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Jeunesse : une pandémie, différents vécus

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Jeunesse : une pandémie, différents vécus

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Jeunesse : une pandémie, différents vécus

14-04-2021  

Depuis un an, la crise du Covid bouleverse la vie des jeunes et les oblige à revoir leurs projets. Témoignages de cette jeunesse qui tente de surmonter cette épreuve.

Montage de différentes Unes de journaux sur le difficile rapport jeunesse/Covid. ©D.R.

« Le mal-être d’une jeunesse confinée », « La santé mentale des adolescents et des jeunes adultes ‘en danger’ », « Anxiété et dépression atteignent des niveaux préoccupants chez les jeunes adultes ». 

Il suffit de lire plusieurs unes de journaux pour le comprendre : la jeunesse traverse une période délicate qui mettrait à mal ses convictions et ses espoirs. Ce long format propose de donner la parole à plusieurs jeunes qui racontent comment la pandémie a changé leur quotidien. Car si le Covid  s’est imposé pour tous, chacun ne s’y est pas accommodé de la même manière : c’est cette nuance dans les expériences que nous avons tenté de comprendre.

Encaisser
À cause du Covid, les couloirs de l'ULB sont bien vides même en plein milieu de semaine. © Maxence Jurbert

La pandémie a empêché beaucoup de jeunes de se lancer dans le monde du travail. Thomas est l’un d’entre eux. Il a suivi une formation de brasseur de 2019 à 2020 et l’a terminée en août. Il continuait parallèlement de suivre ses cours en présentiel une fois par semaine, malgré le premier confinement. Le seul changement pour lui était le port du masque devenu obligatoire. Après cette formation, le monde du travail lui a tendu les bras : il a décidé de  travailler un mois en tant que stagiaire à la Brasserie de la Seine, à Bruxelles. Mais suite à la fermeture des restaurants et des brasseries, Thomas a été contraint d’être mis au chômage technique pendant six mois. Depuis, il cherche à se réorienter dans le secteur de l’Horeca et de la culture, deux secteurs qui lui tiennent à cœur mais qui sont parmi les plus touchés par la pandémie.

Thomas n’est pour autant pas dans une spirale négative. La pandémie lui a permis de prendre du recul et de repenser ses projets pour l’avenir. Par exemple pour faire sa formation ou tout simplement pour réfléchir à son futur et à ce qui lui tient vraiment à cœur. Il a également utilisé ce temps pour anticiper sa recherche d’emploi une fois les mesures assouplies :  « Je me suis ré-inscrit chez Actiris pour faire un repérage et voir quels jobs pourraient me plaire. »

Comme il vit chez ses parents et est souvent en contact avec ses amis en ligne, il n’a jamais connu de grands moments de tristesse. Il prend son mal en patience et ne se considère pas trop en danger vu sa situation et son jeune âge : « J’ai eu beaucoup de chance d’être encore chez mes parents. Je suis nourri, logé, blanchi. Comparé à certains, c’est énorme. » Même si la situation commence à devenir longue, il la supporte tant bien que mal et vit la pandémie du mieux qu’il peut, parfois avec des mauvais moments, mais toujours à la recherche des meilleurs.

La tête dans le guidon

Certains jeunes n’ont pas la chance de toucher un chômage comme Thomas. En temps normal, un jeune sur quatre travaille pour payer ses études en Fédération Wallonie-Bruxelles, soit environ 50.000 étudiants. Trouver un job étudiant dans le monde culturel et l’Horeca est devenu quasi impossible suite aux mesures et à la fermeture forcée des établissements de ces secteurs. Pour la restauration, le marché de la livraison est l’une des alternatives les plus populaires. On pourrait croire que les livreurs en profitent, mais la réalité est autre.

On travaille avec une épée de Damoclès au dessus de la tête.

Aliocha, jeune étudiant de 22 ans, a commencé ce travail de livreur en juin. D’après lui, le métier commençait à peine à gagner en popularité. Depuis, le nombre de livreurs n’aurait cessé de grimper, bien plus que celui des commandes. Selon Aliocha, la concurrence entre livreurs n’aurait jamais été aussi élevée : « On travaille avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il faut éviter la moindre erreur qui ferait baisser ton indice de satisfaction, car tu peux être très vite banni ou remplacé. »


Aliocha nous explique qu’entre ses débuts et aujourd’hui, son salaire moyen aurait diminué de plus de la moitié. Être livreur est devenu un métier très prisé qui, à lui seul, ne permettrait pas de tenir financièrement. Alors pourquoi continuer ? Beaucoup n’ont pas le choix. Aliocha nous confie qu’il a dû investir pour ce travail. Le sac de livraison ainsi que son moyen de locomotion en font partie.
Avec une telle concurrence et des revenus si aléatoires, il n’est pas toujours évident de continuer, mais se dire que la situation n’est que temporaire lui donne le courage de poursuivre.

