Quand la glisse est féministe

Texte : Rosalie Cannistra

Photos : Matilde Scalcinati

Drapeaux colorés, maquillages audacieux et casques personnalisés : le roller derby fait rouler les clichés. Chaussées de patins, les joueuses défendent leur espace à travers une intensité physique encadrée par un règlement et une quinzaine d’arbitres.

– Lexique –

Cis : se reconnaître dans son genre assigné à sa naissance.

Coming out : révélation volontaire de son orientation sexuelle ou de son identité de genre.

Empouvoirement : la capacité des individus et des collectifs à s'impliquer dans les décisions qui les concernent.

Fanfiction : récit proposé par une fan sur internet pour donner suite à une fiction préexistante (roman, film).

Nerd : personne passionnée par les sciences et techniques.

S’outer : révéler volontairement son orientation sexuelle ou (de) son identité de genre.

Queer : identité d’une personne dont l'orientation ou l'identité sexuelle ne correspond pas aux modèles dominants.

WFTDA : association de ligues féminines de roller derby sur piste plate.

« Un sport de brutes joué par des bisounours »

Les applaudissements résonnent. Les protège-mains s’entrechoquent. Sur la piste, Margot et Dior filent, équipées de leur casque et de leur protège-dents. Les genouillères s’écartent et se referment à mesure que les jambes accélèrent. Sur les patins, on se bouscule, on se cogne, on tombe, on rit et on se relève. Le sol est dur et froid. À côté des chocs, Emil la baston sourit et l’équipe s’encourage. « Le roller derby est un sport de brutes joué par des bisounours », rigole Emi, qui assure l’entraînement, le sifflet à la bouche.

Tous les jeudis soirs, la Drache, l’équipe A de la ligue Brussels Roller Derby et la Flotte, l’équipe B, se donnent rendez-vous dans la salle aux lumières vives. La pluie ruisselle sur le toit du stade Vander Putten, proche du quartier d’Anneessens. À l’intérieur, les joueuses bouillonnent.

Pourquoi écrire « joueuses » ?

Mixte dans certaines ligues, le roller derby reste principalement féminin et repose sur des valeurs d’inclusivité. À Bruxelles, le sport s’organise en mixité choisie, c’est-à-dire sans hommes cis* hétéros. L’Association de ligues féminines de roller derby sur piste plate (WFTDA) utilise le terme « femmes » de manière inclusive. Cela désigne toutes les femmes, les personnes intersexes et les personnes dont l’identité relève du spectre trans, c’est à dire celles dont le genre ne correspond pas à celui qui leur a été assigné à la naissance. Pour rester fidèle à cet esprit, les noms de groupes sont féminisés dans cet article. Emil, qui joue dans la ligue de Bruxelles, évoque cette démarche : « Quand on parle de roller derby, on sous-entend que c'est un sport féminin. Quand je parle de féminin, c'est au sens large. Je m'inclus dedans, même si je ne suis pas une femme. Pour une fois, on va parler de “roller derby” et de “roller derby masculin”. »

Les plus aguerries attaquent la piste tandis que les « fresh », fraîchement débarquées, progressent prudemment. Une joueuse a troqué ses patins à roulettes contre des béquilles. Elle ne peut pourtant pas s’empêcher de participer et aide une nouvelle à trouver son équilibre. Cette dernière tombe, mais se relève.

Noam, jammeuse de l’équipe B.Tomber, encaisser des chocs parfois violents, puis se relever encore et encore. Pour certaines joueuses, le plus dur c’est le mental.

L’inclusivité comme force

Le roller derby est un sport de contact qui se joue sur une piste ovale, le « track ». Pas de balle, pas de panier, pas de but : tout se passe dans les mouvements du corps et dans la stratégie. Chaque équipe aligne deux types de joueuses : une « jammeuse » et quatre « blockeuses ». La jammeuse, identifiable à l’étoile sur son casque, marque des points en traversant le bloc de joueuses adverses appelé le « pack » et en faisant le plus de tours possibles. Les blockeuses, elles, jouent un double rôle : ouvrir la voie à leur jammeuse et bloquer celle de l’équipe d’en face. Les jams durent jusqu’à deux minutes et s’enchaînent pendant deux tranches de trente minutes.

