Une perquisition a eu lieu le 3 février 2026 dans les locaux parisiens du réseau social X dans le cadre d’une enquête sur de possibles dérives de la plateforme. Rapidement, des images présentées comme des photos de l’opération ont circulé en ligne. Après vérification, l’AFP (Agence France Presse) a établi qu’elles avaient été générées par intelligence artificielle et qu’aucun cliché réel n’était disponible deux jours plus tard.
Des policiers casqués. Des rubans de sécurité. Des scènes d’intervention à l’intérieur d’un bâtiment présenté comme le siège de X à Paris. Ces images ont été partagées des milliers de fois en ligne. Mais aucune n’était authentique. Elles ont circulé quelques heures après l’annonce de la perquisition. Pour de nombreux internautes, elles constituaient une preuve visuelle de l’opération. Plusieurs comptes pro-Trump les ont relayées. Ils y voyaient une menace contre la liberté d’expression. Les clichés ont alors pris une dimension politique. Leur diffusion rapide s’explique aussi par le fonctionnement des réseaux sociaux, où les contenus visuels sont fortement valorisés et partagés sans toujours être vérifiés.
Une vérification nécessaire
L’AFP a procédé à une analyse détaillée. Plusieurs incohérences ont été repérées. Certains visages étaient déformés. Des inscriptions étaient illisibles. Des uniformes comportaient des erreurs. Ces anomalies sont typiques d’images générées par intelligence artificielle. Les journalistes ont également confirmé qu’aucune photo authentique de la perquisition n’était disponible au 5 février 2026. Les images virales ne reposaient donc sur aucun document réel. Cette démarche illustre le rôle des outils et méthodes de vérification numérique, devenus indispensables pour authentifier des contenus circulant en ligne.
Cette démarche illustre le rôle central du fact-checking. Selon le chercheur Laurent Bigot, cette pratique journalistique s’est imposée comme une réponse à la multiplication des fausses informations. Elle vise à rétablir la vérité après la diffusion d’infox en s’appuyant sur la preuve, la source et la démonstration publique du vrai.
Dans cette affaire, le travail de vérification mené par l’AFP montre que, face à la rapidité de circulation des contenus sur les réseaux sociaux, les médias jouent un rôle essentiel de clarification et de rectification. Plus la diffusion est rapide, plus la vérification devient indispensable pour limiter l’impact des faux contenus.
L’IA, nouvelle fabrique du faux
Pour Laurence Dierickx, docteure à l’ULB experte en journalisme et fact-checking basé sur l’IA, ce cas montre une évolution de la désinformation. L’intelligence artificielle permet aujourd’hui de produire des images extrêmement réalistes, susceptibles de circuler rapidement et de tromper un large public. Les outils génératifs créent des contenus plausibles à partir de vastes bases de données, sans pour autant vérifier la réalité des faits. Une image crédible peut ainsi être entièrement fabriquée, ce qui rend l’apparence de preuve trompeuse.
Ces systèmes reposent sur des modèles probabilistes. Ils génèrent les formes les plus vraisemblables selon les données apprises, sans capacité propre à distinguer le vrai du faux. Ils peuvent donc produire des contenus convaincants mais inexacts. Dans un environnement marqué par l’accélération de la diffusion de l’information, ces faux contenus se propagent d’autant plus vite sur les réseaux numériques.
Les images produites peuvent également renforcer un effet d’anthropomorphisme. L’utilisateur attribue alors à la machine une capacité humaine à représenter fidèlement le réel. Cette projection accroît la confiance accordée aux contenus générés, alors même que ceux-ci reposent uniquement sur des calculs algorithmiques. Les modèles peuvent enfin produire ce que les chercheurs nomment des « hallucinations », c’est-à-dire des contenus plausibles mais faux, générés sans intention de tromper.
Distinguer le vrai du faux
L’affaire de la fausse perquisition de X révèle les limites d’un environnement informationnel dominé par la rapidité et la viralité. Des contenus artificiels peuvent acquérir une apparence de vérité avant même d’être contrôlés. La crédibilité d’une image ne garantit donc plus son authenticité.
Face à ces technologies, la vérification humaine reste indispensable pour distinguer le vrai du faux même si, à l’ère de l’intelligence artificielle, la « preuve » visuelle n’est plus une garantie de vérité.
