Le workslop, ou quand l’IA coûte de l’argent et du temps aux entreprises

Le workslop est un document généré par l’IA qui paraît bien fait en apparence mais qui est en fait rempli d’erreurs. Préjudiciable à la productivité et à la rentabilité, le workslop nuit de plus en plus aux entreprises. Coup de projecteur sur ce phénomène en expansion et sur les solutions qui existent pour le contrer.

Vous comptez gagner du temps dans votre travail en utilisant l’IA pour rédiger vos documents ? Faites attention au workslop ! Le terme provient d’une étude menée conjointement par Stanford Social Media Lab, laboratoire de l’université de Stanford qui s’intéresse aux processus psychologiques sur les réseaux sociaux, et BetterUp Labs, laboratoire de la plateforme de coaching BetterUp qui fournit des analyses sur le coaching et la performance au travail. Selon cette étude, le workslop désigne un document généré par l’IA qui semble de qualité, au regard de la forme, mais qui présente un ensemble d’inexactitudes au niveau du fond. Alors que les travailleurs utilisant l’IA veulent gagner du temps, ils en font, en fait, perdre à leur entreprise. Car, dans 85% des cas, d’après l’étude de Stanford et BetterUp, le récepteur du document doit corriger le travail, truffé d’erreurs, effectué par la machine. Les grands modèles de langage tels que Chat GPT ne possédant pas de compréhension propre et étant incapables de raisonner de façon critique, ils sont, comme l’illustre ce phénomène, fortement sujets aux erreurs. 

Dans un entretien accordé à l’agence de presse d’information commerciale CE Noticias Financieras, Ernesto Mislej, professeur d’analyse de données à l’Université de Buenos Aires, identifie trois raisons qui favoriseraient le développement du workslop : la tendance actuelle à utiliser l’IA pour tout, l’illusion de ne pas dépenser d’argent en recourant à l’IA et la simple tentation d’utiliser l’IA pour effectuer des tâches rédhibitoires.

Les conséquences concrètes du workslop

Concrètement, le workslop nuit à l’entreprise en réduisant sa productivité et en augmentant ses frais. En ce sens, les employés interrogés par les chercheurs de Stanford et de BetterUp passent en moyenne deux heures à corriger les documents reçus réalisés par l’IA. Cette situation crée un véritable manque à gagner pour les organisations. De fait, chaque fois qu’un travailleur se laisse tenter par le workslop, l’entreprise perd en moyenne 186 dollars par mois, ce qui, pour 10.000 travailleurs, représente 9 millions de dollars par an.

En plus d’affecter directement l’entreprise, le workslop a aussi des conséquences sur la relation entre les travailleurs. Dans l’étude menée par Stanford et BetterUp, près de la moitié des travailleurs se disent agacés, près du tiers se disent confus et environ 20% se disent offensés lorsqu’ils reçoivent un workslop. De plus, près de la moitié des personnes interrogées considèrent les collègues qui utilisent l’IA comme moins créatifs, compétents et fiables que les autres. D’après Ernesto Mislej, expert en analyse de données, le travailleur qui envoie régulièrement des workslops n’apporte pas une valeur ajoutée à l’entreprise et se rend donc remplaçable.

Les solutions pour contrer le workslop

En plus d’expliquer ce qu’est le workslop, et d’en donner les principales conséquences, l’université de Stanford et la plateforme de coaching BetterUp livrent des pistes de réflexion pour lutter contre cette pratique. D’après Stanford et BetterUp, les travailleurs doivent s’entraider en se donnant des conseils et en effectuant des retours entre eux sur leur utilisation de l’IA. Les deux partenaires de recherche estiment également que les patrons doivent promouvoir les bonnes pratiques et les outils adéquats pour optimiser l’usage de l’IA et mieux cadrer cet usage sur la stratégie, les valeurs et la vision de l’organisation. Toujours selon Stanford et BetterUp, l’entreprise doit également, afin de former les employés concernés à maîtriser l’outil et augmenter son efficacité, identifier les employés dits « pilotes », qui utilisent l’IA pour stimuler leur créativité et leur productivité, de ceux dits « passagers », qui l’utilisent pour éviter de travailler et qui ne prêtent donc pas attention aux résultats. Enfin, les deux partenaires estiment que les dirigeants doivent promouvoir des dynamiques collaboratives entre l’IA et le travail humain.

Dans un entretien accordé au Figaro, Laurent Coulon, senior vice-président chez Efeso Management Consultants, un cabinet de conseil international spécialisé dans la stratégie opérationnelle des entreprises, résume très bien l’enjeu actuel : « Il faut apprendre à maîtriser l’IA pour améliorer la qualité du travail sans pour autant remplacer l’humain. »

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