“Cité Orientée” : en route vers l’avenir

En février 2013, Jean Rousselot et Marie Vanglabeke publient le résultat d’un travail de longue haleine : le webdocumentaire “Cité Orientée” est né, en partenariat avec France TV Education, l’ONISEP et l’AGEFA. Accessible via le site “Education” du groupe FranceTV, “Cité Orientée” est une plateforme interactive et ludique qui met en avant le profil d’adolescents et jeunes adultes, en chemin vers la vie professionnelle. Le projet est considéré comme un des dix plus innovants de 2014.

Le principe est simple : “Comment trouver le métier qui est vraiment fait pour nous, comment choisir celui qui est le mieux adapté à notre personnalité ?”. Le réalisateur, à l’aide d’une équipe, est parti à la rencontre de jeunes gens et adultes en devenir (entre 14 et 27 ans) et les a questionné sur leur parcours, leur envies et doutes pour l’avenir.

Forme et contenu de la Cité

Composé au départ de quinze portraits et métiers différents, le webdocumentaire a été mis à jour très récemment (le 27 novembre 2014), présentant ainsi sa “seconde saison” et une vingtaine de nouveaux profils et professions (comme en témoigne la bande annonce ci-dessus). L’ajout de contenus n’a donc pas été très fréquent, puisqu’il s’est écoulé presque deux ans entre les deux mises à jour.

“Cité Orientée” se présente comme suit : une ville fictive, sous la forme d’une carte graphique, dessinée et très colorée, regorgeant de bâtiments, arbres, véhicules, monuments et autres composants d’une ville. Mais pour rendre le tout plus réel et attractif, la ville entière est animée, rendant ainsi compte d’une effervescence certaine. L’internaute peut naviguer de gauche à droite, de bas en haut et inversement. Sur toute la surface de la carte, la silhouette des différents portraits se dessine, devant un endroit de la ville qui correspond à ses ambitions professionnelles (cinéma, police, musée, industrie, commerce, médias, …).

Axé sur l’orientation scolaire et professionnelle au travers de différentes personnes, disposées un peu partout dans une ville fictive, “Cité Orientée” porte dès lors bien son nom.

Interface principale

La page d’accueil est donc celle de la ville, mais lorsque l’on arrive pour la première fois dessus, une fChoixenêtre rectangulaire à “choix multiple” s’impose à nous : “J’explore la ville”, “Je rencontre les habitants” ou “Je construis mon quartier”. Il suffit alors de cliquer sur l’un de ces titres pour démarrer l’expérience.

La première option nous emmène donc sur la carte animée et l’on peut sélectionner les silhouettes que l’on veut, comme décrit plus haut.

Une autre page s’offre à nous lorsque l’on choisit la seconde proposition, avec un éventail horizontal des différents jeunes. Sur un fond coloré de la Cité, ces filles et garçons se dressent fièrement ou timidement face à nous, près à “se faire cliquer dessus”. L’internaute peut faire défiler l’éventail vers la gauche ou vers la droite, et découvrir alors les quelque 33 portraits qui composent le webdocumentaire. Plus tard dans cette analyse, vous découvrirez ce qui se cache derrière ces jeunes venus de tous horizons, et aux envies multiples.

Je rencontre les habitants

Enfin, le dernier choix nous amène vers la construction de notre propre ville : la nouvelle page se présente toujours sur un fond de paysage coloré de la Cité, mais nous donne aussi un large panel de mots-clés, correspondant à diverses ambitions professionnelles (créer, communiquer, diriger, s’occuper des autres, prendre soin de la nature, …). Ces mots permettent de réaliser une recherche rapide vers des domaines particuliers et de construire sa propre ville. Il suffit alors de cliquer dessus et de les faire glisser dans les cases prévues : des dessins de bâtiments et des silhouettes apparaissent, nous amenant vers les portraits et métiers qui correspondent aux mots choisis.

