FN(act) checking : une « candidate de la vérité » ?

11-02-2016   Décodage
Lundi 8 février, Marine Le Pen était l’invitée de Giles Bouleau sur le plateau du 20h de TF1. Dans une interview de dix minutes, la présidente du parti d’extrême droite revient sur les positions du FN et en profite pour officialiser sa candidature à l’élection présidentielle de 2017.  Elle se proclame comme « la candidate de la vérité », appellation qui avait provoquée une polémique dans la bouche de Maïtena Biraben en septembre 2015Mais les propos de Mme Le Pen sont-ils fiables ? Vérification d’un label auto proclamé. 

Comment peut-on accepter qu’il y ait plus de 900 000 personnes de plus de 50 ans qui soient au chômage ? Deux fois plus qu’il y a 5 ans.

A nuancer

Selon les chiffres avancés par la Dares et Pôle emploi, on observe qu’en 2015, il y avait 891000 chômeurs parmi les français  ayant la cinquantaine. Ce nombre a presque doublé en cinq ans. En effet, en 2010, on comptait 491 000 chômeurs parmi les français de 50 ans et plus. Les chiffres donnés par Marine Le Pen sont donc exagérés. Pour ce qui est des chiffres, c’est plutôt habile de la part de Marine Le Pen. Comme tout homme politique, elle les gonfle ou les arrondit dans son intérêt.

Le choix de cette partie de la population n’est pas anodin. « Parler du chômage des plus de 50 ans est volontaire », explique Bernard Baygert, professeur et chercheur en communication politique. En effet, le taux de chômage de cette tranche de la population est celui qui a le plus augmenté en 5 ans. Le FN a compris qu’il y a des segments de la populations auxquels il doit s’adresser plus particulièrement, comme les retraités. Par exemple ; le parti défend également la retraite à 60 ans. C’est une forme de patriotisme économique.

« Il n’a jamais été question de sortir de l’euro. J’avais proposé il y a 4 ans, dans mon programme présidentiel, de négocier la sortie de l’euro »

 C’est l’affirmation qui se rapproche le plus du mensonge.

Marine Le Pen n’a jamais était claire à ce sujet. En effet, elle ne dit jamais clairement qu’elle veut sortir  de l’euro. Elle parle de négocier cette sortie. Mais elle a souvent avancé l’idée d’une sortie de l’euro et d’un retour au franc.

Pour le professeur Baygert, la comparaison avec la Grande-Bretagne est astucieuse de la part de Marine Le Pen. Mais la Grande-Bretagne parle de sortir de l’Europe et non de la zone euro dont elle ne fait pas partie. Elle enfume la discussion avec cette comparaison et joue avec la crédulité du spectateur qui ne fera pas forcément la différence entre la situation de la Grande-Bretagne et celle de la France. C’est donc un mensonge bien calibré.
Le moment où le FN parlait de sortir de l’euro, c’était en 2011 lorsque l‘euro était au plus mal. Aujourd’hui Marine Le Pen adapte sa position au contexte. L’euro va mieux et la présidente du FN a compris qu’il ne faut pas militer pour une sortie immédiate de l’euro.

Vidéo de l’interview de Marine Le Pen au JT de TF1.

Kawtar Tatekht et Alexandre Theron

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