La caricature. Histoires, statuts et enjeux de l’image satirique

OLYMPUS DIGITAL CAMERAÀ la suite des attaques perpétrées à la rédaction de Charlie Hebdo et dans le contexte de la mobilisation en soutien à la liberté d’expression, une conférence consacrée à la caricature, son histoire, ses statuts et ses enjeux a été organisée à l’ULB le 16 février dernier. Les événements récents ont suscité une série de questions sur l’approche de l’occident vis à vis de notions telles que la liberté d’expression et la liberté de la presse, ainsi que sa perception de la caricature comme style journalistique et le recours à l’humour. Les événements récents ont relevé une série de questions sur l’approche de l’occident vis à vis de notions telles que la liberté d’expression et la liberté de la presse, ainsi que sa perception sur la caricature comme style journalistique et le recours à l’humour. La conférence a dès lors permis d’aborder les origines de la caricature afin de la comprendre à travers son histoire dans un premier temps avec Irène Di Jorio et Ornella Rovetta, puis d’en comprendre ses caractéristiques avec Laura Calabrese et Catherine Bouko dans un deuxième temps. Florence Le Cam a ensuite abordé le statut et la validité de la caricature et de ceux qui la pratiquent en tant que style journalistique. La caricature comme moyen d’expression de ses opinions entre également dans un cadre légal abordé par Jean-Jacques Jespers. Ensuite, David Domingo a abordé la caricature dans le contexte de la télévision et son potentiel pour lutter en faveur de la vérité journalistique en danger aujourd’hui.

Conférence organisé par le Département des Sciences de la information et de la communication de l’ULB le 16 février 2015. Compte rendu rédigé par Morgan Dewulf

Nous rappelant que la liberté d’expression est un concept occidental et que l’humour est tributaire des mœurs et de la culture, Isabelle Meuret et Marie Soleil Frère ont replacé ces deux concepts respectivement aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, puis en Afrique subsaharienne. Si toutes les presses à travers le monde ont soutenu la liberté d’expression comme moyen de garantir la démocratie, toutes n’ont pas pour autant été Charlie et cela s’explique par des spécificités culturelles et une approche différente de ces notions. Enfin Tomke Lask a terminé avec le cas de la France et de l’Allemagne pour démontrer que si la caricature peut être un outil journalistique fort, elle peut également être un moyen de stigmatisation et perpétuer des stéréotypes identitaires.

Regards historiques sur la caricatureIrène Di Jorio et Ornella Rovetta

Le terme « caricature » vient du latin « caricare », signifiant charger, c’est-à-dire charger certains traits, et singulièrement charger les traits du visage qui reflèteraient de cette manière les traits de caractère.

La massification de la caricature intervient au XIXe siècle, dans le contexte particulier du développement des techniques et de l’émergence d’une société de masse. Des le départ, la caricature est un instrument de débat et de dénonciation. Elle constitue aussi une critique de la censure, dont elle sera elle-même rapidement victime. Cette censure est personnifiée par le personnage de « Madame Anastasie » dans l’Eclipse en 1874. La caricature, par sa force d’évocation, parle à tous, y compris aux illettrés, ce qui mène rapidement le monde politique à s’interroger sur son pouvoir et son potentiel d’instrumentalisation. Si lors de la première Guerre Mondiale la caricature conserve son rôle d’instrument de dénonciation, elle est également investie par les pouvoirs politiques et militaires comme outil de communication persuasive. Cette instrumentalisation politique se trouvera exacerbée par les régimes fascistes et par les belligérants durant la Deuxième Guerre Mondiale.

Son fonctionnement se base en effet sur la récupération d’images sédimentées dans la mémoire collective qui induisent, de la part du lecteur, une « réception facilitée » et dont la répétition ne vise pas à la reconnaissance de l’individualité, mais à l’affirmation d’une appartenance sociale, politique, nationale, «raciale», etc.

Si la caricature s’utilise – et se comprend – dans des contextes particuliers, elle peut faire l’objet d’usages politiques et sociaux très différents : masque qui démasque, outil de critique et d’ouverture d’un espace public de discussion et débat, elle peut également devenir un puissant vecteur de stéréotypes, un aspect qui est abordée par Tomke Lask plus tard.