Construire son quartier

Ces troisCréer son compte pages principales constituent l’essence même du webdocumentaire : la carte graphique et animée d’une ville fictive, les diverses personnes interrogées et suivies, et le côté ludique qui permet à l’internaute de créer son propre quartier. De plus, en se connectant avec un compte FranceTV ou un compte Facebook, il est possible de sauvegarder son évolution dans la Cité : la plateforme enregistre les portraits visionnés, les métiers découverts, ce qu’il nous reste encore à consulter et ce qu’on a préféré. Enfin, ce webdocumentaire permet également au public de participer, en chargeant sa propre vidéo (concernant le thème de l’ambition scolaire et professionnelle) sur le site.

La vidéo fait donc partie intégrante de “Cité Orientée”. On en retrouve plusieurs, pour chaque jeune : une première concernant son portrait, dans laquelle il explique son parcours, ses envies et ses inquiétudes ; une seconde où c’est un proche qui prend la parole et donne son avis sur les ambitions du jeune en question ; c’est ensuite l’opinion d’un professeur ou d’un référent que l’on peut voir, débouchant alors sur une quatrième vidéo qui relate le stage que le futur professionnel doit suivre ; et enfin, une conclusion.

Cette partie audiovisuelle du webdocumentaire permet de se plonger directement dans la vie et les ambitions de la personne, de s’identifier et d’écouter sa propre vision des choses. L’auteur se met volontairement en retrait, de manière à ce que le spectateur soit pleinement intégré dans les reportages, qu’il se projette et ait l’impression d’être seul avec l’interviewé. C’est une approche journalistique et informative, concrète et anglée sur les différents métiers et appréhensions de chacun. Les témoignages et regards reflètent une réalité certaine, qui donnera au public une vision précise du sujet.

Vidéos

C’est principalement dans la rubrique des métiers et filières (voir ci-dessous, dans la partie arborescence de la plateforContenu écritme) que l’on retrouve le plus de contenu écrit. Une description précise de la profession, de la nature du travail, des qualités requises ou encore de la formation qu’elle nécessite, y est rédigée.

La police utilisée est claire, et c’est la même pour tout le webdocumentaire. Les mots et titres destinés à attirer le regard sont en gros, en gras et en couleur, et présents tout au long du voyage dans le site. Les textes rédigés ne sont pas conséquents et indigestes : ils sont informatifs et précis, et donnent toutes les informations nécessaires sur la profession envisagée. Comme les vidéos durent assez longtemps, il est utile d’avoir mis ces descriptions en place, pour visualiser plus rapidement certaines données. Ces textes ne sont d’ailleurs pas signés : le webdocumentaire ne correspondant pas à un site d’information générale et régulièrement alimenté par divers journalistes (les créateurs ne sont pas journalistes). C’est une signature “globale” que l’on retrouve (dans l’onglet “Crédits”, en bas à droite), reprenant toutes les personnes faisant partie du projet (partenaires, monteurs, mixeurs, illustrateurs, …).

Par sa forme et son contenu, “Cité Orientée” dépend essentiellement des infographies (“J’explore ma ville”, “Métiers”, et autres onglets), des vidéos et des photos (“Habitants” et différents portraits). La politique de titraille est minimale, de manière à ne pas surcharger les animations déjà très présentes, et laisser un maximum de place à l’internaute.

L’arborescence de la plateforme est très vaste : il y a beaucoup d’onglets, de choix et de liens qui mènent un peu partout dans le webdocumentaire. Lorsqu’on clique sur une silhouette, sur un métier ou sur un mot-clé, le même mécanisme se met en place : une fenêtre s’ouvre sur la droite de l’écran, nous proposant alors de la vidéo ou du contenu écrit. De là, il est possible d’aller vers d’autres portraits, via les “suggestions” (en lien avec la profession choisie). En bas de cette fenêtre, il y a également différents onglets, renvoyant vers la vidéo, la fiche métier, la fiche filière ou la géolocalisation (pour trouver l’endroit le plus proche où effectuer la formation voulue).

Arborescence

Dans le coin supérieur gauche du site, on retrouve un petit onglet carré qui se déroule lorsqu’on clique dessus. On a alors le choix de sOnglet gauchee diriger vers plusieurs rubriques (voir photo ci-dessous, à gauche) : la Cité, les habitants, les métiers, les mots-clés, son propre espace (créé via un compte) et le chargement d’une vidéo. On revient dès lors vers les pages initiales, déjà décrites ci-dessus.

