Harcèlement de rue : la loi contre le sexisme est-elle juste un symbole ?

17-02-2016   Décodage
L’harcèlement  de rue est un problème prioritaire pour des nombreuses femmes. En Belgique, une loi a été adoptée pour y remédier mais quel est son impact dans la réalité ?

©PHOTOPQR/LE PARISIEN ; ILLUSTRATION RER B / SAINT DENIS / GARE DE LA PLAINE - STADE DE FRANCE (18 HEURES) (MaxPPP TagID: maxstockworld297953.jpg) [Photo via MaxPPP]

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« Il est important de se rendre à la police et de porter plainte. Si l’auteur est identifié, il risque une amende de 50 à 100 euros et une peine d’un mois à un an  ». Violaine Jadoul, journaliste sciences et santé chez Le Soir. 

VRAI

Joëlle Milquet, ex-ministre de l’intérieur, a fait adopté une nouvelle loi contre le sexisme  : « tout geste ou comportement, qui a manifestement pour objet d’exprimer un mépris à l’égard d’une personne, en raison de son appartenance sexuelle, ou de la considérer comme inférieure ou de la réduire essentiellement à sa dimension sexuelle, ce qui porte une atteinte grave à sa dignité ».  La loi prévoit de sanctionner  l’incitation et le fait de commettre la discrimination. Mais combien de femmes ont subi un harcèlement physique ou verbal à Bruxelles ? Portent-elles plainte ?

Selon un sondage par mademoizelle.com, 95 % des femmes ont subi par un harcèlement physique, verbal ou les deux dans les espaces semi-publics et publics. 602 472 femmes vivent à Bruxelles et 85 dossiers déposés pour des faits d’harcèlement de rue. Nous pouvons constater qu’en comparant ces données, seul 0,01 % des femmes porteraient plainte. Parmi ces 85 dossiers seuls 30 dossiers ont été traités et clôturés. Ces dossiers ont donné lieu à une amende de 50 à 125 euros. Ces chiffres restent minimes parce que les femmes ne vont pas porter plainte. David Quinaux, porte-parole de la police de Charleroi, explique « Une femme qui va être victime d’un comportement sexiste va peut-être avoir difficile à apporter des témoignages qui viendraient appuyer sa plainte ».   

Certaines associations pointent le « manque de prise en charge » par les forces de l’ordre, « certains policiers disent aux femmes qu’il n’y aura pas de suite après leur plainte » précise Clara Gonzales d’Osez le Féminisme.

« Je pense que les injures sexistes en rue sont une spécialité belge ! Et la palette en la matière est large. Cela va de la drague lourde en rue, en passant par les commentaires des automobilistes aux carrefours. C’est un phénomène qui aujourd’hui est accepté, nous n’en parlons d’ailleurs plus entre filles  » Julie R., co-directrice de Hollaback.

FAUX

Le harcèlement de rue est un phénomène de société qui touche le monde entier. Nombreux sondages internationaux montrent que 65 % des femmes ont subi un harcèlement physique, 23 % ont subi un harcèlement sexuel, 20 % ont été suivies dans la rue par des hommes et 9 % ont été agressées sexuellement.  En France, 100 % des femmes ont été victimes une fois dans leur vie d’harcèlement dans les transports en commun selon le Haute conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Le chiffre était déjà énorme pour que le gouvernement français se mobilise à lancer un plan de lutte avec «  Stop ! Ça suffit ». 

Ina Kasnija et Alice Lanneluc

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