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Covid-19 : le ras-le-bol des « déviants »

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Covid-19 : le ras-le-bol des « déviants »

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Covid-19 : le ras-le-bol des « déviants »

09-04-2021   Long format

Alors que la Belgique est à nouveau reconfinée partiellement, rencontre avec ceux qui ne respectent plus les règles après un an de restrictions : « les déviants ».

Cet article a été rédigé le 25 mars 2021, soit, avant donc les événements du 1er avril au Bois de la Cambre de Bruxelles.

Hélène est assise dans son canapé. Pour éviter la solitude, ses filles lui rendent visite chaque jour. ©Jérémy Zysberg

Il était hors de question de laisser leur mère seule. Sabine et Béatrice ont décidé de braver les mesures sanitaires pour rester au chevet de celle qui leur a donné la vie. 

Papoter autour d’un café, échanger des banalités sans grande importance, cela peut paraître inutile, mais pour Sabine, ces échanges quotidiens avec sa mère “permettent de lui tenir compagnie”. Respecter les mesures ou garder un lien social avec les personnes isolées ? Ce dilemme se pose à de nombreux foyers depuis un an. Pour cette famille bruxelloise, le choix a été vite fait. 

Dix heures tapantes, la sonnette retentit. Hélène, vêtue de sa plus belle marinière, ouvre. Ses filles, Sabine et Béatrice, ont décidé de rendre visite à leur mère qui vit seule, afin qu’elle ne sombre pas dans la solitude. En ce moment, les deux sœurs lui rendent visite chaque jour. Lors du premier confinement, elles venaient au domicile d’Hélène à tour de rôle, alors que les contacts sociaux étaient interdits. Hélène et ses filles ont pu profiter d’une température agréable pour se voir à l’extérieur et se balader dans le parc voisin. 

Des petits-enfants à risque

Aujourd’hui, la famille voit plus de dix personnes par semaine. Actuellement, la mesure en vigueur stipule que les individus isolés ne peuvent voir que deux personnes à l’intérieur. Une mesure qui n’a pas de réel sens d’après Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB. « Aucune étude ne montre qu’une bulle d’une, deux ou trois personnes, est plus efficace. Mais elle a comme intérêt de santé publique de conscientiser les gens qui doivent diminuer leurs interactions sociales dans la sphère familiale. »

Sabine et Béatrice assurent qu’elles ont continué à voir leur maman quotidiennement. Pour éviter toute contamination, les sœurs affirment réduire leurs contacts extérieurs au strict minimum. Elles expliquent prendre leurs distances avec leurs enfants car ces derniers transgressent les mesures et voient du monde, mais la réalité est différente. Hélène confie que ses petits-enfants lui rendent souvent visite, sans masque, alors que ces derniers reviennent de l’étranger et fréquentent de nombreuses personnes. 

Éviter l’effet de glissement

Au début, ses filles lui apportaient ses courses à domicile pour qu’elle n’ait pas à sortir de chez elle, mais Hélène ressentait le besoin de bouger pour éviter la dépression. Si elle dit rester attentive quand elle va faire ses emplettes, où elle attend qu’on lui porte ses sacs à la sortie du magasin, elle ne fait pas toujours preuve de prudence. Son coiffeur venait régulièrement à son domicile, et plusieurs membres de la famille en ont profité pour se refaire une beauté. Il est important de rappeler que les métiers de contact étaient fermés à ce moment-là, et que la famille prenait un risque. Bien que conscientes du danger, Sabine et Béatrice souhaitent éviter que leur maman ne subisse un effet de “glissement”, souvent constaté dans les maisons de repos.

Le syndrome de glissement est le changement important de comportement d’une personne âgée. La personne autrefois plutôt autonome n’a plus goût à rien. Elle ne veut plus se laver, se lever, manger.

Selon Sarit Nasielski, psychologue au centre PsyCampus, l’isolement des personnes âgées a eu un impact mental, émotionnel, mais également au niveau cognitif. “Même certains adultes qui ne sont pas encore septuagénaires commencent déjà à être moins en forme parce que leurs activités sont à l’arrêt. La situation a un impact important et différent selon la tranche d’âge, car le rapport au temps n’est pas le même”, explique cette psychologue. “Perdre une année ce n’est pas la même chose à 18 ans qu’à 80, le rapport à la mort n’est pas le même, d’où cet effet de glissement”, conclut-elle.