En bas, à droite de l’interface, se trouvent également quatre onglets : “A propos”, ‘Partenaires”, “Crédits” et l’accès au mode “plein écran”. Quand on clique sur un des trois premiers onglets, c’est une petite fenêtre qui s’impose à nous, au beau milieu de la page, et nous dévoile du contenu écrit ou des logos.

De manière générale, tous les éléments sont reliés entre eux. La plateforme permet d’évoluer dans un espace fermé, et ne renvoie qu’à de très rares occasions vers le contenu d’un autre site (ONISEP, les partenaires, …). Les hyperliens sont donc très présents, mais limités à des connexions internes.

Onglets bas-droit et fenêtre

Soulignons quand même que, lorsqu’on ne met pas le webdocumentaire en plein écran, différents onglets se présentent sur le haut de la page : le site principal du groupe FranceTV, mais aussi ses filières, La 1ère, France2, France3, France4, France5 et FranceÔ, ainsi que Pluzz, FranceTV Info et FranceTV Sport. Une manière de faire, en quelque sorte, de la publicité pour la chaîne hébergeant le webdocumentaire (c’est d’ailleurs la seule forme de promotion que l’on retrouve).

Pour accéder à la plateforme, il suffit d’aller sur le site Education de France TV (onglet “S’orienter”, puis “Conseils pratiques”). On peut également y parvenir en faisant une recherche Google, auquel cas deux premiers choix s’offrent à nous : le premier résultat nous amène vers une URL “indépendante”, mais qui concerne l’ancienne version de “Cité Orientée” (la saison 1, non mise à jour). Le second résultat, quant à lui, ouvre la page concernée du site Education, dévoilant un court article sur la nouvelle saison du webdocumentaire (avec la bande annonce et la plateforme disponibles). Peu importe la manière d’y parvenir, nous arriverons toujours sur l’interface principale de la plateforme, il est impossible d’arriver directement sur un portrait, un métier, une vidéo ou quelconque contenu.

Les relations aux sources et aux publics

Si vous êtes arrivés jusqu’ici dans cette analyse, vous avez déjà appris bon nombre d’informations sur la forme et les méandres de “Cité Orientée” ! Vous avez donc retenu que les principaux acteurs de ce webdocumentaire ne sont autres que les interviewés, et les internautes.

Portraits

Les créateurs font donc premièrement parler les adolescents et jeunes adultes, choisis par rapport à leurs ambitions professionnelles. Ces personnes s’expriment par le biais de vidéos ; ils sont filmés par les auteurs, mais ces derniers n’interviennent pas. On ne les voit pas, on ne les entend pas, on ne les ressent pas : l’internaute a l’impression d’être en tête à tête avec le jeune, et les différentes personnes interviewées (proches, professeurs, …). C’est également le cas en ce qui concerne les vidéos de stage : les créateurs nous donnent à voir les interviewés dans leur milieu professionnel, s’activer à la tâche mais ils ne s’impliquent pas, se contentant d’une simple observation pour rendre compte. Leur discours ici n’est ni direct, ni indirect, ni narratif : ils s’effacent complètement.

Ce sont des adolescents et des adultes en devenir qui sont mis en avant : ils ont entre 14 et 27 ans ; ils sont identifiés avec un prénom, un âge et une ambition professionnelle. Ainsi, ce ne sont pas de simples individus lambdas, et l’internaute peut plus facilement s’identifier.

Caractéristiques

Soit ces jeunes sont encore au lycée (ce qui équivaut aux secondaires, en Belgique), soit ils ont quitté les bancs de l’école il y a quelques années, et cherchent à se réorienter ou à percer dans la profession de leurs rêves. C’est une tranche assez jeune de la société que les auteurs du webdocumentaire font parler. D’après les témoignages, on se rend compte que toutes ces personnes chSa propre vidéoerchent des réponses, de l’aide ou à combler certaines inquiétudes quant à l’avenir. Ils veulent savoir si le métier qu’ils souhaitent exercer est fait pour eux.