L’emploi chez les jeunes

Chaque mois, Actiris Brussels (Office Régional Bruxellois de l’Emploi) établit des rapports sur les données statistiques quant au chômage et à l’emploi à Bruxelles. En février 2021, Actiris comptabilisait 90.413 DEI (demandeurs d’emploi inoccupés) pour la Région Bruxelles-Capitale. La tranche des 18-25 ans représentent 10,3% de ces DEI soit 9.353 personnes, hommes et femmes confondus.

Afin de donner un ordre de comparaison, Actiris recensait 88.685 DEI en février 2020 dont 9,8% entre 18-25 ans, soit 8.696 personnes. « Avant la crise du Covid-19, le nombre de DEI de moins de 25 ans à Bruxelles était en baisse constante pendant 84 mois, c’est-à-dire pendant 7 ans, précise Romain Adam, porte-parole chez Actiris. Aujourd’hui les jeunes sont considérés par Actiris, et par la classe politique en général, comme étant les plus grandes victimes de la crise. »

Le porte-parole explique un élément important sur l’avenir de l’emploi chez les jeunes : « Ils vont être confrontés à une double problématique. Ils vont se trouver avec un nombre d’offres d’emploi en baisse et particulièrement pour ceux qui vont sortir des études en juin 2021. En plus de cela, ces jeunes vont aussi être confrontés à une concurrence de personnes plus âgées qui ont plus d’expérience et qui auront potentiellement perdu leur emploi pendant la crise. »

Une touche de couleur

La crise du Covid a soulevé des questionnements chez les jeunes. Alexandra, 21 ans, a quitté ses études de droit au milieu du premier confinement. 

Lorsqu’on la questionne sur les raisons qui l’ont poussée à prendre cette décision, elle invoque des cours qu’elle n’arrivait plus à suivre, des profs qui n’étaient pas assez présents, qui « s’en foutaient ». Aurait-elle continué si le Covid n’avait pas existé ? « Pas sûr, ce n’était pas vraiment ce que je voulais faire, c’était plus ce que ma mère voulait que je fasse. » Au début, elle cache sa désinscription à sa mère, puis elle finit par prendre son courage à deux mains et lui avoue qu’elle souhaite se lancer dans des études de communication : « Elle a été hyper compréhensive. » 

En attendant sa prochaine rentrée, Alexandra se retrouve avec beaucoup de temps libre : « Je passais mes journées dans mon lit à ne rien faire, c’était horrible. » Avec le recul, elle se demande si elle n’a pas fait un épisode dépressif. 

Elle explique qu’en vivant chez ses parents, elle n’a pas à s’inquiéter financièrement.  « Il y a plein d’étudiants qui galèrent beaucoup plus que moi, donc je ne me plains pas. » Son job d’étudiante dans un supermarché lui permet de remplir ses journées bien vides depuis l’arrêt des cours. 

Aujourd’hui,  Alexandra va mieux. Ses cours de communication lui plaisent énormément et elle s’épanouit dans sa nouvelle passion : le maquillage. Elle a même créé un compte Instagram exclusivement dédié à son exploration artistique.

4 look de maquillage d'Alexandra

Le maquillage comme un échappatoire créatif pour Alexandra © al_ex_1o1 sur Instagram

Pourquoi les mesures sanitaires affectent-elles autant la jeune génération ? Pour Rob Kaelen, psychologue à PsyCampus (NDLR : le service d’aide psychologique pour les étudiants et professeurs de l’ULB), la réponse est liée à la phase de développement de l’individu  : « Pour les jeunes, le contact avec les pairs est hyper important pour se construire ; c’est le moment où l’on se démarque de ses parents. » La réduction, voire la suppression des liens relationnels à l’université et dans certains lieux de rencontre, a eu des conséquences dramatiques sur le moral des adolescents et jeunes adultes : « Je suis d’avis que les mesures sanitaires n’ont pas été adaptées aux jeunes mais, en gros, aux couples de travailleurs avec deux enfants, » avance même M. Kaelen. 

