses propos nous intriguent: le BD-reportage serait un genre journalistique engagé. Comment? Et bien par son honnêteté envers le lecteur, en assumant sa subjectivité à travers le dessin. Bref, de quoi faire bondir les étudiants que nous sommes. De la subjectivité, en journalisme? Oui, mais avec la volonté de donner des informations de terrain, vécues par le BD-reporter.

Malgré le discours de Fabrice Preyat, les questions et les doutes persistent. Les BD-reporters sont-ils de vrais journalistes? Comment les croire? Comment leur faire confiance? Respectent-ils la déontologie?

Bref, nous voulions des réponses à nos interrogations. Et c’est avec plaisir que Fabrice Preyat nous ouvre les portes de son bureau, ainsi que les pages de ses bandes desssinées. Dans cette vidéo, vous saurez tout sur le BD-reportage : sa définition, ses engagements dans le journalisme, mais aussi les techniques utilisées par les BD-reporters. Ici, rien à voir avec Tintin. Le BD-reportage, c’est du sérieux !

Fabrice Preyat – Le BD-reportage from EUJB on Vimeo.

Pitisci Juliette & Van der Linden Thomas

L’avis d’Adèle

Adèle Flaux se définit comme une journaliste enquêtrice et assistante réalisatrice en documentaire et web-doc. Même si, d’après ses dires, son expérience professionnelle n’en est qu’à ses débuts, cela ne l’empêche pas d’avoir une opinion bien tranchée sur le métier de journaliste.

Adèle Flaux a récemment collaboré au projet « Génération Quoi ? », une large enquête menée en France durant des mois auprès des 18-34 ans. Le but ? Dresser le portrait, à travers une centaine de questions, de la nouvelle génération en abordant des sujets très variés tels que la politique, la sexualité ou encore le chômage. Cette enquête a débouché sur trois films documentaires diffusés sur France 2 et sur des capsules web qui avaient pour but de confronter des politiciens et des sociologues aux résultats de l’enquête, capsules réalisées par Adèle Flaux.

Bien que cette jeune femme n’ait pas reçu de formation journalistique, elle fait partie du monde documentaire, ce qui lui permet d’appréhender le métier de journaliste avec un regard différent et décalé. C’est dans ce contexte qu’elle a été invitée la semaine dernière à l’Ecole Universitaire de Journalisme de Bruxelles autour d’une table ronde qui avait pour thème l’engagement. Qu’il s’agisse d’un journalisme engagé, au niveau du sujet ou de la manière d’aborder la question ou qu’il s’agisse de l’engagement dans travail au quotidien du journaliste, Adèle Flaux nous a livré sa vision du métier.

L’avis d’Adèle from EUJB on Vimeo.

Marine Guiet & Damien Tréfois

François Pirot, entre écriture romancée et réalité capturée

Polyvalent : c’est sans doute le mot qui définit au mieux François Pirot. C’est qu’à 37 ans le réalisateur/acteur/scénariste – l’air adolescent et décontracté – a déjà plus d’une corde à son arc cinématographique.

S’il a longtemps collaboré avec le réalisateur belge Joachim Lafosse en tant que plume (il a co-scénarisé ses films Nue Propriété et Elève Libre), François Pirot s’est également lui-même essayé à la réalisation, l’un de ses premiers amours.

Un travail différent, d’action et d’équipe, loin de la solitude ou de l’ombre que l’écriture implique souvent. Une manière pour lui de mettre en avant des projets plus personnels, quand la scénarisation implique parfois l’exigence de l’autre – bien qu’il semble apprécier tout autant l’exercice.

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François Pirot à l’exercice du montage de son documentaire.

Entre courts métrages et road movie de copains (Mobile Home, son premier « long »), c’est toutefois dans le documentaire que ce touche-à-tout s’accomplit désormais. En s’immisçant dans la vie quotidienne d’un centre de demandeurs d’asile dans les Ardennes belges, le réalisateur a dû faire face à la contrainte (ou le bénéfice, c’est selon), de l’engagement dans son travail : un angle de vue après lequel il a un temps couru, avant de s’en distancier.

Car s’il n’est pas journaliste, Pirot n’en reste pas moins un investigateur, soucieux d’offrir avant tout l’image et le mot juste au prisme de son travail.

Et si les mots ne manquent pas pour qualifier François Pirot, lui, pourtant, à encore du mal à se définir. Rencontre avec un artiste tout terrain.

François Pirot, entre écriture romancée et réalité capturée from EUJB on Vimeo.