Attendre la deuxième dose

« Pour ma mère, on a enfreint les règles » dit Sabine, qui avoue ne pas avoir peur des amendes et des règles « ridicules » pour voir sa mère. Malgré le non-respect des mesures, la famille n’a pas ressenti de symptômes. Hélène a pu recevoir la première dose du vaccin cette semaine. C’est un soulagement pour Sabine et Béatrice, qui prévoient de relâcher le stress. Mais est-ce réellement une bonne idée ? “Il faut une vaccination complète pour avoir une bonne efficacité vaccinale. La première dose du vaccin AstraZeneca donne une bonne protection, mais qui n’atteint cependant pas 90 %”, nuance Yves Coppieters. Avec le vaccin Pfizer, c’est la deuxième dose qui assure la bonne efficacité. Notre expert le confirme, on peut donc attraper le Covid entre deux doses de vaccin. Pour l’épidémiologiste, les rassemblements dans des lieux clos, et sans masques, représentent le plus gros risque de contamination en Belgique. 

L’heure du dîner approche. Direction un restaurant clandestin dans un lieu tenu secret à Bruxelles. 

Des rideaux opaques pour éloigner les regards curieux
Pour pouvoir s'asseoir à la table de ce restaurant clandestin, il faut patienter en moyenne trois semaines. ©Pixabay

Quelque part dans Bruxelles. Le soleil est au rendez-vous et les clients sont attendus pour midi. Un arrêt de tramway, une route à traverser, une porte fermée et des plantes vertes aux fenêtres. Les informations sont communiquées par Instagram : il faut sonner en haut à droite. Après avoir monté quelques marches, Louis, un étudiant de l’ULB ouvre avec un sourire communicatif.

Entrée, plat, dessert et cocktail à base de gin : voilà la formule à 20 euros que proposent l’hôte et un cuisinier bruxellois. À défaut de pouvoir exercer sa passion, cet homme, qui préfère rester anonyme, confie avoir « réellement la volonté de retrouver cette ambiance de partage, de rencontre et de découverte qui manque aux Bruxellois. » Pour garantir une discrétion optimale, l’adresse du restaurant clandestin est communiquée à la dernière minute aux personnes intéressées. Faute de lieu disponible, en raison de la crise sanitaire et de l’illégalité de l’événement, Louis met à disposition son appartement de 60 m² situé dans la capitale.

Si les règles sanitaires ne sont pas sa priorité, il affirme « limiter le nombre de convives à douze personnes par repas afin de garder au maximum des distances respectables entre les clients. » Pourtant, d’après Yves Coppieters, « les risques de contamination dans un lieu clos sont facilement cinq fois supérieurs qu’en extérieur. »

La bulle sociale en intérieur est limitée à une personne par semaine par foyer. En cas d’infraction, l’amende s’élève à 4.000 euros pour l’organisateur et 750 euros pour les participants.

Le salon est réaménagé en salle de restaurant tous les vendredis. La table est dressée soigneusement. Les clients ne pourront pas compter sur la lumière du soleil pour illuminer leur dégustation. Des rideaux opaques protègent des regards curieux. Il semblerait que les jeunes étudiants bruxellois soient prêts à braver les règles sanitaires au profit d’un bon repas : le restaurant clandestin affiche complet chaque semaine.

Attention à votre voisin

Lorsque les invités arrivent, un tirage au sort est réalisé pour les placer à table. Il est donc probable, si vous décidez de manger avec votre compagne, que vous mangiez face à un parfait inconnu. Cette initiative, à l’origine mise en place pour inviter les gens à se mélanger, apparaît comme une roulette russe en cette période. Avec un peu de chance votre voisin ne sera pas porteur du virus, mais il peut se révéler être ce qu’on appelle un « super contaminateur. » Yves Coppieters revient sur ce terme et précise. « Même à distance, un super contaminateur peut vous contaminer lorsqu’il va parler, tousser. Il va mettre en suspension le virus. Dans un lieu clos, cette suspension est un risque même à plus de 1,50 mètre de distance. »

L’étudiant se charge du service afin de limiter les contacts physiques et surtout pour rappeler l’ambiance d’un restaurant traditionnel. La différence c’est qu’ici, la carte des boissons est très réduite. La formule ne comprend qu’un cocktail surprise. Pour les amateurs de bons vins, libre à vous d’aller chez votre caviste.

Malgré le succès affiché, il est délicat de promouvoir cette formule illégale auprès du grand public. En effet, le journal Le Soir confirme qu’en pleine épidémie, la traque des restaurants et bars clandestins est l’une des priorités de la police.

  • Les clients ne savent pas ce qui va constituer leurs assiettes quand ils réservent via Instagram

Malgré la clandestinité, les hôtes apportent une attention particulière à la présentation des plats © D.R.