Même si les souffrances traitées par le psychologue diffèrent par leur nature (« idées noires », « pensées suicidaires », « décrochage scolaire ») et leur intensité, les restrictions successives reviennent quasi-systématiquement dans les discours des étudiants venus le solliciter. Le constat est clair : le Covid joue un rôle récurrent dans le mal-être actuel de la jeunesse. En est-il pour autant le seul facteur ? « Beaucoup de gens avaient des maux avant le Covid mais pour la plupart, ils attendaient de dépasser un certain stade de souffrance personnelle avant d’aller consulter un psy. Le Covid a rajouté une couche de souffrance supplémentaire qui les a motivés à voir quelqu’un » souligne Rob Kaelen. Au milieu de toutes ses conséquences néfastes, la pandémie présente au moins l’intérêt d’avoir fait prendre conscience aux individus de l’importance de prendre soin de leur état psychologique : « Certaines personnes me disent “Je parle davantage de ma santé mentale avec mes amis” : on assiste à une sensibilisation et une déstigmatisation du sujet. » Dans plusieurs cas, le Covid a joué un rôle de révélateur chez ces personnes qui « se rendent compte qu’elles se surchargaient avant et qui, maintenant, se disent “Je vais y aller un peu plus mollo”. »

En ces temps troublés, quels conseils donner à la jeunesse ? « Ne pas avoir peur d’être égoïste  – dans le sens positif du terme -, avoir une approche douce par rapport à soi et, surtout, être bienveillant envers soi-même : ne pas se dire “Je n’aurais pas dû passer deux heures sur Instagram” mais “J’aimerais passer moins de temps sur les réseaux sociaux”. »

S'adapter
Entre deux cours en ligne, les jeunes de l'ULB tentent de garder le contact. © Maxence Jurbert

Avoir une approche douce par rapport à soi et être bienveillant envers soi-même est donc ce que conseille le psychologue Rob Kaelen. C’est le comportement qu’a adopté Lucie. Cette étudiante de 22 ans suit un master en horaire décalé en sciences politiques à l’ULB. 

Pour elle, la crise du Covid a plutôt mal commencé : après son bachelier en traduction et interprétation anglais/allemand, elle avait décidé de faire un Erasmus à Berlin, mais ce dernier a dû être annulé lorsque les frontières entre les pays ont fermé. Être recluse  entre quatre murs pendant une longue période n’était pas facile pour elle. Mais malgré ces débuts difficiles, Lucie a réussi à prendre cette situation du bon côté. Lorsqu’elle se rendait au cours, elle était obligée de loger en internat, car sa famille habite loin de Bruxelles, (2h30 de trajet en transports) ce qui l’obligeait à partir le dimanche soir pour revenir le vendredi soir chez elle. En raison des confinements, elle a pu rester chez elle, près de sa famille, un facteur qui s’avère important pour l’étudiante. Elle s’est mise au sport et a gardé un style de vie classique. Selon l’étudiante, pour positiver dans cette situation, il faut se discipliner : « On doit faire en sorte de garder une vie normale, même si elle ne l’est pas tant que ça. »

Sa devise pour tenir le coup dans une telle situation : trouver du positif dans les petites choses.

Pour Jean-François Guillaume, professeur de sociologie à l’Université de Liège, les jeunes qui s’en sortent le mieux en période de pandémie sont ceux qui disposent d’un capital social important : « Les disparités entre les étudiants découlent de l’étendue et de la solidité des réseaux relationnels. »

L’activité physique et le soutien envers des personnes en détresse peuvent se révéler comme d’autres solutions. En bref, des actions concrètes qui offrent une « bonne lecture de ses dispositions personnelles », selon M. Guillaume. Ce conseil semble avoir été entendu par une partie des étudiants, si l’on en croit le rapport sur les conditions de vie et de travail commandé par l’Université Libre de Bruxelles. Celui-ci évalue à 19% la part d’entre eux qui ont augmenté leur pratique sportive lors du deuxième confinement, et même à 5% pour qui cette pratique a « fortement »  augmenté.

Comme si de rien était 

Emeric aime bien râler. En revanche, lorsqu’il parle de sa situation depuis le début du Covid, il râle très peu. Au contraire, il se considère comme un des rares chanceux de la crise. 

Depuis mars 2020, Emeric travaille pour Elis, entreprise spécialisée dans le nettoyage et l’hygiène, en tant que manager de production en blanchisserie pour la partie pharmaceutique. Concrètement, il gère une quarantaine de personnes qui s’occupent de récupérer, laver, sécher, plier et livrer les tenues de travail pour les laboratoires pharmaceutiques belges. Plus spécifiquement, pour les équipes en zones pathogènes, où sont élaborés des vaccins. 

