Bruxelles : les douze travaux du Palais de Justice

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Bruxelles : les douze travaux du Palais de Justice

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Bruxelles : les douze travaux du Palais de Justice

18-05-2017   Long format
La vie quotidienne du Palais
© Pauline Poudou

Les travaux ont investi le Palais de Justice de Bruxelles depuis bientôt 40 ans

Pour les juges, magistrats et avocats qui y travaillent du matin au soir, on a connu des compagnons moins dérangeants. Les problèmes liés aux échafaudages, au sablage des façades, ou même au bruit de marteaux-piqueurs sont nombreux. Jean de Codt en a fait l’amère expérience : « Il y a tout juste un an, j’étais dans mon bureau. Il était déjà 19h. J’ai reçu un coup de téléphone d’un collègue pour me dire qu’il y avait une fuite d’eau au deuxième étape. Dans la galerie des bustes, sans exagérer, j’entends un bruit de cascade ! En arrivant aux toilettes. Je vois devant moi les chutes du Niagara. C’était un soir d’orage. Avec mes semelles en cuir, j’ai glissé et me suis cassé le coude alors que j’allais chercher de l’aide… » La chute de l’histoire du président de la cour de cassation peut paraître burlesque mais elle n’incite pourtant pas à rire. Et, les histoires du même type, il en existe bien d’autres. Dans l’antre du palais de justice, on a déjà vu des intrusions dans les couloirs et dans les bureaux. Des incendies provoqués par des intrus qui voulaient détruire des preuves, ou bien dégrader le bâtiment. Autre anecdote, presque cocasse, celle d’une greffière qui avait garé sa Jaguar devant le Palais. « Le soir en quittant le travail, la voiture était aplatie par un bloc de pierre tombé du bâtiment » confie Jean de Codt.

Couloir des salles d’audience de la Cour de Cassation © Pauline Poudou

 

 

Des contraintes de taille

Céline Gustin a travaillé plusieurs années au coeur du Palais de Justice, plus exactement dans le bureau du conservateur. Architecte de formation, elle était responsable des travaux menés dans le bâtiment. Elle a dû composer avec des contraintes qui s’entassent jour après jour. «  En tant qu’architecte, le bâtiment est très attachant mais y travailler n’est pas une partie de plaisir. Les divergences s’accumulent. Les occupants ne veulent pas être dérangés, ce qui est compréhensible. Ils souhaitent juste que les travaux soient réglés. J’ai eu beaucoup de mal à mener à bien les travaux. Il fallait expliquer au juge, qui rendait son verdict et qui n’entendait pas la plaidoirie de l’avocat à cause des marteaux-piqueurs, qu’on était vraiment désolé mais que les travaux devaient se faire ! Dans ces cas-là, on ne peut pas être serein. On influence un jugement avec, dans un sens, des conséquences sur la vie des autres….C’est très délicat. »

Toute la complexité du Palais de Justice est là. D’extérieur, les travaux sont flagrants, ils cachent la beauté d’un monument qui domine Bruxelles depuis la fin du XIXe siècle. D’intérieur, le Palais est majestueux et les travaux ne se repèrent pas au premier coup d’oeil. Parfois, le calme qui règne dans le Palais est même impressionnant. Certaines fois, ceux qui y travaillent doivent composer avec un bruit sourd du matin au soir. Les dysfonctionnements, Jean De Codt les connaît. Ils sont presque rentrés dans son quotidien tant il en parle avec fatalité. «  On attend qu’une toiture perce dans une salle d’audience avant de faire quelque chose. J’aime par dessus tout travailler ici. Au fond je me rends compte qu’on a beaucoup de chance. Il y a une poésie dans ce bâtiment, du mystère, du rêve et du cauchemar. Mais c’est irritant. Quand le chauffage tombe en panne, on grelotte pendant trois jours avant qu’il ne soit réparé. Les pannes d’informatique et de téléphone se multiplient. » Mais le Palais de justice bruxellois n’est pas le seul à rencontrer de tels problèmes. Selon le président, le Palais de justice d’Anvers n’est pas mieux loti. C’est un bâtiment contemporain, construit durant la deuxième moitié du XXème siècle, où les pannes et problèmes techniques sont aussi récurrent que ceux de son homologue Bruxellois.

