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Les Mémoires du Petit-Château

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Les Mémoires du Petit-Château

Les Mémoires du Petit-Château

Publié le 23-03-2022 par , , , et

A Bruxelles, j’en ai vécu des choses en 169 ans.
J’ai vu défiler des vies, aujourd’hui, je vous raconte la mienne. Celle d’un immuable Petit-Château dans une ville mouvante.

Cet article a été rédigé avant les événements en Ukraine.

Au boulevard du Neuvième de Ligne, bordant le canal maritime de Bruxelles, on me surnomme le « Petit-Château ». Je suis aujourd’hui un lieu d’accueil, et les gens s’amassent devant ma structure imposante pour espérer y trouver refuge.  D’inspiration anglo-saxonne, j’arbore une architecture “néo-Tudor”. Mon histoire au bord de l’eau commence avant même l’indépendance de la Belgique. Je n’ai pas abrité de roi ou de reine, mais mon emplacement a appartenu à diverses familles nobles : les Boots, les Busleiden et finalement les d’Ansillon. Si mon futur proche ou lointain est encore incertain, mes nombreux souvenirs, encapsulés dans mes froids murs de briques, continuent de battre en moi. Mon premier destin ? Protéger le port de Bruxelles.

Chapitre 1 - Mes débuts militaires
Monument aux morts de la Première Guerre mondiale, boulevard de Dixmude, à deux pas du Petit-Château. © Anne-Laure Dufeal

Mon aventure ne débute réellement qu’après le rachat de mon terrain à la famille d’Ansillon par un gouverneur autrichien, en 1775, dans un but militaire. Mais c’est en 1810 que je sors de terre. La Belgique faisait alors encore partie du Premier Empire français et je sers de caserne pour les soldats. Je ne trouverai ma forme actuelle que quelques décennies plus tard, en 1852, grâce aux talents d’un architecte méconnu : Mathieu-Bernard Meyers. Sa relative obscurité s’explique assez facilement : il s’agissait d’un capitaine du génie des troupes, un haut-gradé spécialiste des techniques d’attaque et de défense des places et positions importantes, mais surtout un expert dans la construction des infrastructures nécessaires aux armées en situation de combat. En plus de ses connaissances en génie militaire, son amour pour l’Histoire le conduira à mener le projet de construction de cette nouvelle caserne dans ce style typiquement britannique. Il profitera de mes travaux de terrassement pour trouver des monnaies anciennes. Son intuition de mélanger différents styles historiques m’apportera un cachet presque unique, seulement réutilisé pour la caserne du château de Laeken, également œuvre de Meyers. On est loin du néoclassicisme belge, utilisé pour la toute première caserne de gendarmerie imaginée par Louis Spaak. Cette dernière est plus sobre, sans grandes fantaisies, dans un souci de pure fonctionnalité.

Style Néo-Tudor : Architecture très populaire dans le monde anglo-saxon durant la seconde moitié du XIXe Siècle et inspiré du style « Tudor » traditionnel, il se caractérise par divers éléments d’inspiration médiévale. Il arbore souvent des colombages d’apparat, c’est-à-dire des planches de bois décoratives présentes sur la façade, mais aussi des toits très pentus, de hautes fenêtres divisées par des meneaux et de hautes cheminées. Contrairement au style Tudor classique, très utilisé pour les maisons de campagne des premiers monarques de la dynastie Tudor (entre 1485 et 1560), le Néo-Tudor s’inspire davantage de la petite noblesse britannique de cette époque, avec des éléments plus rustiques et modestes. Le mouvement s’inspire également de la mouvance « Arts & Craft » du début du XXe Siècle, et compte les architectes Norman Shaw et George Devey comme principaux pionniers du style. Le Petit-Château fait donc office d’exemple contemporain à la période faste du Néo-Tudor, mais atypique puisque bâti en dehors du monde anglo-saxon et de ses anciennes colonies.

Mon esthétique suscite grandement le débat. Si les confrères architectes perçoivent Meyers comme un pionnier de l’architecture contemporaine, d’autres critiquent au contraire mon excentricité « inappropriée » pour un bâtiment relevant de ma fonction, appelant à la sobriété et la discrétion. Le roi Leopold II lui-même aurait tenu de tels propos : “Ce petit château style prison, que Meyers aime ne saurait en aucun cas obtenir mes suffrages; il nous faut quelque chose de massif et de grandiose rappelant le champ de Mars et l’École militaire de Paris.”