« C’est un secteur en pleine expansion, qui surfe sur cette vague du coronavirus qui déplaît à tout le monde. C’est un peu particulier », reconnaît-il.

Avec les laboratoires « sur le pied de guerre », Emeric ne peut pas se permettre d’avoir un retard de livraison et doit suivre le rythme. Tous les matins, il part à 8 heures pour le site industriel d’Anderlecht et rentre rarement avant 19h30. « En moyenne, je dois être autour de 55 ou 60 heures par semaine, mais ça peut monter jusqu’à 70, 75 heures parfois. »

Emeric vit dans une maison avec quatres autres personnes, jeunes travailleurs et étudiantes, tous entre 26 et 30 ans. La diversité au sein de la colocation lui permet de varier les sujets de discussion et de garder un semblant de vie sociale. « Prendre une coloc, c’est l’un des meilleurs choix que j’ai fait pendant cette pandémie », sourit-il.

Côté vie privée, le Covid a chamboulé ses plans. Sa copine, Léonie, est allemande et fait ses études à Paderborn, dans l’Est de l’Allemagne. Avec la fermeture des frontières, les choses se compliquent. Néanmoins, le couple s’adapte rapidement aux mesures. Léonie, ayant la possibilité de suivre ses cours à distance, peut rapidement se rendre à Bruxelles et y passer quelques semaines.

Le jeune manager relativise beaucoup et sait que sa situation est loin d’être la plus compliquée. Même si les verres entre amis et les sorties au restaurant lui manquent, et qu’il aimerait pouvoir sortir pour « se détacher un peu du quotidien », il se trouve  « quand même privilégié » et accepte de prendre son mal en patience : « On fait tout ça pour le bien commun. »

Montrer qu’on est capable de faire quelque chose de ses mains.

Alors que les universités ont massivement investi dans le virtuel à compter du deuxième confinement, le sociologue Jean-François Guillaume préconise de « quitter la sphère du virtuel pour se mettre en action, montrer qu’on est capable de faire quelque chose de ses mains. » Le bien-être des jeunes est directement lié à leur capacité à jouer avec les ressources mises à leur disposition, à ne pas se limiter au cadre fixé par les institutions : « Cela deviendrait extrêmement fatiguant », souligne-t-il. S’en sortir sous-entend dès lors « de faire la part des choses, décoder les attentes placées en nous, apprécier sa marge de manœuvre et, enfin, se bouger.» 

Ce message a-t-il été entendu par la jeunesse ?

Tout changer
Lina a saisi l'opportunité de rester à Barcelone pour ses études. © Lina Bouzekri Guierra

« Avec le Covid, on s’est dit que le projet de notre vie risquait de mourir », explique Brieuc Debois. « On savait qu’on voulait tout faire pour que ça n’arrive pas quitte à pivoter et changer de produit. » À 26 ans, le jeune Namurois et son collègue Lucas ont pris un pari risqué en pleine crise sanitaire. Adapter leur modèle d’entreprise leur a permis de ne pas perdre tout ce qu’ils avaient créé.

On a estimé qu’on avait perdu jusqu’à 70% de notre chiffre d’affaires.

“Good Move” est l’entreprise imaginée par ces deux étudiants en 2016. Pendant ses études de sciences économiques et de gestion à l’Université de Namur, Lucas part du constat que l’équilibre est périlleux entre une alimentation saine et une vie en kot. Après quelques recherches, une idée lui vient en tête : produire des jus de fruits et légumes bio pressés à froid.  Cette technique permettrait de conserver les nutriments, vitamines et minéraux des fruits et légumes. Lucas décide d’en parler à Brieuc, un de ses amis proches. Il accepte : « Les jus ça avait l’air d’être quelque chose de ludique pour s’alimenter sainement. » L’aventure démarre sur des stands du campus de leur université. Petit à petit, les deux amis partent à la conquête des supermarchés, restaurants et cantines de bureau. 