Le Palais domine la capitale belge © Pauline Poudou

Outre sa vie diurne, le palais de justice se pose aussi comme le témoin d’une toute autre activité une fois la nuit tombée. Quand les lumières des bureaux s’éteignent, la vie du Palais de Justice continue. L’entrée du bâtiment reste ouverte la nuit. Elle sert de refuges aux sans-abris ou aux squatteurs venus passer du temps dans un cadre inhabituel.

Un édifice massif longtemps déprécié
© Pauline Poudou

Autour du Palais, on profite de la vue sur Bruxelles  © Pauline Poudou

 

Les tags recouvrent le Hall d’entrée du Palais © Pauline Poudou

 

Si la Justice a pour but de punir les transgressions humaines, le Palais de Justice laisse place, la nuit, à un lieu d’infractions. La facette la plus inattendue du Palais de Justice se dévoile au crépuscule. L’impressionnante bâtisse ne ferme pas ses portes, du moins pas son entrée principale. Seulement deux agents de la sécurité sont présents pour les nocturnes. En quelques sortes, les Bruxellois récupèrent une partie du monument à l’heure ou ceux qui y travaillent en journée dorment à poings fermés. L’accès au palais est simple. Le hall reste accessible à tous du matin au soir. Les colonnes faramineuses sont tapissées de tags. Un grand écart marquant entre l’histoire des lieux et son investissement par des occupants qui ne le respectent pas toujours. Au pied de ces colonnes règnent de nombreuses traces de passages ; mégots, matelas, cadavres de bouteilles. Au lieu de voir défiler des robes d’avocat, ce sont les canettes de bière et les joints qui circulent le soir dans l’enceinte du palais.

Une obscurité propice aux vagabondages

Les week-ends, des groupes d’amis se réunissent à l’intérieur du majestueux bâtiment. On parle, on rit, on écoute de la musique autour d’un verre. Chacun trouve un endroit pour s’installer, sur les rebords du premier étage ou bien assis sur les marches, comme si c’était le nouveau bar branché de la capitale. L’atmosphère y est particulière, à l’image du cadre, inédit pour sortir entre amis. Mais le monument n’est pas seulement investi par des personnes voulant faire la fête. Les sans-abris se réfugient aussi dans le palais, dans des recoins ou sur des bancs pour passer la nuit. Au détour d’un couloir, les volontaires du Samu Social font leur maraude quotidienne. Accompagnés d’un infirmier, ils se rendent tous les soirs au Palais. “On veut s’assurer que tout se passe bien. On distribue de l’eau, des sandwichs. On effectue parfois des soins de premier secours, ça nous arrive aussi d’envoyer des personnes à l’hôpital.”

Si l’accès au palais est aussi simple, c’est dû à l’absence de grilles devant le hall d’entrée. Celles-ci existaient avant la seconde guerre mondiale. Mais les soldats nazis les ont retirées. Depuis, la volonté d’un précédent ministre de la justice était claire : laisser l’entrée en libre accès. Une décision qui fait couler beaucoup d’encre. Certains pourparlers ont à nouveau lieu dans le but de sécuriser le bâtiment comme avant la seconde guerre mondiale. “Vu que le bâtiment est classé, c’est à définir. C’est une décision qui implique plusieurs juridictions. L’accord doit venir de tout le monde : de la région, de la justice, de la régie des bâtiments…ça ne facilite pas toujours les choses.”

 

Les visiteurs, de jour comme de nuit, continuent de faire vivre cet édifice classé au Fonds mondial pour les monuments. Mais la publication prochaine du calendrier des travaux qui fait suite à la note de vision pourra également donner un nouveau souffle au Palais.

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