Il y a ceux qui l’adorent et ceux qui la fuient. Ceux qui l’utilisent et ceux qui la boycottent. Ces dernières années, l’intelligence artificielle est au cœur du débat. Mais qu’y a-t-il donc au milieu du débat ? Est-il possible d’avoir une utilisation raisonnable de cet outil aussi ancré dans notre quotidien ?
Il faut bien le dire, l’intelligence artificielle, générative, c’est-à-dire celle destinée à créer, produire du contenu n’a parfois que des restes d’intelligence. Cette qualité, attribuée aux animaux, dont nous, êtres humains, font partie, renvoie à l’idée de logique, de connaissance, de mise en relation de différents éléments du système dans lequel il vit. L’ordinateur qui se cache derrière cette production de contenu, ne met en relation que ce qu’on lui donne à mettre en relation. Il n’aura rien inventé seul, bien qu’il en donne l’impression. En effet, la production de contenu tel que celui d’un texte effectué par ChatGPT, n’est qu’un très rapide résultat d’immenses probabilités et actions informatiques entrainées à ressembler à un contenu proche de notre linguistique humaine. Il n’incarne qu’un corpus de données, dont il vous transmettra la partie la plus « probable » de répondre à votre demande. Tout sera transmis avec des mots qui n’ont pour lui aucun sens critique ni aucune perspective d’intelligence humaine, simplement en plaçant le mot le plus « probable » de suivre le précédent dans le contexte d’une instruction (prompt) fournie par une personne.
Une fois cette critique posée, faut-il pour autant l’abandonner ? Il faut bien rendre à César ce qui appartient à César, l’IA permet d’innombrables choses. Cela permet de dire, raconter et effectuer certaines tâches qui se rapprochent, parfois même collent à la vérité humaine. On imagine que la recette de crêpes qu’on lui demandera pourra sans doute nous donner des crêpes comestibles à l’arrivée. Partant de ce point de vue là, il me semble qu’une utilisation raisonnée de cette intelligence, munie d’un recul de son contenu peut se faire sans avoir à craindre que l’humain soit remplacé par les machines. Jusqu’à preuve du contraire, les machines n’ont pas de quoi se reproduire entre elles. Leur existence n’est que de notre ressort, et de choix humains qui ont été faits. Frankenstein n’est qu’une fiction. L’idée de voir l’IA comme la création de l’Homme prête à détruire ce dernier n’est que le résultat d’une paranoïa présente chez ceux qui ne l’ont jamais employée. La société change, comme elle l’a toujours fait Elle change, sans pour autant s’améliorer. Mais on peut au moins imaginer que les humains qui la composent n’échapperont pas au changement.
Je crois que dans cette masse de tâches dont est capable l’intelligence artificielle telle que produire un texte, une image, un discours, un fil logique dans une explication, il faut pouvoir raisonner sur une utilisation pertinente de la puissance de l’ordinateur. La plus grande crainte que nous devons avoir est le désordre informationnel que cette IA peut causer. Pour un journaliste dont le travail est de recouper ses sources aux travers de relations humaines, l’IA ne risque pas de vous harceler d’appels parce qu’elle enquêterait sur un nouveau dossier… Mais elle est bien capable de produire des fausses informations, car son système de « probabilités » est confronté à tout et son contraire, pour des milliards d’actions en quelques secondes, ce qui l’amène par moments à affirmer des énormités telles que l’invention de références, la généralisation à outrance ou encore la confusion de concepts. C’est pourquoi le travail d’un journaliste doit sans doute se détacher de toute utilisation de l’intelligence artificielle. La production d’information, corrélée à la promesse du journalisme, c’est-à-dire de garantir une information de qualité, au service du public, doit s’éloigner de toute utilisation de l’ordinateur ne fonctionnant, lui, que sur une idée de probabilité. En revanche, si ce même journaliste, en rentrant chez lui, souhaite connaître la recette de sa crêpe maison préférée, le tort causé à la société n’est que relatif…
