Journalistes et intelligence artificielle : cohabiter ou être remplacé ?

La place des intelligences artificielles dans les médias grandit de plus en plus. De la correction à l’aide à la rédaction, ChatGPT et les autres IA s’invitent de plus en plus dans les rédactions. Est-ce que ce sont des futurs collègues ou de futurs remplaçants ?

OpenAI, l’entreprise commercialisant ChatGPT, a mené une étude qui compare plusieurs métiers pour comprendre si les IA peuvent agir à la même capacité, voire mieux que les humains faisant ces métiers. Le résultat a été que les métiers les plus à risque de voir les IA remplacer les humains sont les gestionnaires de projet, producteurs et créateurs de contenus audiovisuels et développeurs de logiciels. Et les journalistes dans tout ça ? Leur métier est également menacé.

Dans un travail où il faut faire preuve de rigueur, de véracité et être capable de vérifier ses informations et sources, les IA génératives ont réussi à s’intégrer. Un rapport du Reuters Institute montre que plusieurs grandes rédactions (BBC, The Guardian, Le Monde,…) testent ou utilisent déjà des systèmes de génération automatisée pour la création de leur contenus. On peut donner l’exemple de l’Associated Press qui a déjà généré plusieurs dépêches économiques grâce à l’IA depuis plusieurs années. L’agence utilise des algorithmes qui ont réussi à produire plusieurs milliers d’articles par trimestre grâce aux technologies de traitement automatique du langage.

Quel avenir pour le journaliste ?

Les IA sont utilisées dans la rédaction automatisée, le traitement des données, le fact-checking, la traduction de textes et la traque des tendances sur les sujets. Pour ne pas rester derrière, le journaliste va devoir adopter une nouvelle casquette. Il faudra savoir faire plus que bien écrire et interpréter des données. Il devient une représentation de l’esprit critique, de la nuance et du discernement. Il va devoir faire en sorte que le contenu produit par l’IA soit véridique. Les IA peuvent avoir des hallucinations, c’est à dire générer du contenu inventé, de fausses informations : en 2023, un avocat américain avait soumis au tribunal un mémoire rédigé avec ChatGPT contenant des références jurisprudentielles entièrement inventées.

Il est donc plus que jamais obligatoire de vérifier les contenus générés par l’IA. Il va falloir superviser ce nouveau collègue pour s’assurer que les biais soient évités comme les biais culturels, linguistiques ou idéologiques, qui reflètent les données sur lesquelles ces modèles ont été entraînés. Le journaliste devient alors un superviseur de la technologie. Il va falloir également acquérir plus de compétences liées à la technologie : des compétences techniques comme la maîtrise des outils d’analyse ou l’utilisation de visualisation de données et de modèles prédictifs dans les enquêtes journalistiques, ainsi que des compétences analytiques et cognitives comme la compréhension des algorithmes et le développement des capacités de discernement face à l’information automatisée. Mais il faut aussi développer des compétences éthiques, et considérer l’aspect social. Il est important de rappeler que malgré toute cette automation et cette volonté de toujours produire plus d’information plus vite, l’humain reste essentiel dans le processus. Il permet de garantir la transparence dans l’usage de l’IA, de détecter et corriger les biais présents dans les IA et de défendre le regard humain dans la production de l’information.​​​​​​​​​​​​

Une lumière au bout du tunnel

La cohabitation avec l’IA est possible. Il existe plusieurs modules de formation pour aider les journalistes à intégrer les IA dans leur quotidien, comme le projet Journalism AI initié par la London School of Economics en partenariat avec Google. Pour autant, les journalistes gardent quand même la possibilité de faire leur travail de façon « traditionnelle » ou d’utiliser une IA. La peur d’être remplacé est réelle et avec un marché de l’intelligence artificielle qui est prévu à monter à plusieurs dizaines de milliards de dollars, il est normal d’être inquiet. Malgré ça, il faut rester lucide, comprendre les risques et faire en sorte de savoir s’adapter. Car si la technologie a un gros potentiel d’évolution, les journalistes ont toujours réussi à s’adapter aux évolutions technologiques.

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