Le journalisme belge transformé mais pas défait

Par Corentin DelbecqFlavia GautierGrace MotingiaLéa LussonCharel Meyers

Le journalisme belge a changé, il change encore aujourd’hui, il mute. Pris dans des transformations économiques, technologiques et politiques profondes, le métier de journaliste se recompose sous nos yeux. Concentration des médias, précarisation des rédactions, montée en puissance des plateformes numériques, concurrence des créateur·rices de contenus, accélération des temporalités de l’information, attaques contre la liberté de la presse ou défiance d’une partie du public : autant de dynamiques qui bousculent les pratiques professionnelles et les manières de produire l’information.

Le premier bâton dans les roues du journalisme belge ? Les atteintes à sa diversité de contenu et à la pluralité médiatique. Avec une fusion signée entre les deux plus grands groupes de presse belge francophone, les questions brûlantes sur l’état du paysage médiatique fusent. Qu’en est il du pluralisme ? De l’indépendance éditoriale ? Si cette fusion entre IPM et Rossel cherche à pallier des problèmes de concurrence déloyale avec les GAFAM, il ne faut pas omettre les autres problèmes qu’elle pourrait engendrer. Tout d’abord, pour le public, avec une offre moins variée. Pour les journalistes aussi, qui voient leur emploi menacé par ces remaniements.

Cartographie des médias belges en 2026
réalisée par l’agence Nonante-cinq

Les tensions dans le métier sont aussi observables à l’échelle locale. Les médias de proximité de la Fédération Wallonie-Bruxelles vivent également sous une épée de Damoclès. Un projet de loi vise à réduire leur nombre de 12 à 8. Cela se traduirait par une disparition pour certains, et plus de terrain à couvrir pour ceux qui resteraient. Des problèmes supplémentaires pour des rédactions souffrant déjà de faibles effectifs. Les travailleurs y sont forcés de se rendre « multi- tâches » pour continuer à fournir de l’information locale de qualité et se montrer indispensables.

Toutefois, la transformation la plus visible est sans doute celle des plateformes et des usages. De nos jours, les formats rythmés et brefs des TikTok ou des reels sur Instagram occupent une place importante dans les débats sur la transmission d’une information fiable. On se préoccupe de qui produit l’actualité sur les réseaux, comment elle est traitée et quelles sont les sources. L’inquiétude face à une potentielle désinformation est compréhensible, mais rejeter entièrement et sans nuance ces plateformes, c’est bannir un espace où une partie du public, surtout les plus jeunes, s’informe. Les mutations du public sont aussi celles du journalisme : si les jeunes « migrent » loin des médias traditionnels pour se tenir au courant de l’actualité, il est naturel de voir un nouvel écosystème journalistique se former. Et c’est au sein de cet environnement qu’émerge la figure des newsfluencers. En usant de leur image et de leur personnalité, ils parviennent à créer un sentiment de proximité avec leur public, une stratégie distincte de l’approche plus détachée des médias classiques. Leur existence redéfinit l’identité journalistique et brouille la frontière entre influenceur et journaliste professionnel.

Dans ce monde numérique, l’intelligence artificielle est aussi mise en cause. Elle peut représenter à la fois un outil puissant, venant en aide dans la recherche, la rédaction ou l’illustration d’un article mais aussi potentiellement responsable de licenciements massifs. Les journalistes doivent savoir aujourd’hui tirer profit des capacités de l’IA sans en être dépendants et en mettant en avant les caractéristiques propres à l’effort humain. D’autres menaces, plus insidieuses, planent sur la profession. L’existence même des SLAPPs ou procédures-baillons représente un danger pour la liberté d’expression. Les rédactions et les associations doivent assurer la protection des journalistes qui risqueraient de s’autocensurer pour éviter des représailles juridiques ou financières.

Toutes les épreuves auxquelles fait face le journalisme en Belgique aujourd’hui ne sont pas des obstacles insurmontables mais plutôt des opportunités pour le métier de se redéfinir, comme il a su le faire par le passé avec l’apparition de nouveaux modes de communication et acteurs. En relevant et analysant les enjeux contemporains du milieu, les journalistes de demain à l’ULB font leur premiers pas vers le journalisme en 2026 : transformé mais pas défait.

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