Il est ensuite essentiel de parler du rapport au public : “Cité Orientée” est ludique et fait participer les internautes. On voyage à travers une ville, à travers des individus que l’on commence à (re)connaître et vers des professions que l’on découvre sous différentes facettes. Mais ce n’est pas tout. En plus de la possibilité de sauvegarder son voyage à travers la plateforme, d’enregistrer ses portraits et métiers favoris, de construire son propre quartier, l’internaute peut aussi charger sa propre vidéo de présentation. Il suffit de se créer un compte (via France TV ou Facebook), et le tour est joué. On peut également découvrir les vidéos que d’autres personnes ont elles-mêmes ajoutées. C’est tout un sentiment de proximité et de communauté qui est mis en place.

Les créateurs ont réellement joué sur la participation du public, de manière à ce qu’il se crée son propre chemin à travers la Cité. Le graphisme, les couleurs, la qualité des photos et vidéos mais aussi la facilité de naviguer sur la plateforme donne envie d’en découvrir chaque recoin. Les utilisateurs sont assez libres : bon nombre d’hyperliens parsèment le site et permettent de partir absolument partout dans le webdocumentaire. Seule limite : lorsque l’on regarde une vidéo, on ne peut pas la faire avancer plus loin ; on peut revenir au début, mais il faut la regarder en entier pour arriver à la fin. Rien n’empêche cependant de la quitter pour explorer d’autres facettes.

Avec une page Facebook, un compte Twitter et un compte Google +, les internautes sont invités à découvrir le webdocumentaire et à participer à l’aventure de l’orientation professionnelle.

FBTWITTER

L’ethos journalistique

Il est important de signifier que les auteurs de “Cité Orientée”  ne sont pas journalistes. En effet, Jean Rousselot est réalisateur de productions audiovisuelles et Marie Vanglabeke est productrice. Leur positionnement  se veut implicite, de par le choix du sujet traité, et par l’importance qu’ils accordent aux différents acteurs de la production  (sans filtre, sans relance des intervenants). Le réalisateur a décidé de se mettre en retrait, afin de laisser la part belle aux jeunes. On peut ici parler d‘une certaine forme d’engagement, dans le sens ou les auteurs se sont engagés à rester fidèles aux portraits et aux dires des jeunes. L’objectivité est une composante essentielle de ce webdocumentaire. Cet élément permet de renforcer la proximité avec l’internaute, mais également de présenter de manière claire et construite les points de vue et le parcours de ces jeunes.

“Cité Orientée” souffre de peu de concurrence. Le sujet de la production (“Serious Game”), son format et le fait qu’elle soit étiquetée comme appartenant au service public montrent qu’il y a une utilité publique. De plus, on retrouve un bon nombre de jeunes interviewés et de la publicité pour la plateforme sur les sites et organisations partenaires (ONISEP), ce qui permet de toucher un public ciblé.

Un peu de socio-économie pour terminer …

 Jean Rousselot et Marie Vanglabeke ont créé “Cité Orientée”, avec l’aide de FranceTV Education et Vanglabeke Films (deux sociétés de production auxquelles le webdocumentaire appartient).  Ils ont également bénéficié de l’aide de différents partenaires, comme l’ONISEP, l’AGEFA, l’ACSE, la Mairie de Paris, le Département de Seine-Saint-DenisCap Digital,  Paris Région Lab, Toolz, mais aussi du soutien financier de la Région Île-de-France.

Cité Orientée possède une page Facebook, un compte Twitter et un compte Google +. Malgré la notoriété certaine du groupe France Télévision, les différentes pages ne sont pas extrêmement suivies (641 “likes” sur Facebook et 39 “followers” sur Twitter). Ces comptes n’étant pas très régulièrement alimentés, les créateurs ne touchent pas forcément un grand nombre d’internautes et curieux. Ils ne constituent donc pas des modes de diffusion vraiment efficaces.

Il est donc difficile de parler d’impact, mais on peut en revanche parler de communauté, puisque les internautes, en se baladant dans la ville, deviennent en quelque sorte des citoyens, appartenant à celle-ci. En naviguant, ils passent devant un restaurant, une pharmacie et lorsqu’ils cliquent sur un portrait, c’est comme s’ils se rendaient directement dans ces différents lieux. C’est un sentiment de proximité et d’appartenance qui transparaît dans ce webdocumentaire.

A noter que le webdocumentaire est également disponible sur smartphones et tablettes (via les applications iTunes et Google Play).

Clément Bacq & Valentine Antoine