L’interdit pour arrondir les fins de mois

Étudiant et serveur, Louis n’a plus aucun revenu pour subvenir à ses besoins depuis le 19 octobre. « J’étais en contrat étudiant dans un restaurant à Bruxelles qui ne me permet pas de toucher le chômage » témoigne-t-il. Même si les bénéfices qu’il retire de son activité illégale ne suffisent pas à payer son loyer et ses charges, c’est un revenu qui lui « permet de faire ses courses et manger décemment. » Pour l’instant, ses économies l’aident à tenir le coup.

Six semaines après avoir démarré le projet, l’étudiant se félicite du succès et hésite même à ouvrir un autre jour dans la semaine. Une édition nocturne existe pour ceux qui souhaitent relâcher la pression de la journée. Lola (nom d’emprunt*) a participé à la dernière édition. Cette dernière « n’était pas sereine en rentrant chez elle après 22h » confie-t-elle. Les hôtes assurent mettre tout en oeuvre « pour que les gens puissent rentrer chez eux avant le couvre-feu », mais le dîner s’étend parfois malgré eux.

Après un repas copieux mais illégal, place à la digestion au soleil. Le Bois de la Cambre est rempli par de nombreux contestataires à vélo, qui en ont ras-le-bol des mesures sanitaires.

Pédaler pour protester
Les manifestations cyclistes au Bois de la Cambre organisées par Cycle For Freedom rassemblent de plus en plus de monde. ©Cycle For Freedom

Installé sur la pelouse, les quelques rayons de soleil réchauffent le visage. On entend au loin de la musique. Des centaines de cyclistes font le tour du parc. Dans une ambiance joviale, ils sont venus protester contre les mesures sanitaires et souhaitent retrouver leurs libertés.

“Tout a démarré au sein de notre groupe d’amis, parce qu’on en avait marre des mesures”, confie Charly, organisateur de Cycle for Freedom. Son collectif a donc décidé de manifester tous les week-ends au Bois de la Cambre. À chaque édition, de plus en plus de participants rejoignent le mouvement selon leurs dires. “À la base, c’était créé par les jeunes, pour les jeunes et au fur et à mesure des rendez-vous, des personnes âgées et des enfants nous ont rejoints”, continue l’organisateur. Tous les participants, peu importe leurs revendications précises, sont présents pour exprimer leur agacement face aux restrictions. “On a envie de montrer au gouvernement qu’on a de l’énergie à revendre et qu’on a envie de travailler, d’étudier, de retrouver nos vies d’avant. Voilà c’est un ras-le-bol”, ajoute l’organisateur. Interrogé par le média alternatif BAM !, John, un autre membre du mouvement, donne plus de précisions.

Au-delà de leurs envies de liberté, les participants expriment aussi leurs incompréhensions face aux mesures.On en arrive à une situation ridicule. J’aimerais que les restaurants et les bars soient ouverts comme au mois de septembre”, explique l’organisateur de Cycle for Freedom. Bien qu’exaspérés par les mesures sanitaires, les membres du collectif organisent leur rassemblement dans le respect des consignes mises en place par le gouvernement. 

Manifester au quotidien

Si certains expriment leur ras-le-bol lors de manifestations autorisées, d’autres passent outre les mesures au quotidien. C’est le cas d’Olivier, il est ingénieur industriel et ne porte pas le masque à l’extérieur par conviction. 

Le port du masque est obligatoire sur l’ensemble du territoire de la Région bruxelloise. En cas d’infraction, l’amende s’élève à 250 euros.

Si Olivier s’oppose à cette mesure, qu’il juge exagérée, Yves Coppieters recadre ses propos.Sur un plan scientifique, le port du masque à l’extérieur reste important dans certaines situations mais dans beaucoup d’autres il n’est pas nécessaire. C’est plutôt un message pour conditionner la population à respecter les mesures de manière continue. Pour Emmanuel Slautsky, professeur de droit public à l’ULB, les règles restent des points de référence. Elles continuent de guider les comportements même si elles sont transgressées. Le droit a vocation à offrir un cadre qui organise les relations sociales.

Le fait d’expliquer les raisons à la base des mesures sanitaires pourrait conduire la population à davantage respecter les règles, pour Olivier. Cette position est également partagée par certains juristes. Pour une partie d’entre eux, il faudrait que le parlement soit plus impliqué dans la prise de décision. Tandis que le gouvernement se regroupe en petit comité, le parlement délibère publiquement. “Cela permet de mieux comprendre pourquoi les mesures sont adoptées, quels sont les équilibres qui ont été faits entre les différents intérêts, etc » précise Emmanuel Slautsky.