La circulation des discours dans l’image – Laura Calabrese et Catherine Bouko

Laura Calabrese et Catherine Bouko proposent une définition complémentaire de la caricature. C’est « une déformation à charge critique, visible ou lisible, graphiquement, iconiquement, textuellement et à effet de sens divers de réception, pour les effets humoristiques y compris. »[1]. L’effet humoristique n’est donc pas intrinsèque à la caricature, mais il peut en être un attribut. La mise à distance par la déformation en revanche est un élément déterminant de la caricature qui assemble généralement deux idées diamétralement opposées que l’on appelle : «l’insolite de la rencontre ». La Caricature est à l’opposé de l’image mythique, elle ne propose pas une lecture du réel présentée comme naturelle, mais une vision précise, un aspect particulier et déformé de la réalité. Ce n’est pas une œuvre ouverte, c’est une œuvre qui implique un contrat de lecture particulier qui assume qu’il y a une vision précise sur le réel, celle du caricaturiste.

La caricature a recours à plusieurs outils. Tout d’abord elle fait une économie de moyens en ayant recours à des traits simplifiés. Ensuite elle a recours à des figures de style telles l’hyperbole (exagération des traits par l’écrit), la métaphore (objet concret pour exprimer une idée abstraite), l’ironie (dire l’inverse de ce que l’on veut réellement dire), la synecdoque (prendre la partie pour un tout), la comparaison, ou d’autres encore.

L’événement Charlie hebdo en particulier a été illustré en image tant par des caricatures que par des dessins de presse et ce selon un répertoire plutôt limité : le crayon versus l’arme à feu qui évoque la plume contre l’épée, la civilisation contre la barbarie, ou encore la référence au 11-septembre, un événement saillant et disponible dans notre mémoire collective proche. Ainsi, l’événement se construit sur des références à des univers partagés, des éléments culturels qui ont permis de créer la complicité et d’apprivoiser l’événement, mais qui clôturent également le sens de l’événement et nous empêchent d’aller au-delà ce cette référence précise.

La circulation massive d’images a été possible grâce à l’action du public, qui s’est largement réapproprié l’événement. Dans un premier temps ce sont des images connues qui ont circulé dans nos réseaux proches, dans un second temps ce sont des images extérieures qui ont circulé, ce nous a confronté à d’autres univers idéologiques et d’autres interprétations de l’événement. La caricature de la première « une » publiée après les événements de Charlie peut être interprétée comme un Mahomet miséricordieux, mais peut aussi être perçu comme un prophète moqué. Tout dépend de la communauté qui la perçoit. Les images évoquent des discours au sujet d’événements qui ne sont pas les mêmes pour chacun. Le contexte est central.

La caricature entre lois sur la presse et questionnement déontologique – Jean-Jacques Jespers

Les attaques perpétrées à Charlie Hebdo ont suscité un débat au sujet de la liberté d’expression, dont le principe s’inscrit dans un cadre légal reconnu par la communauté internationale. Les origines de ce cadre remontent à l’héritage des Lumières et à l’appropriation du pouvoir par les nouvelles classes émergentes à la fin du xviiie. La liberté d’expression fait partie du substrat juridique et philosophique propres aux sociétés démocratiques.

Les sources légales textes de base qui protègent proclament la liberté d’expression sont multiples. Dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, l’article 4 précise que la liberté « consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». L’article 11 indique que « la libre circulation des pensées et des opinions » est l’un des droits les plus précieux. Ces mêmes principes se retrouvent dans l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU de 1948 ainsi que dans la Convention européenne des droits de l’homme de 1950 puis dans le Pacte international des droits civils et politiques de l’ONU. Ces textes véhiculent et défendent donc des valeurs communes en principe approuvées dans la majorité des États du monde. Toutefois, ces valeurs ne sont réellement appliquées que dans les pays démocratiques, donc à peine une cinquantaine de pays sur les 197 du monde.

