Décoder le Brexit en 4 points

The Union Jack and the european flag in a building of London. Crédits photo : Dave Kellam (flickr)
24-02-2016   Décodage
A l’issue du sommet européen les jeudi 18 et vendredi 19 février, David Cameron est rentré au pays avec un accord en poche. Mais, y aura-t-il un Brexit ou non ? David Cameron souhaite que son pays reste dans l’Union, mais il a certifié qu’il suivrait l’issue du référendum qui aura lieu le 23 juin 2016.

Le « Brexit », mot-valise composé des mots Britain – « Grande-Bretagne », et exit – « sortie » est omniprésent dans les médias depuis des semaines. Comme son nom l’indique, il réfère à un départ volontaire du Royaume-Uni de l’Union européenne. Pour comprendre un dossier aussi complexe, voici un décodage en quatre points.

1. Le Brexit, une nouveauté ?

Alors que le Royaume-Uni intègre la Communauté économique européenne (CEE) en 1973, un premier référendum qui porte sur le maintien du pays au sein des communautés européennes est organisé deux ans plus tard. 67,2 % des votants se prononcent en faveur du « oui ». Près de 40 ans plus tard, en janvier 2013, dès son accession au pouvoir, le Premier ministre David Cameron propose un second référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne d’ici la fin de l’année 2017. En 2016, David Cameron et son gouvernement mènent des négociations avec les instances européennes sur des concessions que pourrait accorder l’Union européenne au Royaume-Uni en échange d’un maintien dans l’Union. De son côté, le UK Independence Party, le parti le plus eurosceptique du pays milite pour le retrait du Royaume-Uni de l’UE. Après des mois de négociations, lors d’un sommet européen des 18 et 19 février 2016, un compromis sur le « statut spécial » du Royaume-Uni est accordé au pays s’il reste dans l’Union Européenne. Le 20 février 2016, Cameron annonce qu’un référendum sur cette question aura lieu le 23 juin 2016.

2. Les arguments pour et contre le Brexit

Au Royaume-Uni, les eurosceptiques et europhiles ont chacun leurs propres arguments pour le maintien ou non du pays dans l’Union européenne. Détails, point par point :

Législation
Eurosceptiques : Westminster (le parlement britannique) retrouve sa souveraineté. Le Royaume-Uni n’est plus soumis à la législation supranationale européenne. Par exemple, le pays pourra fixer lui-même les normes autour de la durée du travail par semaine.
Europhiles : les citoyens britanniques perdent certains privilèges comme les lois sociales pour l’emploi en Europe. Et sans l’UE, les britanniques auront moins de poids dans les prises de décision au niveau mondial.

Economie
Eurosceptiques : l’impact d’une sortie de l’UE permettrait de voir le PIB/habitant passer de 0,6 % à 1,6 % d’ici 2030. La Grande-Bretagne ne devrait plus payer d’impôts à Bruxelles. Selon les eurosceptiques, cela permettrait une économie de plusieurs milliards d’euros par an.
Europhiles : de leur côté, une sortie de l’UE entrainerait une perte de 0,8 % à 9,5 % du PIB/habitant d’ici 2030.

Mais selon l’étude du think tank Open Europe, dans le meilleur des cas, le PIB augmenterait de 1,6 % et dans le pire des cas, il diminuerait de 2,2 %.

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Commerce
Eurosceptiques : le Royaume-Uni pourrait avoir un accord de libre-échange avec l’UE pour le commerce. Comme c’est le cas avec la Suisse et la Norvège. Ou encore des accords commerciaux bilatéraux. Ils dénoncent aussi un « fardeau réglementaire » de l’UE pour les petites et moyennes entreprises (elles ne sont pas assez concurrentielles pour profiter du marché européen).
Europhiles : le Royaume-Uni perdrait son principal partenaire commercial qu’est l’UE. C’est-à-dire environ 50 % des échanges, ce qui équivaut à 500 milliards de £ par an. De plus, il faudrait alors payer des droits de douane sur les exportations vers l’UE.

