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L’animal, ce thérapeute

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L’animal, ce thérapeute

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L’animal, ce thérapeute

23-04-2021   Long format

Dans le cadre de thérapies ou via l’exploration de son milieu naturel, l’animal peut jouer un rôle inattendu pour notre bien-être. Nécessaire en temps de Covid-19.

 

 

 

 

 

Source de bien-être
Les sessions de dressage canin sont une opportunité pour les propriétaires de se rencontrer et pour les canidés d'être éduqués. © D.R.

Le soleil est au rendez-vous ce mardi matin à Genval. Les présentations avec Marie-Paule Daniels-Moulin sont interrompues par l’aboiement des premiers arrivants. La rencontre a lieu dans son jardin. Marie-Paule est la coordinatrice de l’asbl Activ’dog qui fait de la médiation animale.

Ces activités autour du chien permettent de pouvoir se rencontrer et échanger. Ces moments sont devenus plus rares avec la pandémie : « Depuis un an, on est complètement à l’arrêt. Cela reprend doucement. Dès qu’il y a eu des relâchements dans le confinement, des institutions ont appelé car il y avait vraiment une grosse demande de la part des résidents », ajoute Marie-Paule.

L’asbl Activ’dog intervient auprès de trois types de publics : les écoles, les personnes handicapées et dans les maisons de repos. Mais le retour aux activités, après les arrêts liés au Covid-19, n’a pas toujours été simple. « Parfois quand on retourne dans les anciennes institutions (NDLR, maisons de repos), c’est très triste car ils ont perdu beaucoup de leurs résidents. On ne reconnaît plus du tout le groupe alors qu’on avait tissé des liens avec eux,  explique la coordinatrice. On a un lien d’attachement qui se crée très vite, donc de savoir qu’ils sont décédés et que c’est un drame pour le personnel soignant, c’est très dur », poursuit-elle.

L’asbl travaille avec des bénévoles qui, après formation, peuvent intervenir dans différentes institutions. Les chiens participants aux médiations animales dans ces institutions sont « testés » sur trois critères : l’attrait de l’animal pour l’humain, son obéissance de base et si l’animal est relativement « calme », s’il peut résister aux bruits et aux mouvements.

Marie-Paule intervient auprès des écoliers, des personnes handicapées et des aînés – © D.R.

 

Chez Canimôme, asbl de médiation animale à Uccle, les séances se déroulent différemment : l’association travaille avec ses propres chiens et sans bénévoles. « On est parti d’une approche particulière et singulière et désensibilisation de la peur pour des enfants et adultes avec une importante phobie des chiens. On se disait qu’il fallait avoir une complicité très construite avec les chiens qui participaient aux séances de médiation », explique la fondatrice de l’asbl et chercheuse en anthropologie de la communication humain/animal, Bénédicte de Villers. L’association insiste également sur la charge mentale du chien. « Quand on intervient notamment avec des enfants autistes cela peut être très fatiguant pour le chien et l’intervenant, tous les chiens ne sont pas aptes à faire ça », conclut-elle.

C’est quoi exactement la médiation animale ?

« La médiation animale un grand terme générique pour dire que les animaux occupent une place de médiateur, d’intermédiaire entre un intervenant, un thérapeute et un public, et pas nécessairement un public de personnes souffrantes. Cela peut également être une classe d’école, par exemple, ou l’accueil d’un chien dans une maison de repos  », explique Bénédicte de Villers. Les animaux peuvent être extrêmement variés. Mais la médiation animale, ce n’est pas si simple. différents facteurs entrent en compte. Le seul contact d’un animal avec une personne n’est pas une recette miracle.

Les bienfaits de la présence des animaux sur les humains ne sont pas une découverte récente. On en trouve des traces dès l’Antiquité (voir encadré), mais c’est vers la fin des années 50 qu’une réelle documentation apparaît sur le sujet. Bénédicte de Villers nous éclaire avec l’un des événements pionniers de la recherche dans la relation de l’humain à l’animal : « Un psychiatre américain, Boris Levinson, est appelé en urgence par des parents avec un enfant à trouble autistique. Un rendez-vous est demandé pendant le week-end. Le psychiatre accepte de les recevoir mais oublie que son chien est présent dans son bureau ce jour-là. La présence du chien va susciter quelque chose de particulier chez l’enfant. Levinson va rebondir là-dessus et décide de s’appuyer sur le chien pour établir un contact avec l’enfant.  »

D’autres histoires et recherches ont ensuite vu le jour, notamment dans les années 70 où deux psychiatres constatent que l’interaction entre des chiens d’un chenil voisin et des patients en psychiatrie apportent de réels bénéfices. En plus de cela, le duo note les changements que ces chiens apportent dans le quotidien du personnel soignant et auprès des patients, autant dans leurs interactions que dans l’ambiance de l’établissement. 

