BHL, chef d’orchestre de la communication

Bernard-Henri Lévy lors d'une conférence au PEN American Center en 2008 (crédits photo : Beowulf Sheehan)
17-02-2016   Décodage
Le très controversé Bernard-Henri Lévy (BHL) est de retour sur les plateaux télé. Dans le cadre de la sortie de son dernier livre intitulé L’Esprit du Judaïsme, le philosophe a, une fois encore, défrayé la chronique. Retour sur la stratégie de communication d’un homme qui n’a pas fini de nous intriguer.

Si l’on en croit sa page Wikipédia, BHL est philosophe, écrivain, éditorialiste, dramaturge, chroniqueur… et la liste n’est pas exhaustive. En réalité, BHL est avant tout un excellent communiquant. Surnommé l’homme aux chemises blanches, il aime exposer sa vision du monde, que d’aucuns qualifient de manichéenne. Pourquoi un homme tant décrié jouit-il d’une telle visibilité dans les médias ? Difficile à cerner, BHL est un personnage qui a notamment fasciné Jade Lindgaard et Xavier Delaporte, tous deux journalistes. Ensemble, ils ont rédigé Le B.A.BA du BHL, véritable manuel de décryptage du philosophe. Pour mieux comprendre le succès médiatique de BHL, nous avons analysé pour vous sa stratégie de communication.

Comment expliquer que BHL bénéficie d’une large couverture médiatique ?

BHL n’est pas journaliste, mais il a réalisé de nombreux reportages et livre régulièrement son analyse sur l’actualité, notamment sur des faits de politique internationale. Très présent dans les médias francophones, « il incarne la figure du philosophe médiatique venu décrypter l’information », précise François Heinderyckx, professeur de communication à l’Université Libre de Bruxelles. Adepte de la stratégie de la petite phrase, BHL choque délibérément par ses tournures de phrase, largement relayées par les médias. C’est ainsi qu’il déclara sur la chaîne d’information Al Jazzera « Il sera désormais très compliqué de faire des fellations aux dictateurs arabes », et ce en plein Printemps Arabe. Dans un style plus incisif encore, Donald Trump multiplie lui aussi les phrases chocs qui seront systématiquement reprises par les médias. Si BHL est autant présent dans les médias, c’est sans doute parce qu’il est ce que les journalistes appellent « un bon client », c’est-à-dire un personnage qui attire le public.

BHL sur la chaîne d’information Al Jazzera

BHL doit-il nécessairement tenir des propos choquants pour faire le buzz ?

Les médias sont aujourd’hui tributaires de la logique d’audience : pour (sur)vivre, ils doivent générer un certain trafic autour de leurs productions journalistiques. Dès lors, les journalistes sont à la recherche de la petite phrase assassine, celle qui suscitera des réactions. A ce sujet, François Heinderyckx stipule : « Cela ne déplait pas à BHL de choquer, il sait que la polémique créé le buzz. On le fait venir dans une émission pour dégoupiller des grenades ! ». Loin de décrédibiliser le philosophe, la stratégie de la petite phrase semble au contraire expliquer sa longévité dans les médias. D’après François Heinderyckx, cette technique de communication s’inscrit dans une tradition française. Contrairement aux personnalités Américaines, le philosophe médiatique BHL apporte toujours un complément d’information après avoir énoncé la phrase-choc. La communication de BHL s’inscrit indéniablement dans une logique de selfbranding.

Ses prises de position politiques s’inscrivent-elles dans sa stratégie de communication ?

Lorsque Nicolas Sarkozy était au pouvoir, BHL s’est affiché à ses côtés pour soutenir l’intervention militaire de la France en Lybie. Cet exemple illustre l’obsession du philosophe d’être sur le devant de la scène : il souhaite être acteur de la politique étrangère de la France. Sûr de son influence, BHL profite de son statut d’intellectuel pour souffler des conseils à la classe dirigeante. « Il a très bien compris le rapport entre le politique et les médias. Agissant parfois dans l’ombre, loin des médias, BHL n’hésite pas à rencontrer des personnes influentes à l’étranger, sans aucun mandat politique », explique François Heinderyckx. Le philosophe peut parfois faire figure d’électron libre, incontrôlable, pouvant représenter un danger pour la sûreté nationale. En mêlant action politique et philosophie, BHL tente de raviver le rôle originel du philosophe.

Carte interactive des engagements politiques de BHL à l’étranger :

En quoi les interventions médiatiques de BHL constituent-elles un apport à la société ?

BHL peut être défini comme un philosophe médiatique, en opposition aux philosophes académiques, rarement présents dans les médias. Caractérisé par ses prises de position très tranchées, il endosse le rôle du pédagogue et joue le rôle d’intermédiaire entre la sphère intellectuelle et le grand public. En effet, BHL tente de vulgariser des concepts philosophiques abstraits pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Le caractère laconique – voire simpliste – de ses interventions, largement critiqué par les philosophes académiques, participe à la formation de sa stratégie communicationnelle. François Heinderyckx s’accorde à dire que BHL trouve sa légitimité sociale précisément là où les « vrais philosophes » voient un pseudo-philosophe autoproclamé, si ce n’est un usurpateur : « C’est un pédagogue extraordinaire par la façon dont il arrive à vulgariser des faits complexes. »

Comment expliquer que la mauvaise presse dont souffre BHL ne nuisent pas à la qualité de sa communication ?

La manie qu’a BHL de réagir sur tout, c’est peut-être simplement sa manière d’exister. D’après le professeur François Heinderyckx, une communication, qu’elle soit bonne ou mauvaise, reste une forme de communication et lui assure une place sur le devant de la scène. BHL pourrait illustrer l’adage « peu importe qu’on parle de moi en bien ou en mal, tant qu’on parle de moi ! ».

Eugenie Herbreteau et Robin Poncelet

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