Focus sur la sécurité sociale belge avec Bruno Wattenbergh

Capture d'écran d'une vidéo Youtube de la Sécurité sociale française
24-02-2016   Décodage
La protection sociale belge est parmi les plus puissantes du monde, il assure la population contre les aléas de la vie qui pourraient les frapper. Mais avec la crise économique, ce système a été mis à contribution comme jamais auparavant. Est-il encore viable ? Tentative de réponse avec Bruno Wattenbergh.

Avant toute chose, il apparaît utile d’expliquer simplement ce qu’est la protection sociale. Ce système s’est construit par étapes sur près d’un siècle et demi en Belgique, comme nous le montrons à la fin de notre article ( Article 1) et peut alors sembler un peu nébuleux pour qui ne s’est jamais posé la question de sa nature.

Qu’est-ce que la protection sociale ?

Protection et sécurité sociale, des appellations qui paraissent simples mais dont nous ne comprenons pas toujours les mécanismes. La sécurité sociale est en réalité une des composantes de la protection sociale qui elle-même représente l’ensemble des mécanismes de prévoyance collective qui permettent aux individus de faire face aux aléas de la vie.

La sécurité sociale d’un pays comme la Belgique se fonde sur un principe clef, celui de la solidarité. Très schématiquement, il faut s’imaginer une grande caisse dans laquelle, les travailleurs, les entreprises et l’État versent de l’argent. Cet argent est ensuite redistribué (d’où les appellations de « système redistributif » de la sécurité sociale) aux gens qui en ont le plus besoin, soit parce qu’ils n’en gagnent plus eux-mêmes pour subvenir à leurs besoins (chômage, maladie, etc).

En bonus : deux petites vidéos expliquant les principes de la sécurité sociale et de la protection sociale (en France mais la théorie est semblable en Belgique, les noms changent mais l’idée est très similaire).

La sécurité sociale : un système obsolète ?

Bruno Wattenbergh : «  La plupart des systèmes de solidarité sont construits sur un ancien modèle. Un modèle financé par le travail et dans des conditions de plein-emploi qui ne sont plus d’actualité. Avec le vieillissement de la population et une contraction des recettes de la sécurité sociale, à partir du moment où il y a une crise et que ces recettes sont ponctionnées principalement sur les revenus du travail, cet amortisseur (très bon au niveau social) devient mauvais au niveau économique. Il empêche une certaine flexibilité qui, notamment, ferait baisser les salaires et participer donc à la santé économique et à la compétitivité des entreprises. Il faut maintenant pouvoir envisager une modernisation de ces systèmes de sécurité sociale ».

Le problème touche donc en réalité aux questions de financement de la sécurité sociale, poursuit M. Wattenbergh. Il y a dans nos sociétés de plus en plus de personnes qui ne travaillent pas ou ne sont pas employables (chômage, défaut de formations, incapacités ou encore augmentation du nombre de personnes retraitées) ce qui pose à la fois des problèmes économiques et des problèmes sociaux. Économiquement, les entreprises ne trouvent pas/plus les profils dont elles ont besoin (notamment parce que la formation en Belgique ne suit plus la cadence). Socialement, moins il y a de gens qui travaillent, moins la sécurité sociale est financée, et donc elle arrivera à un point limite où elle ne pourra plus suivre.

« Il faudrait, idéalement, augmenter considérablement le taux d’activité (plus de créations d’emplois et plus de créations d’entreprises) pour financer la sécurité sociale. Il faut une réforme. Et la question est importante ici pour le PS, stratégiquement doit-il être le résistant ou le réformateur » ?

L’éditorialiste économiste poursuit donc en revenant sur les propos tenus par M. Elio Di Rupo (dont nous analysons la teneur dans l’article «  Di Rupo :  » La protection sociale belge a atténué les effets de la crise ». Une réalité ? » ». Certes ce que M. Di Rupo dit sur le rôle prépondérant de la sécurité sociale dans l’atténuation des effets néfastes de la crise est tout à fait vrai, mais ce serait mettre de côté certains problèmes qui n’ont pas été réglés à l’époque de l’ancienne législature (le gouvernement Di Rupo). « Dans les difficultés de composition du gouvernement à l’époque (NDLR : épisode des 500 jours sans gouvernement et de la crise politique belge de 2010-2011), on a évité la mise en place de réformes nécessaires, alors que de nombreux pays européens ont réformé leurs systèmes de solidarité vers un « filet plus léger », ce qui n’a pas été fait en Belgique ».

Quels sont les avantages et spécificités de notre système ?

La Belgique a conçu un fort filet de protection sociale. Les salaires, comparativement aux pays voisins ne sont pas si élevés, mais si l’on prend le système dans son ensemble (avec toutes les redistributions, ce qui est donné en allocations ou pris en charge par l’état) et que l’on analyse le salaire poche, alors là on voit qu’il est très important. Tout cela profite à tout le monde, mais aussi et surtout aux plus faibles (sans occulter évidemment le taux de pauvreté toujours trop élevé, cela reste une donnée importante à prendre en compte).

Bruno Wattenbergh donne comme exemple l’ensemble des allocations familiales en Belgique qui sont très importantes, ou encore la quasi-gratuité (relative certes, mais plus réelle qu’ailleurs) de la scolarité en Belgique, notamment comparativement à la France. «  L’inscription à l’université en France, de même que le coût du logement pour les étudiants rendent l’inscription au niveau supérieur quelque peu rédhibitoire en France ».

La sécurité sociale en quelques chiffres

Si on analyse les dépenses de la sécurité sociale, on retrouve sept grands pôles : les allocations en cas de maladie, les allocations de chômage, les allocations en cas d’incapacité de travail pour maladie ou invalidité, les allocations en cas de maladies professionnelles, les allocations en cas d’accident du travail les prestations familiales ,et enfin les pensions.

Parmi ces différentes dépenses, retenons les trois plus importantes : celles consacrées aux soins de santé et indemnités arrivent largement en tête avec plus de 45 % du budget total. En deuxième position, on retrouve les pensions, qui utilisent près de 29 % des dépenses. On remarque donc que près de trois quarts des dépenses attribuées par la sécurité sociale sont destinées aux soins de santé et aux pensions. Le chômage n’arrive lui qu’en troisième position, avec seulement 10 % du budget total de la sécurité sociale.

Répartition du financement de la sécurité sociale en 2014 (en millions d’euros)
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Donut de répartition du financement de la sécurtié sociale (2014)
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Comme on l’observe, le chômage (et donc les chômeurs) ne représente qu’une minorité du budget total de la sécurité sociale, et de ce fait, ne met en aucun cas cette dernière en danger.

Thomas Bausier et Olivier Blondeau

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