Pets and Human Developement (1972)

La médiation animale – Une histoire ancienne

Il est difficile de donner une date précise quant à l’apparition de la médiation animale. Il s’avère qu’à l’Antiquité, déjà, on reconnaissait leur importance pour le bien-être humain. Ce n’est qu’au 18e siècle qu’on associe ce bien-être aux interventions médicales. C’est le philanthrope et humaniste anglais William Tuke qui met sur pied le premier centre de thérapie au nord de l’Angleterre, la York Retreat Institute (1796) incluant la médiation animale. Outré des conditions de vie des malades mentaux de la ville de York, Tuke décide de prendre la situation en main et fonde son centre.

Il faudra attendre les années 50 et Boris Levinson, psychologue de l’enfance et professeur de psychiatrie pour avoir les premiers écrits entièrement consacrés aux bénéfices que peuvent avoir les animaux sur l’homme et plus particulièrement sur les enfants en situation d’autisme. Aujourd’hui encore, il est considéré comme le père de la thérapie par médiation animale ou zoothérapie. Si les pays anglo-saxons se sont penchés sur cette forme de thérapie depuis bien plus longtemps que nous, ce n’est qu’au début des années 2000 que la Belgique, la France et la Suisse vont s’y intéresser. Il est plus courant d’employer le terme « intervention en médiation animale » que « zoothérapie » bien que les deux appellations soient synonymes.

Quand on lui demande à quel moment un animal apporte un effet thérapeutique, l’anthropologue Bénédicte de Villers insiste sur le fait que l’on parle de thérapie quand le bénéficiaire et/ou thérapeute estime qu’un changement sur la durée s’est opéré, améliorant la qualité de vie dudit bénéficiaire. Avec cette idée à l’esprit, les séances de médiation animale voudraient se détacher de l’image qu’un simple sourire à la vue d’un chien serait synonyme de guérison ou d’amélioration d’un état de santé.

Une séance de médiation avec des sourires, même si c’est très beau, ce n’est pas de la thérapie.

Selon Bénédicte de Villers, l’étude des espaces et des dispositifs en place permettrait une médiation animale des plus optimales. Elle va même jusqu’à suggérer qu’il faudrait accompagner les animaux dans leur travail de médiation. En effet, des choses intéressantes peuvent émerger. Pour la fondatrice de Canimôme, les bénéfices d’un contact animal/humain seraient évidents au vu des nombreux témoignages et histoires disponibles concernant des patients atteints de stress post-traumatique. 

Un contact humain qui ne se fait pas toujours naturellement et qui nécessite une phase pédagogique.

 

Créer le lien par la pédagogie
Le flyball est un sport canin qui a vu le jour dans les années 60 en Californie. Très exigeant, il nécessite une attention particulière à la physiologie du chien. © D.R.

En Belgique, l’approche pédagogique est souvent privilégiée pour sensibiliser le jeune public à la manière d’interagir avec le monde animal. Au tournant du siècle dernier, une série de faits divers impliquant des attaques de chiens et la mort d’un enfant ont fait naître en Allemagne des mesures strictes vis-à-vis des chiens dangereux. Plutôt que de punir et d’interdire, chez nous, la réaction a été de sensibiliser le public sur la manière d’interagir avec les chiens, comme nous l’explique le cabinet de Bernard Clerfayt, ministre du Bien-être animal de la Région bruxelloise (DéFI). C’est à cette époque et suite à ces tragédies que Marie-Paule a été sollicitée pour la première fois afin de faire des interventions dans les écoles. Certaines structures font ce travail de sensibilisation sur l’interaction avec le monde animal de manière permanente. C’est le cas de la ferme pédagogique Maximilien.

La ferme Maximilien est surtout connue pour le parc qui lui est affilié et qui a, depuis 2016, accueilli de nombreux réfugiés et migrants en transit. Située à deux pas de la gare du Nord à Bruxelles, la ferme existe pourtant depuis 1987 et son projet n’a pas changé depuis sa création : sensibiliser petits et grands à tout ce qui touche à l’environnement. Un accent particulier est mis sur les interactions avec les nombreux animaux qui peuplent la ferme.

