Waterboarding : une torture illégale qui fait grand bruit

08-12-2016   Décodage

Le simulacre de noyade, aussi appelé waterboarding, est la plus décriée des techniques d’interrogatoire utilisées aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre. Encore récemment, Jean Luc Mélenchon, candidat à la présidentielle française, dénonçait une technique cruelle acceptée du public et supposément rendue légale par délibération. Seulement, cette pratique est bel et bien interdite outre-atlantique, même si elle est au centre de nombreuses discussions. Petit retour sur l’histoire de cette torture.

Aux Etats-Unis, le waterboarding gagne sa triste renommée au cours de la guerre du Vietnam. En janvier 1968, le Washington Post lance le scandale par une photo publiée en Une : on y voit deux soldats américains versant de l’eau sur le visage bâillonné d’un soldat nord-vietnamien. Le supplice crée une sensation immédiate de noyade, qui peut se révéler extrêmement douloureuse, voire mortelle. En vertu des accords de Genève, les soldats mis en cause passeront en cours martiale et seront expulsés de l’armée.

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Une pratique secrètement autorisée

Après les attentats du 11 septembre 2001, le président Bush va secrètement autoriser le recours au waterboarding. Dans la traque de Oussama Ben Laden, la pratique sera rebaptisée « technique d’interrogatoire renforcée », au même titre que la privation de sommeil et la nudité forcée. Ces techniques de torture seront surtout pratiquées par la CIA dans les prisons secrètes de l’armée américaine et au centre de détention de Guantánamo, situé à Cuba.

Entre 2004 et 2005, plusieurs journaux américains révèlent l’existence de ces pratiques, et dénoncent le silence de l’administration Bush. La CIA affirme n’avoir utilisé le waterboarding que trois fois depuis les attentats. Pour sa part la Maison Blanche soutient que la pratique a permis « d’éviter plusieurs attaques, peut-être une douzaine ».

Il faut donc attendre l’arrivée de Barack Obama au Bureau Ovale pour que le simulacre de noyade soit officiellement interdit, en janvier 2009. Mais en pratique, cette décision pourrait n’avoir eu aucun effet : en octobre 2015, un rapport du Sénat a révélé l’existence d’une technique d’interrogatoire très similaire, nommée « water dousing ». Alors que Guantánamo est resté ouvert malgré les promesses répétées du président Obama, il y a lieu de penser que des pratiques illégales y ont toujours cours.

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Un argument de campagne

Longtemps dénoncé comme une pratique taboue, le waterboarding a récemment fait son retour au cœur du débat politique. Alors qu’il était candidat aux primaires républicaines, Donald Trump a appelé à un rétablissement de la technique, même si elle est reconnue comme torture.

Jusqu’à son élection, Donald Trump défendra le waterboarding, même si un rapport du Sénat a prouvé que son efficacité pour soutirer des informations était discutable. Lors d’un meeting, le multimilliardaire assène même :

« Si je suis pour le Waterboarding ? Un peu que je le suis ! J’approuverais même plus que ça. Ça fonctionne. Et même si ça ne fonctionne pas, ils le méritent quand même pour tout ce qu’ils nous font. »

Crédits photos : Flickr

Hugo Littow et Maureen Horlait

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