Les années passent, mais mon apparence change peu. Me voici en 2022 et 1978 :

 

Je vais alors connaître beaucoup d’occupants, tels que des carabiniers et des fusiliers, généralement pour des séjours de courte durée. Les premiers resteront une trentaine d’années, jusqu’en 1894, avant de partir pour une caserne plus moderne et fonctionnelle. Le Neuvième régiment d’infanterie de ligne, qui donnera son nom au boulevard où je me trouve, restera caserné jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, mais le prestige de mes murs et de mes tours ne suffisent pas à combler les conditions austères, voire vétustes, à l’intérieur de l’édifice. Les ministres de la guerre et les médecins militaires s’inquiètent de l’hygiène affectant les soldats, faisant face à diverses épidémies et conditions insalubres. Peu à peu, les occupants me désertent, et je serai bientôt utilisé à d’autres fins moins glorieuses.

 

Chapitre 2 - La prison et la caserne
La façade de l'ancienne caserne du Petit-Château en 1978. © urban.brussels (www.monument.heritage.brussels)

De logement pour les militaires, je passe au logement pour détenus. Mon enceinte accueillera d’abord des prisonniers, puis des individus suspectés de collaboration au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Celles et ceux que l’on appelait « inciviques » sont restés parfois longtemps après la fin du conflit, jusqu’en 1951. Mais après un peu moins d’un siècle passé en tant qu’établissement carcéral, ce sont les militaires qui m’ont à nouveau accordé une nouvelle vie. De 1951 à 1986, je deviens Centre de Recrutement et de Sélection (CRS) pour l’Armée belge, où les jeunes hommes sont sélectionnés pour ensuite passer leurs fameux « trois jours », la courte période précédant le service militaire obligatoire. Cette préparation au service s’apparente à une visite médicale, accompagnée de tests psychologiques et d’aptitude intellectuelle. La visite s’achevait par une discussion avec un officier-orienteur, dont la tâche imposait de rediriger ces hôtes éphémères vers le service qui leur correspond le plus.

Christian Guilmin se souvient encore de moi aujourd’hui : 

Christian Guilmin, à l’âge de 18 ans – © D.R.

Chapitre 3 - Le Petit-Château de cartes
Entrée secondaire du Petit-Château par laquelle les demandeurs d'asile non-résidents espèrent obtenir refuge, rue de Passchendaele. © Anne-Laure Dufeal


Depuis 1986, nombreuses sont les personnes qui transitent entre mes murs chaque jour, ou qui espèrent pouvoir le faire. Des dizaines, parfois des centaines de demandeurs d’asile journaliers y font une halte ne dépassant que rarement une semaine. Mes allures de forteresse servent désormais de centre d’accueil Fedasil, où se trouvent également leurs locaux. En effet, depuis 2018, mon armature de briques n’est guère plus qu’un portail vers d’autres centres. Avant cela, je faisais partie des 28 centres d’accueil fédéraux, dont j’étais le principal et le plus grand. Aujourd’hui, je suis le seul point d’entrée pour les demandeurs d’asile, faisant de mon enceinte un passage obligé pour toute personne voulant trouver refuge en Belgique. L’Office des étrangers a également déplacé ses locaux en mon sein, justifiant la transformation de ma fonction en un pôle administratif et plus seulement social. Il faut dire aussi que l’actualité international amène bien du monde près du canal de Willebroek. D’autres centres manquent de place, avec un taux d’occupation de 97%. Fedasil affirme que la hausse des demandes d’asile en Belgique, le rallongement de la durée de séjour dans les centres-mêmes, mais aussi la réinstallation de réfugiés syriens et afghans expliquent tant ce manque de place que ces déplacements nombreux.

Chiffres clés 2021 Fedasil : Les principaux pays d’origine des demandeurs d’asile.



Si j’ouvre mes portes dès huit heures du matin, de nombreux visiteurs viennent aux petites heures de la matinée ou tard dans la nuit, quitte à braver le froid. Deux files se forment alors devant moi : l’une composée de familles, prioritaires vis-à-vis des places disponibles dans l’ensemble des centres du pays. Et une autre file composée d’hommes ayant accompli leur périple en solitaire. Ces derniers ne sont pas prioritaires. Et avec des places toujours plus précieuses, il devient compliqué de proposer un centre approprié à ces hommes seuls, ralentissant encore l’avancement de leur dossier. Seule solution : attendre, dans des délais aléatoires, pour pouvoir bénéficier des places restantes. Et il n’y en a pas pour tout le monde.

J’essaye de reprendre mes droits et ma liberté.