Du track à son carnet de dessins, Emil la Baston explique le roller derby à sa manière.

À l’occasion de leur tournoi annuel, les joueuses empoignent des drapeaux aux couleurs de la Palestine, de l’arc-en-ciel et, bleu, rose et blanc pour la communauté trans. Sur les murs, on peut lire : « Ceci est un espace sans racisme, sexisme, LGBTQIA+phobie, classisme, validisme. » Plus loin, sur des cintres ou soigneusement pliés, des vêtements attendent un nouveau foyer. L’argent récolté par le vide-dressing sera reversé directement à une association pour Gaza.

Noam, Margot, Emi et des joueuses de l’équipe B. Dans le roller derby, tout est question de stratégie et de placement du corps, plus que de force.
Emi, co-capitaine et Ihsane, présidente. Alors que la ligue bruxelloise s’élargit, Ihsane insiste sur l’importance de maintenir une organisation horizontale et inclusive.

Les liens tissés dans la ligue dépassent le cadre sportif et imprègnent le quotidien. Emi, co-capitaine et joueur·euse de la Flotte, partage un appartement avec sa compagne Ihsane, présidente de la ligue. Les deux se sont rencontré·es dans l’associatif. Autour de la table, les échanges animés reflètent leur enthousiasme dans le sport. Un chat noir s’installe sur les genoux d’Ihsane. « Dans le milieu queer, il y a des codes mais tout le monde ne partage pas le même vocabulaire militant. Pour moi, ce qui compte avant tout, c’est l’intention. » Emi rappelle avec bienveillance que l’apprentissage vient du contact avec les autres.

Sur le track, la logique est la même. La violence est régulée, ce qui diminue les risques. Les règles du jeu, rassemblées dans un dossier d’une centaine de pages, encadrent la pratique. La WFTDA* définit ainsi des « zones illégales de contact » : l’arrière du corps, la zone allant de la tête à la clavicule, ainsi que les jambes, de la mi-cuisse aux patins. Tout contact hors cadre entraîne une pénalité de trente secondes en « penalty box ». Les comportements anti-sportifs sont eux aussi sanctionnés : insultes ou tentatives de tromper les arbitres n’ont pas leur place sur le track. Pour Pauline, co-présidente de la ligue, plus un sport est violent, plus il est fair-play. D’ailleurs, avant de rejoindre une ligue, les joueuses passent par une période d’initiation, suivie d’un examen pratique et théorique afin de valider leurs compétences.

Pauline, joueuse de l’équipe A et co-présidente. Avant d’enfiler leurs patins, les joueuses passent par le renforcement musculaire.

Parmi les symboles du sport à roulettes, on retrouve le « derby name », un surnom individuel pour chaque joueuse. Emi l’associe au côté spectaculaire du derby, « comme un nom de scène. » Ihsane joue sous le nom « Insane », choisi par une amie. Elle sourit : « Je trouve ça cool car ça fait un clin d’œil à mon prénom. ». Emi devient « Bridge Van De Kamp », en référence à la célèbre Bree Van De Kamp, son personnage préféré dans la série « Desperate Housewives ». Le « bridge » désigne une technique qui permet de garder la formation en « packs ». « J’adore analyser les règles pour imaginer de nouvelles tactiques, je suis un·e nerd* du derby ! » Ces surnoms mélangent humour et un petit morceau de la personnalité de chaque joueuse. Celles-ci choisissent également leur numéro. Pauline porte le « 30 » en souvenir de ses débuts de jammeuse, à trente ans.