Entretien avec Alexandre Lefebvre, directeur de la ferme pédagogique Maximilien : 

 

La manière dont on approche un animal domestiqué est évidemment très différente de celle avec laquelle on approche un animal sauvage. Le travail de la ferme Maximilien concerne donc surtout l’approche des animaux domestiques, mais un accompagnement pour la sensibilisation à la faune sauvage dans les écoles est également effectué.

La place de la faune sauvage à Bruxelles
Halo de biodiversité au cœur de Bruxelles, la friche Josaphat à Schaerbeek offre un refuge à de nombreuses espèces. © D.R.

Le début de la crise Covid et les confinements de la population auront eu un impact important sur la nature. On se souvient des images historiques de Venise et ses eaux claires, du retour des animaux dans la plupart des centres-villes de la planète, de l’amélioration de la qualité de l’air, de la baisse de la pollution, d’autant plus flagrante dans les grandes mégalopoles. Une nature qui nous semblait en pause s’est alors remise en marche.

Depuis, même si la vie urbaine a plus ou moins repris son cours, une conscience environnementale semble s’être développée dans l’esprit des citadins. Encore aujourd’hui, les forêts et parcs sont pris d’assaut. Avec la privation, les citoyens se sont rendu compte de l’importance pour leur santé mentale de ces milieux naturels en pleine ville. D’autant plus quand les voyages à l’étranger sont encore interdits, ou fortement déconseillés.

On considère souvent Bruxelles comme une capitale très verte. On peut cependant se poser la question de la place de la nature et de la vie sauvage dans la capitale européenne, qui dispose d’un vaste panel d’espèces, résidentes ou de passage. Notamment grâce à divers espaces boisés, dont de plus grands domaines comme la forêt de Soignes. Les petits espaces verts dispersés dans l’ensemble de la ville permettent à de nombreuses espèces de vivre sur place et de devenir à leur tour de vrais « citadins ». C’est le cas des animaux communs comme les pigeons ou les corneilles. Mais on retrouve aussi des espèces plus rares dans d’autres grandes villes comme des perruches ou des renards. Dans ce contexte, l’un des atouts majeurs de Bruxelles est la friche Josaphat à Schaerbeek.

Ces endroits qui peuvent, au premier abord, laisser penser à des terrains abandonnés, se trouvent être en réalité des réservoirs de biodiversité extrêmement importants. Ils attirent, au cœur de la ville, une multitude d’espèces que l’on ne trouve autrement qu’en milieu rural. Ces espaces font plutôt office de lieux pédagogiques qui doivent être accompagnés de parcs « classiques », permettant aux Bruxellois d’apprendre d’un côté, tout en se dépensant de l’autre. La friche Josaphat permet, ainsi, aux diverses associations d’effectuer des médiations auprès de la population, afin de les sensibiliser sur les bienfaits de cette diversité.

Selon Benoit De Boeck, naturaliste et habitant du quartier, l’importance de cette zone est aujourd’hui comprise par les habitants. C’est d’ailleurs un point non négligeable de la crise sanitaire. Selon lui, de plus en plus de personnes viennent gonfler les rangs des diverses initiatives citoyennes proposant des plans de sauvegarde dans la ville. « Les gens se sont rendus compte que si des initiatives collectives comme la nôtre ne s’étaient pas battues pour sauvegarder ce lieu, il aurait été rasé pour le foncier, comme de nombreux autres ces dernières années  », explique le naturaliste, qui s’attelle désormais à sensibiliser les citoyens sur l’intérêt de protéger ces zones.

Un travail de longue haleine qui porte également ses fruits sur le plan politique. « La biodiversité est aujourd’hui connue et reconnue, ce qui est un changement de discours par rapport à avant, et c’est une bonne avancée », lance le naturaliste.

Cet engagement pour sensibiliser le grand public, Érik Étienne le connait. L’ancien pompier est aujourd’hui ornithologue. Il a créé le projet Groupe Moineaux en 2016. Selon ce passionné, certaines communes de Bruxelles bétonnent plutôt que de laisser place à la nature. Il demande aux Bruxellois de se questionner sur ce qu’ils désirent pour les futures générations. Pour lui, la réponse est qu’un signal d’alerte doit être lancé. Un signal qui ne peut prendre de la valeur qu’avec l’engagement des citoyens.