Moussa a pu trouver une place chez moi, cela fait trois semaines qu’il est au centre. Mais sa place n’est que provisoire. Il raconte ce qui l’a amené ici, et ce qu’il attend de l’avenir, avec un certain optimisme :

« Je viens de Mauritanie. Je suis arrivé à Bruxelles, car il y a trop de problèmes là-bas : il n’y a pas de droits, pas de justice, il n’y a rien. On vit le racisme et je suis venu dénoncer ce qu’il se passe dans mon pays, ce que les noirs vivent sur place. J’essaye de reprendre mes droits et ma liberté. Je ne sais pas encore ce qu’ils vont décider, je ne sais pas combien de temps il me reste au Petit-Château… Les gens restent parfois deux mois. Mais ici, je suis tranquille. Il y a tellement de nationalités, c’est un avantage pour moi parce qu’au moins on est ensemble. On se comprend et j’ai confiance pour la suite. »

Le temps d’avoir une réponse dépend, à chaque fois, du pays, de la situation…Mais il faut attendre pendant des mois, voire des années.

Une autre demandeuse d’asile, préférant rester anonyme, s’est également présentée devant mes portes cette semaine. Elle venait pour sa sœur :

« On vient d’Arménie. Cela fait sept ans que je suis en Belgique, et c’est la première demande pour ma sœur. Tout passe par le Petit-Château , après on nous envoie vers l’Office des Etrangers, on fait des interviews, on raconte comment on est venu… On nous envoie ensuite vers le Commissariat Général. Le commissaire va nous poser toutes sortes de questions et après quelques mois on reçoit une réponse négative ou positive. Le temps d’avoir une réponse dépend à chaque fois du pays, de la situation… Il faut attendre pendant des mois, voire des années. Cela peut même aller jusqu’à trois ans. » 

En cas de réponse négative, d’autres possibilités existent, mais elles sont longues et souvent contraignantes. La jeune femme poursuit :

« Si le Commissariat général nous donne une réponse négative, on peut faire un recours contre la décision de Fedasil. On a besoin d’un avocat pour nous défendre, et pour avoir une réponse, cela peut aussi prendre des semaines. Il existe trois possibilités : soit le juge va annuler la décision du Commissariat général, soit octroyer des documents favorables s’il pense que le Commissariat général n’a pas été juste avec le demandeur d’asile, et soit il peut tout simplement refuser de nous accorder l’asile. Si l’avocat pense que c’est un bon dossier, il peut lui-même faire un recours contre la décision du tribunal auprès du Conseil d’Etat. C’est vraiment la plus haute autorité judiciaire.”

On a des points d’attention tout particuliers envers les personnes qu’on considère comme vulnérables, par rapport  à des dossiers médicaux, ou à des dossiers plus psychologiques, des personnes qu’on sent « fragiles ».

Mais il n’y a pas que les demandeurs d’asile qui foulent ma cour chaque jour. L’équipe de Fedasil est également présente, et ses membres ont également des choses à dire. Clara est accompagnatrice de vie quotidienne, elle est présente au plus près des résidents et leur apporte son soutien. Elle évoque son métier, aux allures de mission : « On a des points d’attention tout particuliers envers les personnes qu’on considère comme vulnérables, par rapport  à des dossiers médicaux, ou à des dossiers plus psychologiques, des personnes qu’on sent « fragiles ». Comme il y a énormément de résidents, on essaye de se focaliser sur des personnes qui ont besoin de plus d’aide, et on en découvre un peu tous les jours, parce qu’il y a une forte saturation au niveau de l’accueil. Normalement on devait avoir quelques chambres d’urgence, elles sont déjà toutes pleines. Au niveau des centres d’accueil, à l’extérieur du Petit-Château, c’est aussi saturé au niveau des places. En moyenne, les résidents sont censés rester au Petit-Château dix jours. A la base c’était trois, maintenant on voit qu’il y a des personnes qui restent un mois, un mois et demi, deux mois, parfois trois. C’est très long, ce qui fait que parfois leur santé mentale peut s’aggraver. Surtout qu’on n’est pas dans des conditions pour garder des gens aussi longtemps. Par exemple, il n’y a que deux psychologues pour tout le centre, à savoir sept-cents résidents, donc il y a un décalage. Du coup, les personnes de première ligne comme nous, les accompagnateurs de vie quotidienne ou les assistants sociaux, doivent prendre en charge ces situations qui amènent souvent à des crises. »

Réfugié : personne ayant fui son pays dû à un risque réel de persécution et de violations de ses droits humains. Les risques pour sa sécurité et/ou son intégrité sont perçus comme tellement importants qu’elle n’avait d’autre choix que de quitter son pays d’origine, généralement parce que son propre gouvernement ne peut ou ne veut pas la protéger de ces dangers. Les réfugiés bénéficient du droit international à la protection.

