Jean-Luc Mélenchon surfe sur des faits irréels

08-12-2016   Décodage

Le candidat de la France Insoumise se retrouve parmi les youtubeurs les plus populaires du moment. Pour l’homme aux 100 000 abonnés, l’objectif est clair : c’est le « contournement d’un certain nombre de médias officiels ». Insatisfait des questions habituelles des journalistes, il veut s’adresser directement à son public. Mais choisir soi-même ses questions ne doit pas permettre de déformer la réalité des faits. Petit topo des approximations de Jean-Luc Mélenchon.

Sur la torture par simulation de noyade aux Etats-Unis

« Ils [les Américains] ont voté que l’on a le droit de plonger la tête de quelqu’un sous l’eau jusqu’à ce qu’il soit presque noyé »

C’est faux.

Cette technique de torture par simulation de noyade, appelée waterboarding, avait bien été autorisée par l’administration Bush à la suite des attentats du 11 septembre, Mais cette décision avait été prise par le président en personne dans le plus grand des secrets, sans qu’aucun texte ne soit voté pour que la pratique soit légalisée. Ce n’est qu’en 2008 que la CIA admet publiquement avoir eu recours à cette technique lors de ses interrogatoires, et la pratique sera déclarée illégale l’année suivante par l’administration Obama. Toutefois, il est vrai qu’outre-atlantique, cette pratique fait l’objet de beaucoup de débats, relancés récemment par le président-élu Donald Trump.

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Sur les avantages fiscaux des placements d’assurance-vie

« Il y a 1500 milliards d’euros dans l’assurance vie. […] Un euro sur deux est investi à l’extérieur. Si cet euro là était taxé comme le reste, il reviendrait en France. »

C’est faux aussi.

L’ensemble des capitaux de l’assurance-vie en France, qui s’élève à 1 600 milliards, n’est pas investi à parts égales entre la France et l’étranger : selon les statistiques de la Banque de France, les titres résidents représentent plus de 60 % de ces placements.

Ensuite, il serait simpliste de penser que la seule suppression de l’avantage fiscal pour les capitaux investis à l’étranger suffirait à rapatrier ces investissements en France. En premier lieu, une telle mesure serait difficilement applicable, en vertu des accords européens de libre circulation des capitaux. De plus, un tel raisonnement irait à l’encontre du bon sens financier, selon Mathias Schmit, professeur de management à Solvay : « La première chose qu’on apprend en économie, c’est que pour diminuer le risque sur un capital donné, il faut diversifier les placements. L’investissement à l’international permet donc plus de stabilité. De toute façon, y aurait-il autant d’opportunités d’investissements en France qu’à l’étranger ? ».

Enfin, la mesure pourrait être vue comme une pénalité par certains Français qui pourraient souscrire à une assurance-vie directement à l’étranger. Benoist Lombard, président de la Chambre Nationale des Conseils en Gestion de Patrimoine, rappelle à cette occasion qu’un quart des assurances-vie détenues au Luxembourg appartiennent à des Français.

Crédits photo : Capture d’écran d’une vidéo Youtube

Maureen Horlait et Hugo Littow

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