« Toi, tu complexes parce que tu n’arrives pas à prendre du poids ? Tu seras la plus agile. Toi, tu as honte de ton gros cul ? Moi, je vois son utilité sur le track ! »

Né aux États-Unis dans les années 20, le roller derby débarque à Gand en 2009. La ligue « Brussels Roller Derby », fondée en 2010, réunit aujourd’hui deux équipes : La Drache, clin d’œil aux pluies belges, et La Flotte, pour son imaginaire pirate. Pauline s’entraîne dans La Drache et elle a également choisi de rejoindre la ligue d’Anvers. Ce qu’elle recherche dans l’équipe flamande, c’est la compétitivité. Une compétitivité qui l’a amenée à participer à la Coupe du Monde de roller derby cet été en Autriche. « À Anvers, on se bat à tous les niveaux. D’ailleurs, quand j’ai rejoint la ligue flamande, j’ai vendu mon égo sur Vinted ! »

Pour Pauline, la ligue de Bruxelles est moins centrée sur la performance. Elle la définit comme une ligue politiquement engagée, notamment autour de la libération des corps. « Toi, tu complexes parce que tu n’arrives pas à prendre du poids ? Tu seras la plus agile. Toi, tu as honte de ton gros cul ? Moi, je vois son utilité sur le track ! »

Rouler pour exister

Emil s’installe dans un café place Fernand Coq, à deux pas de son lieu de travail, et se rappelle sa première initiation, en 2017. Arrivé de France, avant même de chercher un appartement, iel s’est assuré qu’une ligue de roller derby existait à Tournai. Le sport, découvert dans le film Bliss, répondait à son besoin de se défouler : « Je voulais un sport qui prenne aux tripes. »

« Ce que j’aime vraiment dans le roller derby, c’est cet entre-soi, un endroit où tu peux utiliser ton corps comme tu le veux » - Emil, jammeur.

La pratique rassemble une grande communauté queer*, ce qui a résonné avec ses propres questionnements identitaires. Son derby name l’a aidé à amorcer son coming out non-binaire. « Emil la baston » incarne cette transition : « Je me suis outé* grâce à ce nom. J’ai choisi mon prénom, celui que personne n’utilisait encore pour me désigner ».

En dehors du derby, Emil travaille comme illustrateur. Dans la vraie vie, iel dessine « des petits personnages tout doux et tendres ». Sur le track, iel est jammeur, le rôle le plus offensif. Avant le premier coup de sifflet, iel sent ses jambes trembler comme si elles allaient le lâcher. Malgré la dimension physique du jeu, l’attention et le soin sont constamment portés aux autres. « Quand on fait tomber une personne, il y a toujours un regard derrière pour vérifier que tout va bien. » Le but du jeu consiste à déstabiliser, pas à blesser : « Quand une joueuse te donne un énorme coup et que ça te surprend, tu vas la féliciter. » Les bleus deviennent des trophées. Emil la baston les compte devant son miroir après les matchs, fier des traces laissées par le jeu.

Sur la plateforme Slack, les joueuses s’amusent à partager leurs bleus d’après-match.

Violence

Le terme « violence » est souvent employé pour qualifier le contact dans le roller derby. Certaines joueuses de Bruxelles nuancent et revendiquent une pratique encadrée et choisie. Stef le qualifie d’« engageant physiquement, impactant et intense », tandis que Maud le décrit comme « un sport qui peut donner un sentiment de puissance physique et où l’on fait preuve d’audace ». Pour elle, ce n’est pas violent car il n’y a aucune agressivité. Meghan ajoute que, pour reprendre une de ses coéquipières de Cambridge, « c’est comme jouer aux échecs pendant qu’on te jette des briques ». Rose le présente comme : « fort, athlétique et révolutionnaire ». Enfin, Clémentine le revendique comme « un sport de brutasses ! »

Le roller derby offre à Emil un espace où iel peut utiliser son corps comme iel le veut : « C’est hyper jouissif de se dire qu’on est un groupe de « meufs », et qu’on va se taper dessus. Dans l’imaginaire collectif, ça n'existe pas. Ici, on explore notre force et on l’assume, ça va au-delà de la violence. » Le rapport à la douleur a également évolué pour le jammeur. Une blessure signifie désormais un arrêt dans ce qui le fait vibrer : « Ça t’amène à un autre rapport au temps. Si tu te blesses, tu n’as plus accès à ton corps, en tout cas pas de la même manière. Ce sport m'a complètement captivé, c'est le seul dont je ne me lasse pas. »

Il lui arrive même d’enfiler ses patins hors du track, lors d’évènements ou de soirées, pour retrouver cette sensation de liberté qui l’anime dès qu’iel glisse.

