Que pense le public de l’info 100% générée par l’IA ?

L’intelligence artificielle est un outil central dans les rédactions. Pourtant, d’après une étude de l’Institut Reuters, le public juge moins fiables les travaux journalistiques créés exclusivement par l’IA que ceux réalisés par des humains.

« Bonsoir à tous. Je ne suis pas Caroline. Je suis son avatar créé par l’intelligence artificielle. » En décembre 2025, Luc Gilson, présentateur du journal télévisé de RTL, accueille sur son plateau sa collègue Caroline Fontenoy… mais pas la vraie : un clone généré par l’intelligence artificielle (IA). En Chine, pays qui investit massivement dans l’IA, ce phénomène émerge en 2018, écrit le journal français Les Echos, quand des avatars hyperréalistes, maîtrisant plusieurs langues et capables de travailler sans relâche, commencent à remplacer les professionnels des médias. 

Si cela est, peut-être, un cas extrême, aujourd’hui, les rédactions optimisent leurs tâches quotidiennes grâce à l’IA : par exemple, La Libre Belgique et Libération s’en servent pour traduire des entretiens, corriger l’orthographe et écrire des titres. Les pratiques journalistiques évoluent ainsi, ce qui soulève la question de l’opinion du public sur l’intégration de l’IA dans la profession. Selon deux études, le lectorat juge moins fiable l’information produite uniquement par l’intelligence artificielle que celle réalisée par des humains. 

L’information 100% IA ne convainc pas 

En 2025, le Reuters Institute, établit à l’Université d’Oxford, publie un rapport intitulé « IA générative et journalisme en 2025 : comment le public perçoit-il le rôle de l’IA dans le journalisme et la société ? » (ou Generative AI and news report 2025: How people think about AI’s role in journalism and society) pour comprendre comment les gens utilisent l’intelligence artificielle générative. L’étude vise également à sonder l’opinion du public sur l’usage de l’intelligence artificielle par les médias.

Les résultats sont clairs : parmi les personnes interrogées, issues de France, Royaume-Uni, Danemark, États-Unis, Argentine et Japon, seul 12% se dit à l’aise avec l’information générée exclusivement par l’intelligence artificielle. Néanmoins, les réponses varient selon les pays : par exemple, les trois états européens se situent sous la moyenne, tandis que l’Argentine et les USA sont moins réticents. 

Cette méfiance est confirmée par trois chercheurs de l’Université de Hanovre qui analysent la perception du public allemand face à l’information politique produite par l’IA. La recherche révèle que « les articles signalés comme ayant été produits par une intelligence artificielle ont été jugés les moins crédibles, tandis que ceux attribués à un auteur humain ont été perçus comme les plus fiables. En revanche, les articles dépourvus de toute mention d’auteur ont été considérés comme moins crédibles que ceux rédigés par un humain, mais plus fiables que ceux signalés comme générés par l’IA. »

L’IA en appui est plus acceptée

Le public tolère davantage l’IA en soutien des journalistes. L’étude du Reuters Institute montre que 43% des répondants tolèrent l’information issue du binôme professionnel des médias-intelligence artificielle. Autrement dit, pour le public, si utilisée, l’IA doit rester un outil d’accompagnement et non de production.

Cette conclusion rejoint celle de cinq chercheuses des universités de Bucarest et de Nottingham : d’après les personnes interrogées dans cette étude également consacrée à la perception des IA génératives dans le journalisme, l’IA peut « rendre plus facile le travail journalistique » mais les répondants exigent de la transparence quant à l’information générée par l’IA, qui doit être clairement signalée comme telle.  

L’information faite par les humains demeure plus fiable

Face au nombre d’actualités à couvrir et au besoin de raconter l’info brûlante, les médias s’adaptent et s’appuient sur l’IA. Pourtant, il semblerait que les publics perçoivent comme plus fiable une production journalistique réalisée entièrement par des journalistes en chair et en os : 62% des personnes interrogées par l’Institut Reuters font partie de cette catégorie.

Même si l’Institut Reuters et les trois chercheurs allemands n’explorent pas les causes derrière cette confiance, le travail sur le terrain, la rencontre avec les sources et le recoupement critique des informations sont des pratiques encore importantes et prisées par les publics, comme le souligne le journaliste et éditeur américain Eric Barnes. Malgré les avatars et les technologies, le côté humain reste un élément au cœur non seulement du métier de journaliste, mais aussi de la relation avec le public. 

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