Il existe néanmoins des limitations à la liberté d’expression afin de réprimer les abus « prévus par la loi » tels que la calomnie, la diffamation le non-respect de la vie privée ou encore l’incitation à la discrimination, à la haine et ou la violence. L’incitation à l’action ne doit toutefois pas être confondue avec l’opinion, qui elle, ne constitue jamais un délit.

La liberté d’expression  peut être présentée comme une liberté de nuire ou d’empiéter sur les libertés des autres, puisqu’on peut les choquer, les inquiéter ou les ridiculiser. Mais si la démocratie se définit comme la confrontation égale des opinions, la liberté d’expression y est indispensable. Quant au blasphème, il ne constitue pas un délit, ni en Belgique, ni en France (sauf en Alsace), ni dans 23 autres pays de l’Union européenne. Et si un croyant considère que le blasphème est un « outrage à Dieu », alors Dieu seul doit être admis à en demander réparation.

Caricatures à la télévision et vérité journalistique – David Domingo

David Domingo a évoqué la caricature dans le cadre de la télévision ainsi que la notion de « Truthiness » qu’il définit comme une fiction crédible, une construction créative de la vérité. La télévision participe au développement de la notion de « truthiness », car les images qu’elle met à disposition font office de vérité. La vérité en politique aujourd’hui n’est pas construite de faits ou d’évidences, mais de pressentiments, d’espérances. La vérité journalistique étant en crise, deux solutions s’offrent à nous selon D. Domingo ; d’une part le journalisme d’investigation qui permettrait de lutter contre le mensonge avec des faits grâce à un travail assidu. D’autre part il y a la satire. Cette dernière serait l’antidote à la prolifération du mensonge et permettrait de prendre le recul critique nécessaire, ainsi que de créer ce que Domingo appelle « un contrat de lecture idéal » : le journalisme serait le narrateur de fait et expliquerait la vérité trop souvent remise en question et manipulée par les acteurs sociaux. Les politiques, les activistes, les terroristes, les réseaux sociaux ont recours à des stratégies de communications qui rendent la vérité floue et favorisent la notion de « truthiness » dans le filtre médiatique. Aujourd’hui l’information se présente sous forme de déclarations, d’émissions en direct au rythme trépident, mais qui manque de contexte. La satire est un exercice sain pour la discussion. Elle permet une interconnexion, une accumulation des idées discutées ou contrastées, une approche plus critique de l’information aussi par le public. La « Institutional truth » l’emporterait dès lors sur la «viral truthiness ».

A la télévision, la caricature se présente sous forme de cabarets politiques tel que les Guignols de l’Info, le Daily Show de John Stewart ou encore le Colbert Report de John Colbert qui tous abordent l’actualité de manière ironique. Ces caricaturistes télévisuels, tout comme les caricaturistes de presse écrite, ont des statuts particuliers, évoluant en fonction des contextes, ce que Florence Le Cam aborde dans le point suivant.

Les caricaturistes : dessinateurs ou journalistes ? – Florence Le Cam

L’identité se définit par soi-même mais aussi par les autres. Selon leurs propres perspectives sur leurs travaux, mais aussi celles de leurs publics, les caricaturistes ont des identités multiples. Dessinateurs, journalistes, artistes, ils abordent des sujets d’actualités dont ils forcent le trait afin d’en aborder les enjeux, accompagnés parfois de leurs opinions. A l’origine, les dessinateurs dans les journaux sont des peintres, des artistes qui utilisent les journaux comme gagne pain et comme moyen de promotion de leur travail. Admis progressivement dans les métiers du journalisme à leurs demandes, ils revendiquent néanmoins un statut particulier lié à la spécificité de leurs pratiques. Aujourd’hui, tant dans la loi française que dans la loi belge, les dessinateurs sont inclus dans la définition de journaliste parmi les éditeurs, les rédacteurs etc.