La puissance du groupe

En coulisses, loin des cris du track, les mains s’activent. La musique s’élève et les joueuses enchaînent les fournées dans la bonne humeur. Elles cuisinent des plats pour le prochain tournoi. Comme il n’existe pas de fédération propre, le sport se rattache à la Fédération de patinage artistique. En pratique, les ligues bénéficient d’une grande liberté d’organisation, ce qui implique également beaucoup d’investissement de la part des joueuses. Les entraînements reposent sur des tournantes où chacune, à tour de rôle, endosse la casquette de coach. Le manque de subsides renforce encore l’esprit « do-it-yourself ». De la création d’affiches à la préparation de desserts, en passant par le design des logos, toutes les compétences sont mobilisées. Emi repense aussi à ce voyage pour rejoindre la coupe du monde. L’équipe nationale avait financé le déplacement en vendant des chaussettes.

Dior joue sous le numéro 503, le code d’erreur de son site de fanfiction* préféré. Quand elle a rejoint la ligue en 2024, elle a découvert une nouvelle organisation où les responsabilités se répartissent en plusieurs pôles : coaching, logistique, communication inclusivité, location des salles... Avec l’augmentation du nombre de membres, maintenir l’horizontalité devient plus complexe. « On était dix-sept à débuter l’année dernière, on a un peu inondé La Flotte. » Toutes celles qui entament l’initiation ne la poursuivent pas forcément, mais pour Dior, l’évidence s’est vite imposée. Les dix premières secondes, elle s’est étalée de tout son long sur le sol. Ses lunettes ont volé et elle s’est dit : « C’est super, c’est ça que je veux faire ! » Très investie dans le pôle inclusivité, elle travaille sur une charte qui sera soumise à la ligue et votée à la prochaine Assemblée Générale.

Pour Dior comme pour les autres, l’engagement dépasse la piste. À l'événement Place aux Filles, les joueuses se sont mobilisées comme bénévoles pour faire découvrir le roller derby aux jeunes filles.

Margot est un tourbillon de couleurs. Elle a rejoint la ligue la même année que Dior, au départ juste pour rire. Elle n’avait jamais vraiment trouvé sa place dans le sport, entre la compétition et les moqueries des garçons dans le gymnase. Ce qui l’a frappée dès son premier jour d’initiation dans la ligue : l’atmosphère. « Tu reçois comme des coups de pieds de bienveillance. » Un fonds solidaire soutient celles en difficulté et chaque joueuse peut aussi ajouter dix euros supplémentaires lors de sa cotisation pour en aider une autre.

« Une fois le roller derby entré dans ta vie, il devient difficile de s’en passer. Dans 20 ans, je me vois encore sur le track ou engagée autrement au sein d’une ligue », sourit Margot.

Pour Dior aussi, le sport de contact a changé sa relation à elle-même. Sur le plan physique, elle monte désormais les meubles de sa chambre seule. Sur le plan mental, elle remarque également une transformation. « J’ai grandi dans un environnement où, en tant que meuf noire, on t'apprend à ne pas avoir l'air menaçante. Je faisais de la danse classique, maintenant je joue au roller derby. Avant, j’avais tendance à me sous-estimer. Maintenant, je peux tout envoyer balancer. »

Redéfinir le genre

Sur la piste, les coups deviennent des outils pour maîtriser son corps. Aurélie Aromatario, chercheuse postdoctorale à l’ULB et la seule qui traite du roller derby en Belgique, centre ses travaux sur l’autonomie corporelle et les questions de genre. Par son expérience de joueuse dans la ligue de Bruxelles, la sociologue éclaire comment le sport de contact transforme la relation au corps, à la violence mais aussi aux normes de genre.

« Toute ma vie, on m'a dit que je devais absolument éviter la violence. Et là, d'un coup, on m'autorise et on m'encourage à taper des gens. Et en plus, c'est mes coéquipières, c'est des gens que j'aime bien », Aurelie Aromatario.

