Musées et mécénat : possibilités et alternatives en 6 points

L'intérieur du Musée des Beaux-Arts de Bruxelles. Crédit photo : (flickr) Paolo Trabattoni
17-02-2016   Décodage
Paul Dujardin, directeur de BOZAR, évoquait récemment sur les ondes de La Première la réussite du partenariat public-privé pour le Musée Magritte. Si le musée est aujourd’hui florissant, c’est oublier que BOZAR bénéficie d’un statut particulier : la Société Anonyme de Droit Public. Toutes les institutions culturelles belges ne peuvent prétendre attirer les mécènes avec la même facilité. Dès lors, quel cadre pour le mécénat en Belgique ? Quels sont les différences avec les autres pays ? Quelles alternatives aux subsides et au mécénat pour les musées en difficulté ? Le point en six questions.

Qu’est- ce qu’une S.A de Droit Public ?

Un statut permettant à une institution culturelle de nouer un partenariat avec d’autres acteurs que l’Etat et les Communautés.  Une partie des capitaux de l’État (minimum 50 %) deviendrait donc privés, même si l’institution reste sous la tutelle de l’Etat. C’est le statut obtenu par le Palais des Beaux-Arts, qui a justement bénéficié d’un don de Suez dans le cadre du projet du Musée Magritte.

Quelles limites aux prérogatives des mécènes ?

Le mécénat d’aujourd’hui n’est plus celui d’antan. Il est donc nécessaire de redéfinir ce qu’il implique. Comme le rapporte Le Monde, en plus d’une visibilité dans l’exposition de leur choix, les entreprises mécènes veulent parfois dicter la programmation. S’inventant à la fois investisseurs et conservateurs, ils s’immiscent parfois dans les choix des thématiques et des œuvres exposées, comme au Musée du Quai Branly. Jean-Gilles Lowies, chercheur à l’ULB et à l’Observatoire des Politiques et des Institutions Culturelles (OPIC) remet les pendules à l’heure : « La dépendance existe vis-à-vis du financement, d’où qu’il vienne. Il importe que le mécénat reste dans les limites de sa définition, c’est-à-dire qu’il n’implique pas de contrepartie (visibilité, avantages divers, etc.) ».

La Belgique favorise-t-elle le mécénat d’entreprise autant que ses voisins ?

Les avantages pour les entreprises mécènes varient selon les pays. La Belgique est particulièrement restrictive par rapport à d’autres pays :

Mécénat : comparaison internationale

 

Source : Ministère Français de la Culture / Archives du Sénat (Belgique)

 

* : Plus d’information sur le système du Gift Aid en place au Royaume-Uni

Prenons un exemple fictif : mon entreprise a 100 millions € de chiffre d’affaire. Je décide de donner 1 million € au Musée de la Broderie de Marchienne-au-Pont. En principe, je ne dépasse pas le plafond fixé à 5 % de mes revenus imposables et pourrai donc déduire ce million de mes impôts. MAIS : il y a en Belgique un autre plafond en terme de montant absolu de 500.000 €. Quel que soit le montant que je donne, je ne pourrai donc jamais déduire plus de 500.000 € d’impôts. En France, en Allemagne ou aux Etats-Unis, c’est différent : il n’y a pas de plafond en terme de montant, uniquement en terme de pourcentage, ce qui avantage plus les entreprises mécènes.   .

Le mécénat est-il viable à long terme ?

En plus d’être parfois trop gourmands, les mécènes peuvent également se montrer plus avares selon la conjoncture (récession, croissance…). En France, toujours selon Le Monde, on comptait 975 millions € de mécénat culturel en 2008, contre 494 millions € en 2012. Le problème du modèle de mécénat français en place depuis 2003 est qu’il est tellement favorable aux entreprises que l’Etat perd de l’argent. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture en 2003, précisait par ailleurs au Figaro que « le mécénat [ne devait pas faire perdre de vue] les missions de service public ».

Dans quel contexte opèrent musées, mécènes et pouvoir publics en Europe ?

Depuis la crise de 2008-2009, les pays d’Europe doivent raboter leur budget. Malheureusement, la culture n’a pas été épargnée dans la plupart des pays d’Europe :

Source : ARTE Pour une carte plus détaillée, musée par musée, voir The Guardian

Les subsides s’assèchent, les mécènes donnent moins et exigent plus… Quelles alternatives à ces deux sources de financement ?

  • La subvention fléchée : faire un don pour une activité, un projet spécifique d’un musée, comme le don de 3 millions $ de Patricia et Mark Joseph pour la construction d’un centre éducatif au Baltimore Museum of Art.
  • La vente d’oeuvres d’art aux enchères : Le Museum of Contemporary Art de Chicago a levé pas moins de 3,7 millions $ lors de sa Benefit Art Auction le 23 octobre dernier.
  • La vente de reproductions numériques d’oeuvres d’art : le Musée Van Gogh vend des reproductions numériques de ses œuvres d’art à des prix pouvant atteindre 25 000 €. Le musée a pu rénover son hall grâce à ces ventes.
  • Le crowdfunding  : Phénomène en pleine expansion ces dernières années, le financement participatif permet de donner un coup de pouce à des projets de toutes sortes : films, jeux vidéo, magasins bio… Et pourquoi pas des musées ? C’est ce que le Ministère Français de la Culture propose avec sa campagne « Tous Mécènes » :

Laurenne Makubikua & Robin Thomas

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