Les décideurs politiques auraient pris des mesures “trop drastiques” qui durent depuis “trop longtemps” selon Olivier. Toutefois, depuis sa position de juriste, Emmanuel Slautsky rappelle que la restriction des libertés individuelles n’est pas un phénomène nouveau. « Le fait de vivre en collectivité suppose des limitations aux droits de chacun. On peut restreindre les libertés des gens. Mais il faut un motif légitime et ne pas aller trop loin par rapport à l’objectif poursuivi. La question est donc de savoir si le coût des mesures est proportionnel aux dommages qu’on évite en prenant les mesures. » Sur la scène juridique, le débat consiste à savoir si les autorités vont trop loin en termes de restriction des droits et libertés. Chaque mesure doit respecter la Constitution belge et la Convention européenne des Droits de l’Homme.

Le Bois de la Cambre semble être un lieu symbolique de protestations contre les mesures sanitaires. D’un côté, ceux qui tentent d’interpeller le gouvernement, de l’autre, ceux qui en profitent pour retrouver leurs amis. Les fins d’après-midi permettent, à de nombreux Bruxellois, de souffler.

Non-respect des mesures pour une bouffée d'air frais
Depuis plus d'un mois, des gens se réunissent au Bois de la Cambre en oubliant parfois les mesures sanitaires. ©Emma Druelles

Il est 17 heures, toujours au Bois de la Cambre, des Bruxellois viennent se réunir après leur journée de travail. Les groupes assis varient de deux à dix personnes : les masques sont rangés et les bières nombreuses. La moyenne d’âge est assez jeune sur l’esplanade au bord du lac. Parmi eux, Lilou, 19 ans, est venue retrouver ses amis pour “passer un bon moment”. Elle confie ne jamais porter son masque mis à part dans les transports ou dans les magasins. « J’ai vraiment du mal à respirer avec, surtout quand je suis au téléphone donc je préfère l’enlever dès que possible », explique-t-elle.

Autour, d’autres groupes semblent minimiser la gravité de leurs actes. “En plein air il n’y a pas de risque de contamination”, expliquent-ils unanimement. Si ces groupes pris un par un, n’ont pas l’impression d’être un danger, la foule dans son ensemble représente quant à elle un foyer potentiel de contamination. “Le problème, c’est qu’à l’extérieur, on peut se contaminer dans une grande foule, comme c’est le cas au Bois de la Cambre par exemple”, explique Yves Coppieters.

À chacun sa dérive

Dans le Bois, se trouvent aussi des familles, des couples et des promeneurs qui avouent timidement ne pas respecter toutes les mesures. “Avec mon mari, on essaye vraiment de tout respecter, mais il faut avouer qu’on a craqué il y a deux semaines, pour inviter un couple d’amis à la maison pour jouer au Bridge”, estime Françoise, une résidente de Uccle venue faire une promenade avec son époux.

Un peu plus loin, deux joggeurs, d’une quarantaine d’années, s’arrêtent un moment pour reprendre leur souffle. “Je pars skier en Suisse la semaine prochaine avec des amis”, confie l’un d’eux alors que l’interdiction de voyager pour les déplacements non-essentiels est encore en vigueur. Les dérives sont donc multiples et ne concernent aucune tranche d’âge en particulier. Deux groupes semblent se former : d’un côté certains bravent tous les interdits, de l’autre ceux qui craquent de temps en temps. Leur point commun ? Un ras-le-bol général. “Comme je vous le disais, on respecte les mesures mais on arrive vraiment à bout. Nous aussi (NdlR : les personnes âgées), on veut faire une grosse fête !”, avoue Françoise, exaspérée de la situation.

 

Si Françoise regrette le temps où elle pouvait faire la fête, certaines personnes ne se sont pas résignées. Johanna est étudiante, et ce soir, elle a besoin de décompresser.

Santé publique ou santé mentale : le dilemme d'une étudiante
80% des étudiants se sentiraient fragilisés psychologiquement par le contexte sanitaire d'après une étude de la Fédération des étudiants francophones (FEF). ©Lola Buscemi

Il est 19 heures. Johanna vient de finir sa semaine et s’apprête à profiter de son week-end. Elle est étudiante en Master sciences économiques. Trente minutes plus tard, elle reçoit un SMS. Sa copine Marie lui propose de venir passer la soirée chez elle en compagnie de cinq autres amis. C’est l’occasion de décompresser. Même si elle sait que c’est interdit, elle décide de s’y rendre. « J’ai trouvé un bon équilibre psychologique. Je n’ai jamais fait de soirées avec 10-15 personnes ou des ‘lockdown party’. Je vois seulement des proches. Je suis une jeune personne, j’ai besoin de voir des gens »  explique Johanna.