Demandeur d’asile : personne ayant fui son pays et cherchant à se protéger des risques de persécutions et de violations de ses droits humains au sein de son propre pays, mais qui ne bénéficie pas encore du statut de « réfugié ». Elle attend donc une réponse, positive ou négative, vis-à-vis de sa demande d’asile. Demander l’asile est un droit humain, ce qui signifie que toute personne est autorisée à se rendre dans un autre pays dans l’espoir d’y trouver refuge.

N.B. : ce terme a été officiellement changé en 2018 par « demandeur de protection internationale ». « En Belgique, la demande de protection internationale concerne tant les réfugié-e-s que les bénéficiaires de protection subsidiaire. »

Migrant : personne résidant pour une longue durée dans un pays autre que le sien et qui n’est ni demandeuse d’asile, ni réfugiée. Les raisons peuvent être professionnelles, familiales voire scolaires. D’autres circonstances comme la pauvreté, une débâcle politique, la violence ou des catastrophes naturelles peuvent aussi conduire les personnes à la migration.

Source : Amnesty International 

Chapitre 4 - La fresque de l'Humanité
Fresque de l'Humanité peinte par Domingo Huaman Penaloza lors de son séjour au Petit-Château entre 2000 et 2006. ©Benoît Vrins

Des profils très différents, et des personnalités qui le sont tout autant, se déplacent en permanence dans mes allées. Parmi celles ayant laissé des souvenirs entre mes murs, il y a l’artiste péruvien Domingo Huamán Peñaloza, et sa fresque de 1200m². Il y consacrera quatre années sur les six passées au sein du centre de Fedasil. L’historienne Anne Morelli, qui a co-dirigé « Le Bruxelles des révolutionnaires« , ouvrage auquel l’artiste a participé, témoigne de son passage : « Il y avait cette immense mur blanc à côté de très grands escaliers. Il avait l’idée d’en faire le support d’une œuvre. Alors il a demandé aux assistantes sociales de faire l’intermédiaire avec la direction du Petit-Château, qui après un certain temps a donné son accord. C’est donc la direction qui lui a payé la peinture. […] Comme il était Sud-Américain et réfugié politique, il a voulu en faire une œuvre politique à la manière des fresquistes mexicains. »

En avril 2000, j’ai entrepris l’œuvre. Ce qui suit, c’est ce qui existe maintenant, c’est l’utopie devenue réalité.

Cette œuvre, baptisée « Los Murales de la Humanidad » et divisée en trois parties, raconte les grands événements de l’histoire de l’Humanité : de l’origine de la Vie jusqu’à l’invention des techniques modernes, y compris les plus destructrices telle que la bombe atomique. Mais elle parle aussi du problème universel des injustices telles que les minorités réprimées, la pauvreté ou l’inégalité d’accès à la santé ; pour finir avec un regard d’espoir sur le monde de demain. La fresque colossale s’étale sur trois étages, dans l’aile gauche du bâtiment, et des textes explicatifs peints à même le mur contextualisent le travail de M. Huamán Peñaloza. Son œuvre se range dans le mouvement « muraliste », un style originaire du Mexique des années 1920, où de grandes fresques murales bariolées livraient également un message didactique. Beaucoup de réfugiés politiques sud-américains ont rejoint Bruxelles lors des périodes de coups d’État dans cette région du monde : « Le Brésil, l’Uruguay, le Chili… Tous ces pays ont été l’objet d’un coup d’État. Un certain nombre de gens s’y sont échappé et ont pu être réfugiés. Domingo en faisait partie, et son œuvre est une invitation à la réflexion sur la situation sociale, politique et économique de ces pays », rajoute Anne Morelli.

La fresque représente, en trois parties, les grands événements de l’Humanité, le problème universel des injustices et des propositions pour un monde nouveau. © Benoît Vrins

 

Domingo Huamán Peñaloza est un peintre péruvien originaire de Bolivie aux travaux remplis de couleurs. Il a beaucoup travaillé les thématiques des populations indigènes, notamment de sa Bolivie natale ou de son Pérou d’adoption, en représentant leurs souffrances aux mains des colons espagnols. Son style s’inspire, entre autres, des travaux de Frida Kalho et Diego Rivera. Son attrait pour les civilisations pré-colombiennes se prolonge dans la représentation des injustices frappant notamment les plus démunis. Il est titulaire d’un doctorat en philosophie de l’UNED de Madrid et donne des séminaires de philosophie à la Sorbonne.