Maia Neira et Charlotte Versele

Papier Machine, ou la passion des mots, raconté par Valentine Bonomo

Papier Machine : c’est le nom d’une nouvelle revue lancée par des amoureux des mots. Le premier numéro, sorti en septembre dernier, se consacre à l’exploration du mot « souffle ». En mars 2015, ce sera au tour du mot « trappe » de passer dans les mains expertes de contributeurs de qualité. Ce projet, pour le moins risqué, nous a valu la présence de Valentine Bonomo et Aldwin Raoul, tous deux fondateurs de la revue, à la table ronde sur les rapports entre journalisme et engagement.

Pour nous, Valentine Bonomo revient sur l’obsession des mots qui a conduit à la création de la revue Papier Machine et de son Manifeste, en novembre 2013.

Pour le comité éditorial de Papier machine, il était important de redonner un certain poids, une certaine légèreté, voire une nouvelle liberté aux mots malmenés par l’usage courant. C’est pourquoi l’équipe a choisi de faire appel à des contributeurs issus du monde universitaire, artistique et journalistique afin d’enrichir l’expérience du lecteur.

Cet univers qu’espère développer toute l’équipe de Papier Machine s’inscrit dans une prise de risque, consciente et assumée qui exprime tout leur engagement dans le processus de création.

Même si la personnalité de la revue reste à construire, Valentine Bonomo et tous les autres nourrissent de grands espoirs quant à l’avenir de Papier Machine. Ils continuent en tout cas de s’y engager, par amour pour les mots.

 Kieran Sparks et Anémone Hubaut

Valérie Nahon et le mook: une histoire dans l’air du temps

Valérie Nahon est une chercheuse née. La trentaine affirmée, c’est un personnage au parcours atypique, éclectique dirait-elle même. Car cette jeune doctorante a soif d’apprendre, de découvrir. “Je suis une éternelle étudiante. Si on me payait pour étudier,  je crois que je continuerais.” Elle a notamment suivi des études en droit, en histoire de l’art et en Langues et littératures françaises et romanes, sans parler des nombreuses bourses de recherche dont elle a bénéficié. Passionnée par les mots en tant que relais des réalités sociales, elle a décidé aujourd’hui de s’attaquer au mook, cette forme hybride entre le “magazine” et le “book” qui mélange la photographie, le dessin et l’écrit pour offrir aux lecteurs un objet artistique. Mais, le mook c’est aussi un art nouveau, une forme contemporaine du journalisme. Et Valérie Nahon aime être à la page. Elle est donc parmi les premières à développer une thèse sur cette presse du temps long.

Vu votre parcours multidisciplinaire, comment en êtes-vous arrivée à vous intéresser aux  mooks?

J’étais un peu entre l’art, la littérature et le journalisme. Ce que j’aimais avec les mooks c’est que ça touchait à la littérature, donc ça restait dans mon domaine, mais aussi à l’art. C’était donc pour moi la possibilité de lier les deux formations que j’avais tout en travaillant sur quelque chose de très contemporain. En soi, il est très clair que le mook n’a rien inventé. Il s’inspire énormément des formes du journalisme narratif, essentiellement anglo-saxonnes, comme The New Yorker. Mais ce que le mook a vraiment apporté, en plus de cette hybridation entre journalisme et littérature, c’est toute cette proposition esthétique. Il y a vraiment une recherche graphique qui est tout à fait intéressante et qui, pour moi, est ce qui a inscrit le mook dans le discours proprement contemporain actuel. Ils ont vraiment senti l’air du temps parce qu’on est dans une époque où l’esthétique a beaucoup d’importance. Dans le manifeste de XXI, ils disent « plus que jamais, l’information doit être belle ». Tout est dit.

On dit que le mook est une autre manière de penser le journalisme. D’après vos recherches, quels sont selon-vous les avantages et les inconvénients du mook par rapport au journalisme traditionnel?

Je dirais que le désavantage c’est que c’est trimestriel. C’est difficilement imaginable d’avoir des informations seulement tous les trois mois d’autant que les sujets sont triés et plus limités. Je  ne pense pas que les mooks vont remplacer l’information quotidienne qui est de plus en plus éclectique, qui vient de différents canaux et qui va très vite. Mais tous les quotidiens font plus ou moins la même chose, c’est du copié-collé. Et je pense que l’avantage du mook est justement  qu’il prend le temps de raconter l’information. Il permet donc de comprendre certains sujets d’une autre manière, en passant par exemple par le dessin. Je ne suis pas sure que les mots soient toujours la manière la plus adéquate pour faire sentir quelque chose. Le BD reportage peut vraiment renouveler les modes de compréhension du réel, de l’actualité. Il ne faut pas oublier que lorsque vous lisez un journal, vous êtes toujours plus ou moins dans la même démarche et donc ça peut aussi vous mettre des œillères. Tandis que si vous passez pas un autre canal ça va vous obliger à comprendre autrement et regarder l’information différemment. C’est comme si on vous disait : « Voilà, vous allez constamment regarder cet objet d’en haut. C’est votre habitude».  Et du jour au lendemain on vous dit : « Maintenant vous allez le regarder d’en bas ». Ce sera un autre point de vue mais il sera tout aussi informatif.

