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Covid-19 en Wallonie : « Les calendriers sanitaire et politique se sont télescopés »

Entre le 1er et le 31 octobre, les hôpitaux belges ont vu le nombre de patients Covid augmenter de 1.257%. © Fernando Zhiminaicela, Pixabay
04-01-2021

En octobre, les hospitalisations liées au Covid en Wallonie n’ont cessé d’augmenter. Contrairement à la première vague, les mesures fortes à l’échelle fédérale ont tardé à arriver.

Article rédigé le 12 novembre dernier

« À la fin du mois d’octobre, on a atteint le nombre d’hospitalisations de la première vague et on ne voyait toujours pas l’annonce d’un confinement. » Julie (prénom d’emprunt, ndlr), médecin en unité Covid, travaille dans un hôpital du Hainaut, province particulièrement touchée par la deuxième vague de Covid-19. Elle a vu la situation se dégrader progressivement, jusqu’à la troisième semaine du mois d’octobre où beaucoup de patients se présentaient aux urgences de l’hôpital.

Lors de la première vague, au pic de l’épidémie le 10 avril dernier, la Wallonie comptabilise 1.743 patients hospitalisés selon Sciensano, l’Institut scientifique de santé publique. La Belgique est alors confinée depuis près de quatre semaines. À l’automne, lors de la deuxième vague, ce chiffre est dépassé le 22 octobre (1.745 hospitalisations). Pourtant, la population n’est confinée que neuf jours plus tard. Lors de l’entrée en vigueur du confinement le 2 novembre, les hôpitaux wallons enregistrent 3.266 hospitalisations, soit presque le double de celles du pic atteint au printemps.

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Pour l’épidémiologiste et nouveau vice-recteur de l’Université Libre de Bruxelles, Marius Gilbert, cette décision des politiques de confiner la population plus tard s’explique par la vitesse de propagation plus lente du virus : « Pour octobre, on observe que le temps de doublement du nombre de patients admis à l’hôpital est de 7 à 8 jours. Il est donc inférieur à celui de la première vague qui était de 3 à 4 jours. »

Au chevet du Coq

Même si les hôpitaux se sont préparés à affronter cette deuxième vague annoncée depuis des mois, ils ne s’attendaient pas à une reprise aussi importante des hospitalisations liées au virus. Selon Julie, médecin en unité Covid dans le Hainaut, les appels à la responsabilité individuelle émis par le monde politique ne pouvaient pas être la seule réponse face à la recrudescence de l’épidémie : « Les gens ne peuvent pas se rendre compte de ce qui se passe dans les hôpitaux. C’est pour cela qu’il faut des décisions qui tombent et des règles pour tout le monde. C’est le rôle du politique de les définir. »

Ces décisions, les différentes provinces wallonnes commencent à les prendre à partir du 1er octobre. Des mesures supplémentaires sont annoncées tout au long du mois sans infléchir la courbe. Au moment de l’annonce du confinement, le 30 octobre, 3.013 patients atteints du Covid-19 sont hospitalisés en Wallonie.

Chronologie des mesures politiques prises en Wallonie durant le mois d’octobre


Sources : sciensano & arrêtés de police des provinces wallonnes 

Contrairement au printemps où les décisions politiques se sont prises au niveau communal et fédéral, pour cette deuxième vague les provinces et les régions sont inclues dans la gestion de l’épidémie : « Ça fait quatre niveaux de pouvoir », réagit le politologue et membre du Cevipol (Centre d’Etudes de la vie politique, ndlr), Régis Dandoy. « Rétrospectivement, ce n’était peut-être pas la meilleure chose à faire, mais il y avait une volonté de se préparer à une deuxième vague en incluant toutes les instances. » Pour les membres du personnel soignant comme Julie persiste le sentiment que beaucoup de temps a été perdu face à une situation que les autorités auraient pu maîtriser.

Cette volonté de décentraliser le pouvoir s’explique notamment par un agenda politique chargé au niveau fédéral entre septembre et octobre : « Les nouveaux ministres entrent en fonction le 1er octobre. La confiance est votée le 3 octobre », explique Régis Dandoy. « De nombreux membres de cabinet ne sont pas encore nommés à ce moment. Cela prend du temps à se mettre en place et malheureusement du temps, il n’y en avait pas. Les calendriers sanitaire et politique se sont télescopés. » 

La temporalité politique n’a pas suffisamment pris en compte l’arrivée de la deuxième vague.

À la question de savoir si l’agenda fédéral ne pouvait pas attendre le passage de la deuxième vague de Covid-19, Régis Dandoy répond de manière perplexe : « Pour la première fois depuis un an et demi, les partis politiques menaient des discussions sérieuses pour former un nouveau gouvernement de coalition. La deuxième vague était en effet annoncée, mais au niveau politique personne ne pouvait présager qu’elle allait être plus grave que la première. » 

Moins convaincu, Marius Gilbert s’interroge sur la décision d’avoir maintenu le calendrier politique pour le mois de septembre : « Mettre en place un nouvel exécutif prend du temps. Malgré une administration qui gère les affaires en continu, la transition laisse un vide décisionnel. La temporalité politique n’a pas suffisamment pris en compte l’arrivée de la deuxième vague. »

Pour l’épidémiologiste, la politique n’a cependant pas à essuyer toutes les critiques face à la reprise de l’épidémie : « Comme pour le mois de mars, les décideurs politiques ont été dépassés par la crise sanitaire. Mais il y a aussi dans la société des citoyens qui ont baissé la garde et se sont laissés influencer par des discours rassurants qui mettaient en doute l’existence d’une deuxième vague. » 

La faute aux politiques ou à un manque de civisme ? La question reste ouverte. Au terme de cette séquence, tout le monde semble perdant. La décision du monde politique de confiner plus tard pour cette deuxième vague n’offre pas de perspective de déconfinement avant des dizaines de semaines selon le Ministre fédéral de la Santé, Franck Vandenbroucke (sp.a), cité par RTL INFO.

Comme au printemps, la population doit une fois de plus prendre son mal en patience au cours d’un confinement qui risque de durer longtemps. Sauf que cette fois, le sentiment subsiste auprès des acteurs de terrain que les choses auraient pu connaître un meilleur dénouement.

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