Après quatre années de travail, la crise sanitaire vient stopper les deux jeunes sur leur lancée. En mars 2020,  la petite entreprise de Lucas et Brieuc connaît la crise. Good Move perd une part importante de ses clients : « En fait, avec le Covid-19, on a perdu nos plus gros clients. On a estimé qu’on avait perdu jusqu’à 70% de notre chiffre d’affaires. » Brieuc raconte que ça faisait déjà un an que la start-up avait du mal à être totalement rentable. Cette perte de leurs plus gros clients est venue mettre un coup de massue sur les deux jeunes. Ils se trouvent dans une impasse : « Il nous a fallu une période de prise de recul pour souffler. »

Silence, ça pousse

Le duo se retrouve confiné, chacun chez eux, pensant que le projet de leur vie est au point mort. Toutefois, ce premier confinement fait naître chez Lucas une idée. Il s’intéresse à l’agriculture verticale qui consiste à cultiver des aliments sur plusieurs étages.  Il produit des micropousses, ces petites pousses de légumes cultivées en une dizaine de jours. « L’idée des micro-pousses a germé dans la tête de Lucas pendant le premier confinement. Il avait besoin de s’accrocher à quelque chose, de retrouver une occupation qui lui faisait plaisir. Faire grandir ses petites pousses de légumes chez lui, ça lui a vraiment fait du bien. » 

Cette occupation de confinement va permettre au duo de rebondir et de se réinventer. Brieuc goûte les micro-pousses cultivées par Lucas et les deux amis s’accordent sur le lancement de ce nouveau projet : « C’est facile à produire, ça a l’air rentable, ça va nous changer les idées de démarrer avec un nouveau produit et ça va nous éloigner de toutes les galères qu’on a connues avec les jus. »

Une phase test de  leur production de micro-pousses est lancée pendant trois semaines dans une enseigne namuroise de produits locaux. L’essai se révèle fructueux.  Au mois d’août, Brieuc et Lucas décident de prospecter d’autres magasins bio à Namur et s’étendent par la suite dans le Hainaut et le Brabant Wallon. En décembre, ils ouvrent une levée de fonds qui leur permet de récolter 232.000 euros pour continuer à développer leur projet.

Les micro-pousses produites par Lucas et Brieuc. © D.R.

Avec 35 points de vente à leur actif, les deux jeunes Namurois connaissent une success story en pleine pandémie. « La crise du coronavirus nous a fait peur comme à tout le monde au début. Puis pour nous, cette crise a été une grosse source d’opportunités, plus que d’ennui », répond Brieuc quand on l’interroge sur l’impact du Covid sur sa vie de jeune entrepreneur. 

Toujours dans l’action

Même si la pandémie a fermé de nombreuses portes, certains jeunes ont utilisé cette période étrange pour modifier totalement leurs projets et partir dans une toute nouvelle direction.

C’est le cas de Lina, restée à Barcelone finir son mémoire bien après la fin des six mois de son Erasmus.

Je ne vais pas mentir, je suis heureuse.

Lorsque la crise du Covid frappe l’Europe de plein fouet, cette Parisienne de 23 ans est en première année de master en journalisme à Bruxelles. Pour éviter de se retrouver confinée dans une ville qu’elle ne connaît pas encore très bien, elle décide de rentrer à Paris, en se disant que d’ici quelques mois, tout serait revenu à la normale. Un bel espoir, témoin d’un temps où une pandémie mondiale n’était qu’un scénario de film catastrophe.

Lina est active, pleine d’énergie et elle ne se voit pas rester seule, à ne rien faire, enfermée dans son 20 m² parisien. Alors pendant ces trois mois de confinement, elle décide de s’investir dans la brigade de solidarité populaire de son arrondissement, pour aider ceux qui ont été le plus rudement touchés par la pandémie. « Ça te fait vraiment relativiser. » Sa situation lui paraît tout de suite bien moins difficile quand elle fait des collectes de nourritures pour les familles de son quartier qui n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants. Elle en garde un souvenir indélébile et son empathie s’entend dans sa voix.

De Paris à Barcelone, Lina a changé de vie en pleine crise sanitaire. © Lina Bouzekri Guierra

Même si certains de ses amis ont eu des problèmes financiers, leurs difficultés ne la touchent pas autant : « Mes amis, ils ont toujours leurs parents, ils ont un plan B. Mais pas les gens qui vont à l’association. » Pour elle, en plus d’être active, c’est sa personnalité et sa tendance à toujours rester positive qui lui ont permis d’éviter dépression, solitude et anxiété, le trio maudit qui touche tant de jeunes depuis presque un an.

Tombée amoureuse de la capitale catalane, elle a modifié tous ses projets pour rester là-bas et maintenant elle ne se voit plus vivre autre part. « Je ne vais pas mentir, je suis heureuse. Je n’ai pas du tout envie de rentrer en France ou en Belgique. »

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