“Séjournant et observant au Petit-Château, j’ai compris que les murs de ce bâtiment étaient un espace perdu comme des pages blanches tristes et froides. Cette réalité spatiale m’a fait sentir que c’était ici que je devais faire un mural qui représenterait les problèmes douloureux de l’Humanité. J’ai commencé les premières esquisses en novembre 1999, mon projet a été accepté, et le PC s’est engagé à acheter le matériel, c’est-à-dire peinture, acrylique et pinceaux. En avril 2000, j’ai entrepris l’œuvre. Ce qui suit, c’est ce qui existe maintenant, c’est l’utopie devenue réalité. Cette œuvre est le fruit d’un travail quotidien de dix ou douze heures par jour (y compris le samedi, le dimanche et les jours fériés) durant quatre années et huit mois.” (Extrait du livre «Le Bruxelles des révolutionnaires de 1830 à nos jours», Domingo Huamán Peñaloza, CFC Editions, 2016)

Cette fresque n’est cependant pas accessible au grand public. Le bâtiment étant habité de surcroît, il paraît compliqué de poser ses yeux sur le travail colossal de l’artiste. Il faudra se contenter des quelques photos prises par les visiteurs du centre afin d’admirer la multitude de symboles et de détails dont nous gratifie Domingo Huamán Peñaloza. Et de profiter des leçons que l’artiste tente de nous enseigner. 

 

Chapitre 5 - Ceci n'est pas un épilogue
Entrée principale du Petit-Château qui se trouve au bord du canal maritime de Willebroek. © Anne-Laure Dufeal

Mon futur est aujourd’hui incertain. Où est-ce que je serai demain ? Et quelle sera mon identité ? Je ne le sais pas moi-même. Mais on en parle beaucoup autour de moi, notamment Mme Sieghild Lacoere, porte-parole du secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Sammy Mahdi (CD&V) : “Il n’y a pas assez de locaux et on manque de places. Le Petit-Château n’a pas été bâti pour servir de centre d’accueil, et il faut trouver une solution afin d’offrir un endroit proposant de meilleures conditions de travail pour le personnel. Nous n’avons toutefois pas encore finalisé d’accords avec la Ville. Un déménagement est prévu, mais on ne peut pas encore donner de dates. »

Mais qu’adviendra-t-il de moi si Fedasil poursuit ses actions ailleurs?

Le Petit-Château n’a pas été bâti pour servir de centre d’accueil

Une vente, peut-être ? Je ne suis plus de première fraîcheur, et un certain délabrement combiné à la surpopulation du lieu pourrait pousser la ville de Bruxelles à me recycler, selon un reportage de BX1. C’est néanmoins cette dernière qui a bloqué les premières pistes de solutions avancées par le gouvernement fédéral. L’hôpital militaire Reine Astrid aurait pu accueillir Fedasil mais la Ville ne jugeait pas le lieu apte à remplir les mission de l’Agence fédérale. Celle-ci entend quitter mes murs sitôt qu’elle trouvera un endroit plus approprié, avec ou sans vente.

En complément de la fresque de Domingo Huamán Peñaloza, l’idée d’un musée est également mise sur la table. Dédié à l’immigration, il pourrait compléter celui de Molenbeek, espace muséal privé ouvert fin 2019. « La transformation de cet espace ou d’une partie de ce bâtiment en un lieu qui fait le lien entre Bruxelles et son histoire liée à la migration serait un symbole puissant », estimait le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS), dont les propos sont rapportés dans un article de la RTBF.

Ce musée parlerait même des migrations au pluriel. Celles plus anciennes, des Italiens et des Espagnols par exemple. Les plus récentes de Syriens et d’Afghans. Mais les freins au projet ne sont pas que logistiques. Outre la relocalisation du centre Fedasil, il faut également me racheter, me rénover, puis m’adapter à cette nouvelle mission. Cela impliquera aussi des permis, des moyens financiers et pas mal de créativité.

Marianne Puttemans, professeure d’Histoire de l’Architecture à l’ULB, ne manque pas d’idées pour mon futur :

 

Une immersion réalisée par BX1, début février, annonce d’autres perspectives. Je pourrais accueillir une crèche, ou bien des logements privés mais rien encore acté. Il y a encore du pain sur la planche pour m’assurer un avenir et ainsi préserver près de 250 ans d’histoire.

#asile #Bruxelles #migration #petit-château

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