L’étudiante de 25 ans admet qu’elle côtoie des personnes qui ne font pas partie de la même bulle. Sarit Nasielski, psychologue au centre PsyCampus, confirme que les jeunes adultes sont plus dépendants des interactions sociales que les individus appartenant à d’autres catégories d’âge. « Ils sont en pleine construction identitaire. C’est différent pour quelqu’un qui est dans la trentaine ou dans la quarantaine. Ce n’est pas le même stade de développement personnel. »

Des mesures absurdes.

Johanna ne respecte pas non plus le couvre-feu, ni les restrictions concernant les voyages. Née au Luxembourg, elle est parfois obligée de rentrer chez elle pour des rendez-vous médicaux ou pour faire l’entretien de sa voiture. De retour en Belgique, elle ne fait pas les deux tests PCR obligatoires. Selon elle, cette contrainte est absurde. « Si je fais un test chez moi, et que je suis négative, je le serai toujours en traversant la frontière. Je comprends certaines mesures, mais je trouve que parfois on oublie un certain équilibre. Il y a des incohérences qui m’énervent un peu. »

Pour Yves Coppieters, qu’on soit d’accord ou non avec les mesures, cela n’est jamais une excuse. « S’il y a des règles, il faut les respecter, même si elles sont frustrantes et même si elles ne sont pas adaptées. Sinon, on ne vit plus dans une société structurée. Il faut garder une certaine solidarité collective. »

Préserver la santé mentale

En tant que psychologue, Sarit Nasielski se montre plus compréhensive à l’égard de ceux qui ne respectent pas les mesures. « Je n’incite pas les gens à transgresser les règles. Mais je pense que les jeunes ont besoin de voir les autres. Il va falloir trouver une solution pour que les gens puissent quand même se rencontrer. Parce que si on ne voit personne c’est la santé mentale qui en prend un coup. »

Malgré son statut d’épidémiologiste, Yves Coppieters partage cette préoccupation. « Je suis inquiet pour la santé mentale de la population et pour l’effet de toutes ces restrictions. Le moral, la santé psychosociale, le stress, la déprime, la dépression sont des choses qui ne sont pas assez prises en compte actuellement par rapport à une épidémie qui reste encore gérable par le système de santé. » Au quotidien, Sarit Nasielski reçoit des jeunes qui sont restés seuls chez eux pendant plusieurs mois afin de respecter les mesures. Elle remarque que cet isolement les a atteint psychologiquement.

Je n’ai pas envie d’abuser.

De son côté, Johanna ne veut pas se chercher d’excuses. « Je transgresse, je ne le conteste pas. Si demain les policiers m’interpellent, je n’essaierai pas de nier les faits. J’assumerai à 100 %. Pourtant, même si je trouve que mes transgressions ne sont pas extrêmes, je fais partie de ces gens qui ne respectent absolument pas les mesures. » Toutefois, l’étudiante garde une certaine limite. « Je n’ai pas envie d’abuser. Je trouve que certaines personnes vont trop loin dans leur déviance. C’est un manque de respect envers les gens qui se battent quotidiennement contre la pandémie. C’est leur rire au visage. »

À Bruxelles, le couvre-feu s’étend de 22 à 6 heures du matin. Toute transgression est passible de 250 euros d’amendes pour les personnes individuelles et 750 euros pour les professionnels.

Le comportement de Johanna pourrait favoriser la propagation de l’épidémie. La principale intéressée en est consciente. « Si demain je suis à la base d’un cluster, je me sentirai coupable. J’imagine qu’on peut dire que je suis un risque pour la société, même si je pense que tout le monde l’est plus ou moins. » Toutefois, certains comportements sont plus susceptibles de propager l’épidémie que d’autres.

Yves Coppieters nous explique quels sont les plus dangereux. Pour lui, les regroupements de personnes dans des lieux clos et le non-respect du port du masque dans les transports ou dans les foules font partie des comportements les plus à risques. « Ce sont des situations qui sont potentiellement des moteurs de contaminations. En revanche, braver le couvre-feu et voyager, ce sont des situations à moindre risque. »

Le ras-le-bol, c’est le sentiment qui prédomine chez Hélène, Olivier, Sabine, Johanna, Lilou, Louis, Béatrice et bien d’autres. Autant de dérives que de profils différents. « C’est dur de garder espoir », avoue Charly l’organisateur de Cycle for Freedom.

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