Cette presse du temps long s’oppose-t-elle au journalisme web?

Je pense que par rapport à internet c’est un objet intéressant. Certainement pas à la place d’internet, certainement pas en opposition à internet mais vraiment plutôt en complément. Par exemple, je ne dirais pas que XXI s’oppose au web mais plutôt au type d’information que véhicule Internet pour le moment.

Prendre le temps de traiter l’information implique naturellement un plus grand engagement de la part du journaliste. Mais l’engagement s’oppose-t-il à la neutralité?   

Ca dépend de ce qu’on entend par “neutre”. Qu’est-ce que l’engagement ? On peut avoir un mook qui ne va pas avoir une écriture neutre dans le sens où il y aura un point de vue. Et un point de vue ça ne veut pas nécessairement dire « voilà je suis contre, je vais vous montrer que je suis contre et je vais détruire ce sujet ». Ca peut simplement être un point de vue dans le sens où vous allez permettre au lecteur de comprendre que la personne qui écrit n’est pas une personne neutre mais une personne qui est placée dans telle situation, qui a tel type de regard. Le fait de prendre position par rapport au sujet duquel vous discutez, c’est une sorte de reconnaissance de non-neutralité quelque part. Je crois que l’écriture neutre est un leurre. Je crois qu’il y a des écritures plus engagées, plus critiques que d’autres.

Pour conclure, diriez-vous que le mook est un modèle économique viable?

Je pense que c’est viable à partir du moment où le but n’est pas de faire du profit. Et c’est justement là le problème de la presse traditionnelle. Si vous vous dites que le but est de faire du profit, vous allez de plus en plus vers une écriture neutre afin de toucher un plus large lectorat, tandis qu’avec une écriture comme celle du mook vous réduisez forcément votre public cible. Il faut que les gens comprennent pourquoi ils payent 15 ou 17 euros pour un mook. Il s’agit de restaurer la valeur d’échange entre le mook et le lecteur qui va payer pour avoir une qualité d’information. Mais s’il veut rentrer dans le système vraiment capitaliste néolibéral, où le but est de faire du profit, non seulement il ne fonctionnerait pas, mais en plus il y perdrait son âme. On est vraiment dans un monde qui pousse les gens à consommer de plus en plus. Mais quelque fois, consommer peut-être un peu moins d’informations, mais y mettant un peu plus d’âme et de réflexion, pour moi c’est du bonus.

Vous semblez séduite par le modèle du mook. Pensez-vous vous spécialiser dans ce domaine tout au long de votre carrière? 

J’aime bien le changement. Quand j’aurai fait quatre ans de recherche sur le mook je crois que j’aurai fait le tour. Pour la suite, j’aimerais continuer à me pencher sur des sujets transdisciplinaires, qui touchent au journalisme, car je voudrais garder un pied dans l’actualité, et rester dans l’air du temps. Cependant, la recherche c’est beaucoup de demandes et peu d’élus. Donc j’aimerais aussi me lancer dans l’enseignement car communiquer me plait beaucoup. Mais c’est clair que le rapport entre le journalisme, la littérature et l’art c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup. Donc pourquoi pas, aussi, prendre part à un mook.

Maria Udrescu & Quentin Mortier

Laurence Brogniez, la recherche au service des mots

Véritable « lectrice boulimique », Laurence Brogniez est amoureuse des mots. Depuis toujours, le livre fait partie de son quotidien. Un quotidien dédié également à la recherche et au monde académique. Mais au fil des années, une autre envie est venue se greffer : le désir d’apprendre aux autres.

 

C’est lors de ses études en philologie romane à l’Université Libre de Bruxelles que Laurence Brogniez découvre pour la première fois l’univers de la recherche. Parmi ses thèmes de prédilection, les femmes et la critique ainsi que les peintres écrivains. Elle est d’ailleurs à l’origine de la création de la base de données Pictoriana, consacrée aux écrits d’artistes.

 

La question de l’engagement a toujours fait débat. Pour Laurence Brogniez, l’engagement commence déjà dans le choix des sujets, que ce soit pour les écrivains ou encore les journalistes.