C’est pourquoi le Groupe Moineaux fait notamment de la sensibilisation et de la prévention auprès des jeunes et propose différentes activités, des conférences ainsi que des capsules thématiques. Des médiations importantes, car l’espace urbain peut avoir de lourdes conséquences sur la vie sauvage (réduction de l’espérance de vie des animaux, accidents, réduction de leur habitat naturel…) et sur la nature en elle-même. Érik Étienne plaide pour une « végétalisation », une résilience écologique qui redonnerait aux espèces végétales une plus grande importance. Cela entraînerait, par la suite, un retour des espaces animales.

Érik Étienne nous donne, Place de la Patrie à Schaerbeek, un exemple de la cohabitation entre la vie sauvage et l’humain.

 

Bruxelles pour le bien-être animal
Aria, 5 ans, un chat de gouttière névrosé adopté il y a 3 ans. © D.R.

La Belgique a depuis 1867 adopté une première législation pour la protection animale. Une législation qui a évolué avec l’intérêt grandissant de la population pour le bien-être des animaux. Pauline Lorbat, porte-parole de Bernard Clerfayt, ministre du Bien-être animal, note que cet intérêt s’est accéléré avec la crise sanitaire :

Le souci [de la protection animale] était déjà présent avant le Covid-19, mais les Bruxellois se sont d’autant plus impliqués pour l’amélioration du bien-être animal avec la crise sanitaire.

Un phénomène qui, selon elle, est corrélé avec la prise de conscience de l’impact des animaux dans le maintien du lien social. D’ailleurs, le cabinet a mené une campagne de communication dans les refuges et chez les vétérinaires pour sensibiliser la population au bien-être animal.

Au niveau de la législation, rien n’a fondamentalement changé depuis le Covid-19, seule une Convention d’accueil temporaire pour les propriétaires bruxellois d’animaux hospitalisés a été ajoutée. L’objectif ? Placer des animaux domestiques en accueil chez des particuliers pendant l’hospitalisation des propriétaires.

Législation du bien-être animal :

La Région bruxelloise possède un Conseil du Bien-être animal composé de 15 membres mandatés 5 ans par le gouvernement régional. Il est composé d’experts scientifiques, représentants d’associations de protection des animaux et refuges, d’ordre des vétérinaires et de la société civile.

Bien que Bruxelles ait son propre Conseil, la Région suit la Loi du 14 août 1986, relative à la protection et au bien-être des animaux de la Wallonie. Cependant, Bernard Clerfayt, ministre bruxellois du Bien-être animal, veut profiter de son mandat pour instaurer un code du bien-être animal. Il voudrait, ainsi, impliquer dans sa conception les secteurs concernés, la population et le Conseil bruxellois du Bien-être animal.

Comparé à d’autres villes d’Europe comme Duisburg en Allemagne qui a connu un boom considérable dans les adoptions des animaux, ce ne serait pas le cas pour Bruxelles. Le cabinet de Bernard Clerfayt n’a pas noté d’explosion d’adoptions ou abandons depuis le début de la crise Covid-19 : « C’est difficile de suivre ce genre de phénomènes parce que c’est assez aléatoire. Les chiffres varient d’un refuge à un autre et il y en a dix répartis dans tout Bruxelles. Les refuges nous tiennent seulement au courant des entrées et sorties des animaux d’année en année  », précise la porte-parole Pauline Lorbat. Un changement de tendance est tout de même à mentionner : la baisse des plaintes pour maltraitance animale depuis le début de la pandémie.

Made with Flourish
Crédits : chiffres du cabinet du ministre du Bien-être animal de la Région Bruxelles-Capitale et de Bruxelles Environnement

 

Serait-ce lié aux bienfaits des animaux sur la santé mentale ? A la zoothérapie ? Pauline Lorbat ne peut pas se prononcer pour le moment, car le cabinet ne s’est pas encore penché sur cette forme d’intervention impliquant une médiation animale. La prochaine étape sera d’encadrer légalement les fermes pédagogiques qui proposent des activités avec des animaux, mais qui ne se sont pas concernées par la loi. Elle reconnaît « que la période du Covid-19 a mis en exergue les bienfaits que les animaux peuvent apporter aux personnes isolées. »

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