La caricature est un produit hybride mêlant l’éditorial à l’artistique, l’opinion au graphisme et devient un produit journalistique lorsqu’elle est publiée. Comme tout produit journalistique, la caricature est un message énoncé dans un cadre spécifique et est donc soumise à des contraintes formelles, organisationnelles liées à la ligne éditoriale. Cette ligne éditoriale est un contrat de lecture entre le journal et son lecteur, impose un contexte dans lequel la caricature doit être comprise mais aussi auquel le caricaturiste doit s’adapter en travaillant. De plus, la caricature a cela de spécifique vis à vis du dessin de presse qu’elle reflète une opinion en forçant le trait.

La façon dont on défini les caricaturistes ou qu’ils se définissent eux-mêmes, permet de montrer leurs spécificités et d’agir ou réagir selon l’une ou l’autre de ces spécificités en fonction des débats en question.

Enjeux de la caricature dans les pays anglo-saxons – Isabelle Meuret

Les médias américains et britanniques ont témoigné un grand soutient à la France ainsi qu’à la liberté d’expression après les attaques de la rédaction de Charlie Hebdo. Pourtant, la majorité d’entre eux n’ont publié aucune image de caricature. Accusés de lâcheté, surtout en Europe, il y a néanmoins des spécificités culturelles qui expliquent les réticences des médias anglo-saxons à publier certaines images.

Charlie l’Hebdo se revendique comme un journal « bête et méchant », mais alors qu’en France l’art peut tout montrer, il est réellement perçu comme tel par les Etats-Unis. Là où la France présente de nombreux moyens légaux de limiter la liberté d’expression dans des cadres spécifique abordés précédemment par JJ Jespers, les Etats-Unis en revanche, ont peu de limites légales, mais la liberté d’expression s’aborde au sein d’une forte pression sociale du politiquement correcte. L’offense religieuse par exemple, se présente comme inacceptable. Dans ce contexte, du point de vue américain, il n’y a guère de différence entre les contenus publiés par Charlie Hebdo et spectacles ou les discours de Dieudonné.

En Grande Bretagne la liberté d’expression s’accompagne d’un sens des responsabilités, et son utilisation se fait donc de manière responsable. Etant une société multiculturelle et multiconfessionnelle, il y a une importante volonté de conciliation et de tolérance, ainsi le contexte est toujours pris en compte.

Charlie Hebdo s’adresse donc à un lectorat spécifique, cependant ses publications dépassent souvent ce public et en atteint d’autres qui ont un mode de lecture propre par rapport à ces publications. Modes de lectures qui se rattachent à des spécificités culturelles. Le problème qui se pose des lors dans la réticence à publier les images, est selon Isabelle Meuret, de savoir comment comprendre les caricatures, et comment ne pas tomber dans l’interprétation des discours d’autrui sans voir les caricatures par soi même ?

La caricature dans les pays d’Afrique sub-saharienne – Marie-Soleil Frère

En ce qui concerne l’Afrique, la caricature a une histoire bien plus récente qu’en France. La presse est arrivée avec la colonisation, mais n’a commencé à jouir de la liberté d’expression que lors de l’évolution des pays d’Afrique subsaharienne vers des régimes pluralistes et démocratiques dans les années nonante. Ce n’est qu’à ce moment là que la presse satirique apparait. Cette nouvelle presse s’attaque prioritairement à la désacralisation du chef de l’état et à la dérision vis-à-vis du pouvoir, dans un contexte où les médias avaient jusque-là servi le culte de la personnalité. D’autres formes d’humour sont ensuite apparues, plus ancrées dans les réalités sociales, certains titres satiriques africains contestant aujourd’hui l’impérialisme du « rire occidental » et se revendiquant d’un humour qui leur est propre, « typiquement africain » (voir, par exemple, Gbich, en Côte d’Ivoire).