 

Depuis quelques années, la filière romane et celle en Information et communication travaillent en collaboration dans la production d’un Mook. Laurence Brogniez, au côté de Florence Le Cam, accompagne les étudiants des deux sections dans ce partage de connaissances autour de l’écriture.

 

Des projets, Laurence Brogniez en a encore plein tête. En ce moment, c’est la ville de Bruxelles qui l’occupe. Des gens de disciplines différentes telles que l’histoire de l’art, la sociologie ou encore l’architecture, participent à cette initiative. Une aventure qui bouleversera, elle en est sûre, toutes ses perspectives sur la littérature.

 

Sophie Dieryck et Maria Bemba 

Bailly, écrivain malgré lui

Olivier Bailly à l'Université Libre de Bruxelles ©Lise Ménalque

Olivier Bailly à l’Université Libre de Bruxelles ©Lise Ménalque

Olivier Bailly est journaliste indépendant depuis plus de dix ans. Ce Belge aime être seul pour écrire et assume pleinement sa misanthropie. Paradoxal, l’homme a de l’intérêt pour les gens, surtout ceux qui souffrent. Dans ses écrits, il tente inlassablement de dénoncer les dysfonctionnements de la société. La plume qui gratte, le journaliste ne se considère pas comme quelqu’un d’engagé. Il a juste l’impression de bien faire son travail…

« C’est sympa, ça fait hôpital chez vous.. » Ironique, Bailly constate. Au 11e étage aseptisé du bâtiment D de l’Université Libre de Bruxelles, l’homme s’installe. Dans une petite salle aux murs bleus clairs, le quadragénaire passe doucement ses mains autour de son cou pour se réchauffer. Prémisses d’un tatouage à peine perceptible. Le journaliste est un peu sur la réserve. Les questions, c’est lui qui les pose d’habitude. Bientôt dix ans qu’il s’intéresse aux gens et à leurs histoires, et tente de retranscrire au mieux les réalités qu’il observe. Dans la majorité de ses articles, ce reporter indépendant cherche à dénoncer les erreurs du système. Il se met constamment « du côté de ceux qui souffrent ». Voir parfois dans leurs peaux. Son travail le plus connu dénonce les problèmes managériaux au sein de l’entreprise Bpost. Bailly n’a pas hésité à donner de sa personne en se faisant passer pour un facteur bruxellois pendant deux mois. C’était en 2013. Son enquête lui a valu le Prix de la presse Belfius, à hauteur de 2000 euros. Une somme non négligeable pour le « freelance » qu’il est.

Écritures divergentes

Les constats sont essentiels pour Bailly, et doivent impérativement être respectés. « Je déteste l’estompement de la norme journalistique par rapport aux faits», explique le journaliste à propos du mélange entre la fiction et le journalisme. Et de citer des exemples qu’il ne cautionne pas comme le faux documentaire Bye Bye Belgium qui annonçait en 2006 l’indépendance de la Flandre en plein JT. Mais le reporter est loin de haïr la fiction, au contraire. Il faut juste qu’elle soit présentée comme telle.

« Le journaliste est responsable de ce que les gens croient. Dans un roman, les gens sont seuls responsables de ce qu’ils croient », déclare-t-il calmement en parlant de la frontière entre écrivain et journaliste.

Car Bailly écrit des romans depuis 2008. Des récits fictionnels en parallèle de ses reportages : dénonciateurs. Son dernier né, Sur la grue (2014) évoque la dure réalité de trois immigrés qui seront bientôt expulsés. Ils décident alors de se percher sur une grue place De Brouckère pour « revendiquer le droit d’exister, de rester dans ce pays ‘d’accueil’ qui ne les accueille pas. » Pour en savoir davantage sur cet ouvrage, ainsi que sur tous ses autres travaux, Olivier Bailly tient un blog : « Je doute donc je cherche ». Titre cartésien qui met pleine lumière sur sa curieuse humilité.

« Il n’était pas écrit que j’écrive »

Avant de se lancer dans des études de journalisme à l’IHECS, Bailly a fait un an de réalisation vidéo à l’Institut des Arts de Diffusion. Il n’est pas pris pour la seconde année et se rabat sur le journalisme. Un peu par défaut. « À ce moment précis, il n’était pas écrit que j’écrive », commente en riant le journaliste. À la fin de ses études en 1996, c’est la photographie qui l’inspire. Un an après, il réalise un reportage photographique au Rwanda. Le thème ? La reconstruction du pays post génocide contre les Tutsis en 1994. Après l’Afrique, il écrit pour plusieurs magazines, tout en étant au chômage. Le jeune homme recherche la stabilité financière. Il sera alors chargé de communication et journaliste pour le Centre national de coopération au développement (opération « 11.11.11 ») pendant quatre ans. En 2004, il se lance pleinement comme indépendant dans la presse écrite, et enchaine les projets d’immersion en Belgique ou à l’étranger. Un choix réfléchit :

« Je me suis posé deux questions à l’époque. Est-ce que je peux vivre de l’écriture ? Est-ce que je peux m’amuser avec l’écriture ? Et je n’ai jamais vraiment répondu à la deuxième… », esquisse-t-il anxieusement.

