La trêve en Syrie : Dmitri Medvedev exagère-t-il ses propos ?

Dmitri Medvedev lors de la conférence de Munich le 12 février dernier. Crédit : Flickr
17-02-2016   Décodage
Dmitri Medvedev, premier ministre russe, représentait la Russie lors de la conférence de Munich le 12 février dernier. En bon représentant, il n’a pas hésité à crier haut et fort la nécessité d’une collaboration militaire entre les Occidentaux et son pays afin de cesser les hostilités et permettre un accès humanitaire aux villes assiègées sur le territoire syrien. « Si nous ne parvenons pas à nous unir, la guerre en Syrie sera sans fin », déclare t-il. Et pourtant, les bombardements russes ne cessent d’augmenter depuis. Les russes seraient-ils entrain de faire capoter l’accord ?

Passons au crible deux propos forts tenus par Dmitri Medvedev lors de cette conférence.

« Il n’y a pas de bombardements russes contre les civiles même si tout le monde nous en accuse. Ce n’est tout simplement pas vrai »

FAUX 

Les preuves sont difficiles à réunir et la Russie ne se gêne pas pour se dissimuler derrière le manque d’informations. Dmitri Medvedev utilise en quelque sorte un vocabulaire qui essaye de déshumaniser un conflit. De plus, il affirme clairement la position de la Russie face aux accusations. Didier Leroy, membre du conseil d’administration de Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient, illustre les faits de manière très claire : « On pourrait s’acharner à trouver des preuves mais à ce moment-là on déclencherait une vague d’enquêtes sur les russes. Les russes se lanceraient alors à leur tour dans des enquêtes à l’encontre des américains et réussiraient à trouver des civils tués par ces derniers.  Les guerres ne sont jamais propres. Il y aura toujours une sorte de vernis pour justifier les actions. On essaye de neutraliser le vocabulaire, c’est de la rhétorique politique. »

Seulement trois jours après la conclusion des négociations, une cinquantaine de personnes ont été tuées après des missiles tirés sur des hôpitaux et des écoles, dont un hôpital géré par l’organisation Médecin Sans Frontière (MSF). L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a déclaré que les frappes survenues contre des hôpitaux et des écoles étaient vraisemblablement russes.

A lire aussi : Ecoles et hôpitaux bombardés en Syrie, l’espoir d’une trêve s’éloigne 

« On peut dire les choses plus clairement : nous avons glissé dans une période de nouvelle guerre froide »

EXAGERE

Il est toujours facile de rattacher le conflit à des choses encore plus dramatique. Quelques jours avant la conférence, Dmitri Medvedev s’entretien avec le quotidien économique allemand Handelsblatt et va encore plus loin en parlant « d’une nouvelle guerre Mondiale ». Il insiste sur le fait que « toutes les parties doivent être contraintes de s’asseoir à la table de négociations plutôt que de déclencher une nouvelle guerre mondiale ». Or, comme nous le savons, dans le contexte actuel, les américains et les russes ne sont pas main dans la main. Didier Leroy ajoute « qu’avant d’être un affrontement américano-russe, les deux cas affiliés à deux affrontements primordiaux sont d’une part l’Iran et l’Arabie Saoudite et d’autre part, la Russie et la Turquie qui sont véritablement à couteau tiré. »

« Nous sommes poussés vers l‘époque de la guerre froide au moment où la coopération était tout particulièrement importante » tweet de Dmitri Medvedev.

A lire aussi : Dmitri Medvedev : « La question de la Crimée est réglée pour toujours »

Joanna Marchi et Arthur Drouart

Ecole Universitaire de Journalisme de Bruxelles - ULB © 2020