Au-delà des spécificités culturelles, le genre satirique en Afrique sub-saharienne est marqué par une histoire particulière, en particulier dans ses dimensions, politiques et judiciaires. La caricature est considérée comme ayant une portée importante dans une culture encore fortement marquée par l’oralité et donc très sensible à l’image Ainsi, les caricatures diffusées par le journal Kangura, au Rwanda en 1994, ont été considérées par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda comme une « incitation directe à commettre le génocide. »,. L’environnement politique de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne est défini par les politologues comme « semi autoritaire » ; les libertés octroyées sont accompagnées de stratégies mises en pace par les pouvoirs pour les restreindre. Dès lors, malgré une presse théoriquement libre, les journaux font face à des procès pour diffamation dont les condamnations sont souvent bien plus lourdes qu’ils peuvent se permettre. Dans chaque société, es journalistes connaissent ce que les journalistes marocains appellent les « lignes rouges », c’est à dire la limite non-explicite de ce qui peut et ce qui ne peut pas être dit ou moqué, ce qui conduit bien souvent à l’autocensure, fléau de la liberté de la presse. Les particularités de l’environnement politique et de l’héritage historique permettent de comprendre pourquoi, en Afrique, de nombreux journalistes ont affirmé qu’ils n’étaient « pas Charlie », ce qui ne signifie pas qu’ils ne sont pas des défenseurs de la liberté de la presse, risquant parfois leur vie pour pratiquer leur métier. La question de l’avant et de l’après Charlie n’a d’ailleurs guère de sens en Afrique où des journalistes sont assassinés chaque année, dans l’indifférence générale de l’Occident.

Caricature politique et stigmatisations nationales: France-Allemagne – Tomke Lask

Si la caricature se réfère à des symboles et des référents communs, il y a également le risque que ces référents se généralisent dans l’imaginaire collectif et soient stéréotypés. La France et l’Allemagne ont une histoire conflictuelle et des images respectives très stéréotypées qui reposent sur la méconnaissance de l’autre. Le bourgeois allemand est généralement dépeint comme un personnage bavarois en tenue traditionnelle et le Français comme un personnage arrogant, portant un béret et ayant une baguette à la main.

Dans l’exécution de leur travail, les caricaturistes ont deux choix. Le premier est l’utilisation de symboles facilement reconnaissable et très présent dans l’imaginaire collectif, ce qui permet un humour rapide, simple et compris par tous. L’autre possibilité est l’utilisation de représentations actuelles, plus justes, mais moins « encrées » dans les esprits, et par conséquent plus susceptibles de ne pas être comprises. Le risque alors est de ne pas atteindre l’objectif proposé plus tôt par David Domingo, d’avoir recours à la satire comme outil critique face à l’information.

Débat

La conférence s’est clôturée par une série de questions réponses révélant les nouvelles préoccupations que suscite « l’événement » Charlie Hebdo.

S’est posée la question de la responsabilité morale du caricaturiste. Selon R. Gutierrez, Charlie l’hebdo est un journal anarchiste, qui refuse de se poser la question des limites du politiquement correct, et qui pousse les limites de ce qui est acceptable pour autrui le plus loin possible.

Avec la globalisation, les publications de Charlie Hebdo ne s’adressent plus uniquement à un lectorat spécifique dans un contexte spécifique, local et temporel, mais atteignent un public plus large que cela. La liberté d’expression s’accompagne t’elle ou non d’un degré de responsabilité. Avec une telle circulation de l’information, la spécificité initiale du lectorat n’est elle pas dépassée.

Si la question de la responsabilité évolue, un autre élément de discussion est de se demander s’il y a t-il un avant et un après Charlie. « Faut-il à l’avenir faire attention ou au contraire y aller encore plus fort », demande une étudiante. Nous sommes dans « l’après », mais les événements restent récents, les discours demeurent pour l’instant chamboulés. Selon les déclarations du rédacteur en chef du New York Times dans une interview avec Der Spiegel, le mot d’ordre n’est pas se laisser intimider, mais de redoubler d’engagement professionnel. L’importance est d’envoyer les journalistes là où il se passe quelque chose dans le monde, et non d’être ou ne pas être Charlie.

Ricardo Gutierrez clôture enfin la conférence sur l’idée qu’il ne s’agit pas du bien contre le mal, mais d’une éthique de conviction face à une éthique de responsabilité comme le présentait Durkheim. L’important est que la profession toute entière se réinterroge sur ses responsabilités.

 

 

[1] Anne-Marie Houdebine-Gravaud et Mae Pozas, « De l’humour dans les dessins de presse », Questions de

communication [En ligne], 10 | 2006, mis en ligne le 01 décembre 2006, URL :

 

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