Qu’est-ce qui vous a amenée à travailler sur le roller derby et sur les questions d’autonomie corporelle et de genre ?
J'ai commencé par une formation en langues et littérature romanes et en gestion culturelle, puis j'ai travaillé dans une association féministe. J'ai eu envie de creuser les questions de genres donc j'ai refait un master en sociologie avec l'envie de poursuivre une thèse. À ce moment-là, je pratiquais le roller derby et j'ai commencé à me poser toutes sortes de questions sur le rôle du corps dans une trajectoire féministe, d'empouvoirement* et de militantisme. J’ai pratiqué pendant huit ans. Aujourd’hui, je reste en contact avec la ligue de Bruxelles et je suis parfois invitée comme speaker pour commenter les tournois.

Qu’est-ce qui vous a attirée au départ dans ce sport ?
Il y a deux portes d'entrée principales dans le roller derby : d’une part, le côté politique et symbolique, d’autre part, le sport.
Quand j'ai commencé en 2008, la plupart des personnes qui arrivaient n'étaient pas attirées par le côté sportif. Il y avait une majorité de gens qui étaient allergiques au sport et donc qui joignaient la ligue plutôt par le côté militant.

En quoi le roller derby peut-il être considéré comme inclusif ?
C'est un sport récent, donc on part du principe qu'on peut former les gens de A à Z. Cela permet déjà une forme d'inclusivité par rapport à la pratique sportive elle-même.
Le sport est hyper inclusif sur toutes les tailles, morphologies, diversités et en termes d'identité de genre et d'orientation sexuelle, ce qui est quand même assez rare dans le monde du sport par défaut organisé sur une base binaire.
Et enfin, le sport en lui-même pousse des femmes et des minorités de genre à développer de la puissance physique et une capacité de résistance.

Pourquoi l’esthétique occupe-t-elle une place si importante ?
Toute l'esthétique originelle repose sur un mouvement punk de féminité non-conventionnelle. Des personnes queers, grosses, assignées femmes, mais avec des formes de masculinité. C’est aussi un sport qui utilise beaucoup les cuisses et les fesses. La posture de patinage, avec les genoux fléchis et les fesses vers l'arrière, permet une stabilité. Certaines personnes avaient l'impression qu'avoir des grosses fesses et des grosses cuisses était quelque chose qu'il fallait cacher. Le roller derby valorise ces parties et les rend musclées et puissantes.

Quel rôle la violence joue-t-elle sur et en dehors de la piste ?
Sur la piste, l’idée est d'occuper l'espace à la place de l'adversaire. Cela s’inscrit dans une logique féministe. Je défends l'endroit où je suis et je ne m'excuse pas d'être là.
Avoir des outils pour faire face à la confrontation, qu'elle soit verbale, symbolique ou physique, contribue à renforcer l’émancipation dans la vraie vie. On trouve le courage de répondre à son collègue un peu pénible ou à un mec qui nous harcèle dans la rue.

Hors-piste

Mad et Margot, joueuses de la ligue. Du track à la rue, la cohésion de l’équipe se nourrit des moments partagés, entre karaoké, repas communs et rendez-vous aux manifestations.

Emi siffle son dernier coup. L’entraînement est terminé. Les joueuses s’applaudissent encore : elles se sont données à fond ce soir. Dehors, la pluie s’est calmée. La fatigue de la soirée se fait sentir. Les sacs sont bouclés à la hâte. Les patins accrochés en bandoulière, inanimés, attendent le prochain jam. Margot enfile son écharpe mauve et verte et s’apprête à braver le froid. Emil lance un dernier « rendez-vous mardi ! ». Ihsane s’apprête à retrouver ses chats et Dior ses fanfictions.

L’énergie de la séance flotte encore dans la salle qui se vide. La Flotte et La Drache se mettent en route vers l’arrêt de tram. Le vent frais s’engouffre dans les cheveux des joueuses et les conversations s’orientent déjà vers la journée du lendemain. Chaque rire partagé sur la piste glisse au-delà des murs du stade Vander Putten.

Le roller derby est un sport de contacts avec le corps, mais surtout avec les autres.