Immigration
Eurosceptiques :
ils veulent une restriction des visas pour les migrants de l’Union, ce qui engendrera plus de travail pour les britanniques et moins de pression sur les écoles et hôpitaux.
Europhiles :
ils défendent le fait que l’économie du pays repose sur la force du travail effectué par les migrants et les paiements d’impôts.

Emplois
Eurosceptiques :
sans les règles européennes, les entreprises britanniques créeront plus d’emplois.
Europhiles :
rester dans l’UE permet l’implantation de multinationales dans d’autres pays membres à des coûts plus bas. Quitter l’Union serait mauvais pour l’industrie nationale. La Confédération de l’Industrie Britannique (CBI) estime que 3 millions d’emplois au Royaume-Uni sont créés grâce au commerce avec les autres pays de l’UE.

Influence
Eurosceptiques :
même sans l’Union européenne, le Royaume-Uni reste une grande puissance mondiale (membre de l’OTAN et du Conseil de sécurité de l’ONU, pouvoir nucléaire).
Europhiles : perte de l’influence du Royaume-Uni sans l’UE. Pays qui sera isolé au niveau transnational (sécurité, environnement, commerce). L’influence militaire serait aussi amoindrie.

Mais quel est le point de vue des partis politiques britanniques sur le Brexit ? Lesquels sont europhiles, lesquels sont eurosceptiques ?

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3. L’UE a-t-elle cédé aux exigences de David Cameron ?

Symboliquement oui. On peut dire que l’Union européenne a allégrement cédé aux exigences de David Cameron. « Il y a un travail important sur la dramatisation du Brexit avec par exemple, le sommet européen à Bruxelles qui dure une nuit entière ou le report des repas officiels. On est dans le symbolique. Tous les 28 acteurs avaient pleinement conscience que David Cameron devait retourner dans son pays en position de vainqueur et en obtenant donc des concessions de la part de l’UE. On a assisté à une pièce et David Cameron avait écrit le scénario avec la complicité des 27 autres membres », selon Regis Dandoy, politologue à l’ULB.
En pratique non. Au final, il n’y a pas de gagnants, ni de perdants puisqu’aucun nouveau traité n’a été conclu. Après ces longues négociations, le visage de l’Union Européenne ne sera pas forcément différent. « Finalement, cet accord arrange tout le monde : il permet aux pays membres qui désirent progresser avec l’UE de le faire sans devoir attendre ceux qui veulent rester sur le banc de touche », conclut Marianne Dony, professeur de droit européen à l’ULB.

4. Quelles procédures en cas de « oui » ou de « non » au Brexit ?

Comme l’a promis David Cameron, un référendum sera organisé le 23 juin 2016 pour connaître la décision des citoyens britanniques quant au maintien ou non de leur pays au sein de l’Union européenne. Le premier ministre a confirmé qu’il tiendrait compte et suivrait l’issue du référendum.
Si les Britanniques votent « non » au maintien du Royaume-Uni dans l’UE, l’accord pris entre les 28 chefs d’Etat lors du sommet européen « s’autodétruira ». La Belgique et la France ont annoncé qu’ils n’accepteraient plus de faire de concessions concernant le statut du Royaume-Uni. Cette « clause d’autodestruction » est un moyen de dissuader les autres pays membres de l’UE de prendre exemple sur le Royaume-Uni et de l’utiliser comme un accord précédent qui a porté ses fruits. Mais c’est aussi un moyen d’empêcher les Britanniques de renégocier des textes qui n’auraient pas été validés. « Après le référendum, David Cameron annoncera la décision au Conseil européen et une période de deux ans sera accordée pour trouver un accord définissant les nouvelles modalités de coopération entre le Royaume-Uni et l’Union européenne », explique Marianne Dony, professeur de droit européen à l’ULB.
Mais dans le cas contraire, si les Britanniques votent « oui » au maintien du Royaume-Uni dans l’UE, ils respecteront l’accord pris à Bruxelles le 19 février 2016.

Yoris Bavier, Anne-Sophie Depauw, Mathilde Ridole

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