Grâce à son travail, Bailly voyage beaucoup. Il part en Ouganda pour dénoncer le système de soins de santé, au Maroc pour suivre des immigrés de la troisième génération, ou encore en Colombie pour enquêter sur les multiples disparitions en plein conflit armé. Mais le journaliste s’essouffle : « Après ces quelques voyages, je me suis rendu compte que partir dix jours dans un pays n’est pas suffisant pour expliquer une réalité sociale complexe. Je les ai donc petit à petit remis en question. » Et puis il y a la vie. Bailly est papa depuis quelques années. « Ça change l’organisation… Je prends moins de risques dans ma vie professionnelle. Les sujets de mes immersions se modifient », dévoile-t-il pudiquement. Le journaliste n’hésite pas à remettre en en cause un projet d’immersion dans le milieu de la drogue à Bruxelles, parce que « la plaque tournante » est à 200 mètres de chez lui. « Ce qui pose problème, c’est que ça risque d’influer sur ma vie de famille. Mais personnellement, ça ne me pose pas de problème », commente-t-il. L’audace du reporter se modifie avec les enfants qui naissent, faisant peut-être place à plus de sagesse.

L’engagement sans chichis

Difficile de ne pas considérer Olivier Bailly comme un journaliste engagé, de par ses sujets, de par sa manière de traiter les faits. Pourtant, ce terme lui déplaît. Quand l’engagement est abordé, il prend quelques secondes de réflexion avant de répondre.

 « Quand je veux décrire ce qu’est un journaliste engagé, j’ai juste l’impression de décrire ce qu’est un journaliste. Quelqu’un qui travaille les faits, qui les cherche, qui va les découvrir, et puis qui travaille la réalité pour être un traducteur de ces faits », développe-t-il.

Il avoue ensuite être un peu engagé dans le choix de ses sujets. « Comme le disait Robert Fisk, je suis impartial du côté de ceux qui souffrent. Je vais plus facilement travailler sur des sujets d’équité dans le monde que sur la dernière pompe à la mode vendue Avenue Louise ! » Certains de ses papiers sont parfois mis à mal par les rédactions pour lesquelles il travaille, comme celle du journal Le Soir par exemple. Bailly serait catégorisé comme un journaliste de gauche. Bien qu’il soit issu de la bourgeoisie waremmienne (« une gauche conformiste », dit-il en plaisantant), ce Bruxellois d’adoption ne revendique pas cette étiquette politique. « D’autres me catégorisent comme ça », conclut-il.

Médor : par passion

À peine arrivé au lieu de rendez-vous, le journaliste dégainait fièrement le flyer explicatif de Médor. « Médor, n’est pas un chien. Médor sera un trimestriel coopératif belge d’enquêtes et récits. », peut-on lire d’entrée de jeu au dos du petit carton. Olivier Bailly est le cofondateur de ce nouveau mook (mélange de « magazine » et « book »). Il n’aime pas trop mettre ce rôle en avant car, pour lui, le projet place les 17 contributeurs au même niveau.

« C’est une organisation horizontale, où tout le monde a le droit à la parole. Autour de moi, tous des cons, et ça commence à bien faire ! », badine-t-il,  n’en pensant pas un mot.

Mais au fond, Médor, c’est un peu son bébé. Lorsqu’il a reçu le prix Belfius (encore un) pour son enquête sur le surendettement, en 2011, il lui fallait rebondir, car il ne pourrait pas l’obtenir l’année d’après. L’idée de créer un mook d’enquêtes a donc fait son chemin. Pas pour l’argent, mais pour être libre de ses mouvements. Pour faire ce qu’il aime sans contrainte. « Ça demande de l’effort et de la conviction parce qu’on ne gagne pas un balle pour le moment. Mais ce qui est sûr, c’est que ça ouvre des horizons », argumente le journaliste. Mais dans cet effet de groupe, qu’est donc devenu le misanthrope? Celui qui aimait tant écrire seul ? « Je suis contradictoire, je ne vous le cache pas », commente-t-il avec dérision. Un brin arrogant, aussi. Comme pour se protéger du monde qui l’entoure, et qu’il raconte si bien.

Sofia Douïeb et Lise Ménalque